Octobre Rose
Frédérique : « Un cancer du sein ne touche pas seulement un organe »
infirmière-sexologue clinicienne et dermographe médicale experte en cancérologie, Frédérique Marin accompagne les femmes pendant et après un cancer du sein. Intimité, sexualité, image corporelle, reconstruction : elle défend une prise en charge qui ne s’arrête pas aux traitements et permet à chacune de retrouver progressivement confiance en son corps et en elle-même.
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle auprès des femmes pendant et après un cancer du sein ?
Je suis Frédérique Marin, infirmière-sexologue clinicienne et dermographe médicale experte en cancérologie.
J’accompagne les patientes sur des dimensions qui peuvent être profondément fragilisées par la maladie et les traitements : l’intimité, la sexualité, l’image corporelle ou encore le rapport à leur féminité.
Mon rôle est de leur offrir un espace d’écoute et de confiance où elles peuvent exprimer leurs questions, leurs difficultés, leurs émotions et leurs besoins, sans jugement ni tabou.
J’interviens également dans la réappropriation du corps et la reconstruction de l’image de soi, notamment grâce à la dermopigmentation réparatrice de l’aréole et du mamelon, que je pratique depuis plus de vingt ans.
L’objectif est que chaque femme puisse progressivement redevenir actrice de son corps, de son intimité et de sa vie, bien au-delà du cancer.
Comment ouvrez-vous la discussion sur l’intimité et la sexualité, et quelles préoccupations les femmes vous confient-elles ?
Le plus important est d’abord de créer un climat de confiance et de laisser chaque femme parler à son rythme, sans obligation de se confier.
La maladie et les traitements peuvent avoir des conséquences sur le corps, l’estime de soi, le désir, la vie intime ou la relation à l’autre. En le disant simplement, on montre que ces questions sont légitimes et qu’elles peuvent être abordées librement.
La santé sexuelle ne concerne d’ailleurs pas uniquement les femmes en couple ou les rapports sexuels. Elle englobe aussi le confort, certaines conséquences physiques des traitements et, plus largement, la manière dont une femme vit son corps.
Chaque personne a son histoire, ses besoins et ses repères. À nous, soignants, de créer les conditions pour que cette parole puisse se libérer.
Vous pratiquez également la dermopigmentation réparatrice. Que peut représenter cette étape pour une patiente ?
La dermopigmentation consiste à utiliser des pigments pour recréer visuellement une aréole et un mamelon après une chirurgie mammaire.
Mais derrière le geste technique, il y a surtout un moment très particulier pour la patiente. Cela peut participer à la reconstruction de son image corporelle et l’aider à se réapproprier une partie de son corps qui a été profondément transformée.
C’est aussi un temps d’échange. Chaque femme arrive avec son histoire et son rapport à ce nouveau corps. Mon rôle est de l’accompagner dans cette étape, à son rythme et selon ses souhaits.
Quel message aimeriez-vous adresser à une femme qui n’ose pas parler de ses difficultés intimes ou qui pense qu’elles passent forcément au second plan face à la maladie ?
Je lui dirais qu’elle a le droit de parler de tout ce qu’elle traverse, même de ce qui lui semble très intime ou difficile à exprimer.
La maladie demande énormément d’énergie et il est tout à fait normal que l’intimité passe parfois au second plan. Mais elle ne doit pas devenir un sujet interdit.
Le corps traverse de nombreuses transformations. Il peut sembler étranger, le désir peut changer, certains gestes peuvent devenir difficiles. Parler de ces sujets n’est ni futile ni égoïste.
Les patientes n’ont pas à choisir entre se soigner et rester elles-mêmes. Prendre soin de leur intimité, de leur image et de leur rapport au corps fait aussi partie de la manière dont elles peuvent retrouver une vie qui leur ressemble.
Vendredi, vous entrerez sur la pelouse de l’Allianz Riviera avec les joueurs avant Nice–Rennes. Que représentera ce moment pour vous ?
Entrer sur cette pelouse, c’est donner une voix à celles et ceux qui n’osent pas toujours parler.
Un cancer du sein ne touche pas seulement un organe. Il peut toucher l’intimité, l’identité et le regard que l’on porte sur soi. Pourtant, ces dimensions restent parfois difficiles à aborder.
Cette mobilisation de l’OGC Nice est une formidable occasion de rappeler qu’il existe des espaces d’écoute et des accompagnements, et qu’il ne devrait y avoir ni tabou ni jugement autour de ces questions.
Chacun peut aussi contribuer à briser le silence : un conjoint, un ami, un collègue, un proche ou simplement quelqu’un qui ose ouvrir la discussion.
Et si, ce soir-là, une seule femme dans les tribunes se dit « moi aussi, j’ai le droit d’en parler », alors cette entrée sur la pelouse aura eu tout son sens.
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