Octobre Rose

Sofia : « La maladie peut modifier votre apparence, mais elle ne définit pas qui vous êtes »

Depuis près de huit ans à La Centrale Capillaire, à Nice, Sofia Boukoum accompagne des femmes confrontées à la perte de leurs cheveux pendant les traitements. Derrière le choix d’une perruque, elle entend les inquiétudes liées au regard des autres, à l’image de soi et à l’intimité. Son rôle : écouter, conseiller et respecter les envies de chacune.

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle auprès des femmes qui traversent une chimiothérapie ?

Je m’appelle Sofia Boukoum et je travaille depuis près de huit ans à La Centrale Capillaire, un institut niçois spécialisé dans le remplacement capillaire, notamment médical.
J’accueille des femmes confrontées à la perte de leurs cheveux pendant les traitements. Je les écoute et les conseille pour trouver une prothèse capillaire adaptée à leurs besoins, à leur personnalité et à leurs envies. Je les accompagne également dans les démarches administratives liées à sa prise en charge.
Je suis aussi en contact avec des prothésistes capillaires dans toute la France, que je conseille dans le choix des modèles pour leurs clientes. Mais, quel que soit le cadre, l’essentiel reste le même : derrière chaque demande, il y a une femme avec son histoire, ses inquiétudes et ses attentes.

La perte des cheveux peut être une étape très difficile. Qu’est-ce que les femmes vous confient le plus souvent lorsqu’elles viennent vous voir ?

Ce qui revient souvent, c’est la peur de ne plus se reconnaître dans le miroir, mais aussi de voir la maladie devenir visible aux yeux des autres.
Certaines ont le sentiment de perdre une partie de leur féminité, de leur identité ou de leur intimité. D’autres souhaitent surtout continuer à travailler, à sortir et à vivre sans avoir à expliquer leur maladie à chaque rencontre.
Chaque femme vit cette étape différemment. Certaines veulent retrouver exactement leur coiffure, d’autres souhaitent changer de tête et d’autres encore préfèrent ne pas porter de perruque. Notre rôle est de respecter chacune de ces décisions.

Au-delà de la perruque elle-même, qu’essayez-vous de leur apporter dans ce moment-là ?

Avant tout, de l’écoute, de la douceur et un espace où elles peuvent se sentir à l’aise, sans jugement.
Dans une période où beaucoup de choses leur sont imposées par la maladie et les traitements, choisir sa coiffure, sa couleur ou l’image que l’on souhaite renvoyer peut permettre de retrouver un peu de liberté. C’est une manière de reprendre la main sur son quotidien.
Nous tenons aussi à les informer sur leurs droits. Une perruque médicale peut être remboursée sur prescription. La prise en charge a évolué en janvier 2026 : certains modèles peuvent être intégralement remboursés, selon la catégorie de prothèse et la couverture complémentaire. C’est important d’en parler pour qu’une femme ne renonce pas sans connaître les possibilités qui existent. Ameli

Y a-t-il une rencontre, une réaction ou un moment qui vous a particulièrement marquée dans votre métier ?

Ce qui me marque le plus, ce sont ces instants où une femme se découvre dans le miroir après un essayage. Il y a parfois des larmes, parfois des sourires, et souvent beaucoup d’émotion.
Nous ne faisons évidemment pas disparaître la maladie. Mais lorsqu’une femme repart plus sereine, avec une image d’elle-même dans laquelle elle se reconnaît, nous avons le sentiment d’avoir rendu cette étape un peu moins difficile.
Ces moments nous rappellent que notre travail va bien au-delà de l’esthétique.

Le 31 octobre, vous entrerez sur la pelouse de l’Allianz Riviera avec les joueurs avant Nice–Rennes. Que représentera cette mobilisation pour vous, et quel message aimeriez-vous adresser aux femmes concernées ?

Je suis très heureuse de participer à cette initiative de l’OGC Nice. Voir un club aussi emblématique de notre ville réunir ses joueurs, ses supporters et toute sa communauté autour d’Octobre Rose, c’est rappeler que nous pouvons tous apporter notre soutien.
Cette mobilisation fait aussi une place à celles et ceux qui accompagnent les femmes au quotidien : les soignants, les associations, les proches et les professionnels comme nous.
Aux femmes qui traversent cette épreuve, j’aimerais dire qu’elles ont le droit de la vivre à leur manière. De porter une perruque ou non, de parler de leur maladie ou de préserver leur intimité, d’être fortes certains jours et plus fragiles à d’autres.
La maladie peut modifier votre apparence, mais elle ne définit pas qui vous êtes.
Et je trouve beau qu’à travers le football, l’OGC Nice nous rappelle que, face à cette épreuve, nous jouons tous dans la même équipe.

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