Table ronde
« Être un vrai club formateur, c’est faire de la place à un jeune »
Le groupe élite est le premier à avoir signé son retour au centre d’entraînement, lundi 6 juillet. L’occasion de faire un large point sur la politique de formation de l’OGC Nice, avec Maurice Cohen (Président), Roger Ricort (Directeur sportif) et Julien Sablé (Directeur du centre de formation et coach de l’équipe élite).
« La formation, c'est la base de notre club »
Maurice Cohen, Président de l'OGC Nice
Quelle est la place de la formation dans la politique globale de l’OGC Nice ?
Maurice Cohen : Elle est très importante. C’est la base de notre club. Julien Sablé, qui est ici avec nous, fait du très bon travail depuis quelques années. Il a fait un petit crochet avec les pros la saison dernière parce qu’on avait besoin de lui pour accompagner le coach Puel. Cette saison, il est de retour à temps plein à la tête du centre.

Julien Sablé : Je reviens au centre après six mois intenses et très enrichissants. Cette période a notamment été marquée par l’émergence de jeunes joueurs que nous accompagnons au centre depuis plusieurs années, ce qui est particulièrement satisfaisant. Claude Puel nous a beaucoup aidés dans cette démarche, et ces jeunes ont répondu présent. Ils n’ont pas été submergés par la pression, que ce soit Everton lors de son premier match contre Strasbourg, Brad à Nantes, Kaïl face à Saint-Étienne, Djibril en finale ou en barrage, ou encore certains éléments utilisés à Ludogorets. Cela confirme qu’il existe un réel potentiel et que nous avançons dans la bonne direction. Et ça vient valider un travail de fond, qu’il faudra désormais poursuivre avec encore plus d’exigence.
Roger, vous venez de revenir, mais la formation est un sujet que vous connaissez bien. Et la donne n’a pas changé : l’OGC Nice a besoin d’avoir un centre costaud pour être compétitif…
Roger Ricort : Justement, on renforce ces bases pour arriver à avoir 3 – 4 joueurs qui rentrent dans l’équipe pro. Ça évite de faire du recrutement à risques. Ce sont des gamins qu’on forme, qui ont la mentalité du club. C’est un travail sur 3, 4 ou 5 ans. On voit apparaître les fruits de ce travail quand on arrive à vendre un Guessand à 35 millions d’euros. Ça justifie d’avoir un centre de formation. Il faut absolument continuer à le faire. La mentalité est également essentielle. On forme des hommes, pas que des joueurs qui sont là, qui pensent à leur carrière et qui attendent de partir. Le travail est déjà fait et il faut continuer.

M.C. : Les jeunes qui ont intégré le groupe la saison dernière ont eu un peu de réussite parce qu’ils sont montés quand Claude est arrivé et qu’il y avait la CAN. Ça a tout de suite permis de les voir à l’œuvre. Ils ont su saisir leur chance. Ce qui est intéressant, c’est que ce sont tous des petits formés au club, voire préformés au club. C’est très important pour nous. On veut des jeunes qui correspondent à l’état d’esprit du club.
Quelle est la différence entre les jeunes qui ont quitté le club et ceux qui ont signé pro ?
M.C. : Hormis Kaïl, qui est un cas à part, certains sont partis parce qu’on a considéré qu’ils n’étaient pas en capacité de signer un contrat professionnel. On ne peut pas en faire signer à tout l’effectif. Il y a un choix qui se fait en fonction de l’état d’esprit, du joueur, de sa capacité à évoluer. D’autres partent parce qu’ils n’ont pas accepté de patienter. Il y en a un qui est parti récemment parce qu’il n’a pas accepté de rester une année de plus en tant que stagiaire. Il voulait tout de suite un contrat. Pour nous, pour les éducateurs, pour les coachs, il n’avait pas la capacité, tout de suite, à pouvoir intégrer les pros. Tous ceux qu’on a considérés comme en capacité de le faire, on leur a proposé des contrats pros pour les garder. Certains vont sûrement réussir ailleurs, pas de problèmes pour nous. Quand on effectue la formation d’un joueur, il y a des revenus qui sont acquis. Ça peut représenter jusqu’à 2 millions d’euros, ce qui est déjà pas mal. Ce n’est pas un travail jeté en l’air. Encore une fois, notre volonté est d’avoir des joueurs qui correspondent au club, à notre état d’esprit. Celui qui part parce qu’il n’est pas patient, tant pis. Et puis d’autres jeunes qui sont formés ailleurs peuvent signer leurs premiers contrats pros chez nous. Ça fait partie du système.
R.R. : Surtout qu’avec un gamin, on ne sait pas. On le laisse à 17 ans, peut-être qu’il sortira à 21…
J.S. : Cet été, deux joueurs sont partis (Télusson et Aïche, ndlr). L’an dernier, nous avions déjà connu une situation similaire avec Everton et Brad. Ils avaient alors fait le choix de nous faire confiance dans un projet commun vers le contrat professionnel. Notre logique reste simple : si nous pouvions faire signer tout le monde professionnel, nous le ferions. Mais chaque décision repose aussi sur une évaluation du potentiel et du timing. Quand un joueur ne signe pas immédiatement, cela signifie qu’il reste des points à valider. Everton et Brad ont transformé cette situation en motivation. Leur réponse sur le terrain a fini par valider leur progression. Dans d’autres cas, comme Djibril Coulibaly ou certains jeunes nés en 2009, nous sommes déjà face à des profils que nous considérons comme de forts potentiels du club. Leur attitude, leurs qualités et leur état d’esprit correspondent aux exigences du haut niveau. Pour eux, nous anticipons naturellement un passage vers le contrat pro. La frustration peut exister, c’est normal. Mais elle doit devenir un moteur. Le chemin est ouvert à tous : qu’ils soient stagiaires, aspirants ou amateurs, chacun a la possibilité de se révéler. Notre rôle est de les accompagner pleinement. Le leur est de transformer l’opportunité. Et c’est souvent là que tout se joue.
« On ne recrutera plus un joueur qu’on a peut-être déjà au centre »
Roger Ricort, Directeur sportif
Est-ce que les 6 derniers mois ont donné une nouvelle dynamique à la formation ?
J.S. : Nous avons autour de la table Maurice Cohen et Roger Ricort qui croient profondément en la formation et qui considèrent qu’elle fait pleinement partie de l’ADN du Gym. Être un véritable club formateur, ce n’est pas seulement former des joueurs, c’est surtout leur donner une place, leur faire confiance et leur permettre d’émerger. On a déjeuné avec Roger aujourd’hui, et il m’a dit quelque chose qui m’a marqué : si on ne connaît pas un joueur comme Junior, alors on ira forcément le chercher ailleurs sur le marché… Et c’est exactement ça. La question est simple : soit on fait confiance à notre formation, soit on va chercher à l’extérieur ce que l’on a déjà sous les yeux.

R.R. : … Alors que ce n’est pas forcément la meilleure solution. Donc je veux que les recruteurs aillent, une fois par mois ou par semaine, voir nos jeunes. On ne recrutera plus un joueur qu’on a peut-être déjà au centre. Ça, c’est fini. Et on va créer encore plus de passerelles. À la fin de l’entraînement des jeunes, avec les membres de la cellule, on mange ensemble au réfectoire et on en parle. Tout part de là.
Vous le faisiez déjà avant ?
R.R. : Moi quand j’étais là, il y avait des bungalows, alors c’était un peu différent (rires). Plus sérieusement, on a au club des Cubilier, des Varrault. C’est ça qui fait l’identité du club. Julien, je suis allé le chercher à Lens à la trêve hivernale (en janvier 2009, ndlr). On l’a récupéré, il est encore là. Ce n’est pas un Niçois, mais ça l’est devenu, il transmet les bonnes valeurs. Ce n’est pas la peine d’être né ici, mais avoir l’identité, connaître l’âme du club, ça c’est très important. Qui peut la transmettre s’il n’a pas le truc ? Julien a connu le Ray, les belles années, les 6 derniers mois. C’est ça un club.
Quel est l’objectif fixé au centre de formation en 2026-27 ?
R.R. : Je viens de revenir. Je vais faire confiance. Le projet est en place. On va beaucoup échanger. Si tu veux, on se refait un point en décembre mais on ne va pas tout révolutionner.

M.C. : Non, surtout que le projet est vraiment très bien. Je l’ai souvent dit depuis mon retour et je le dis encore : notre centre de formation a une bonne structure et une bonne organisation. Ça a été un souci en moins d’ailleurs. Quand j’ai vu comment le centre avait été géré, j’étais content. Julien a eu les deux casquettes (entraîneur adjoint du groupe pro et directeur du centre) pendant 6 mois et avec le staff qu’il a autour, ça a quand même bien fonctionné. On est bien au niveau de la formation. Maintenant, à nous de faire sortir les jeunes et de leur faire une place. C’est ça le but. C’est pour ça que le choix de l’entraîneur de l’équipe principale est aussi important. Olivier Pantaloni a toujours intégré les jeunes dans ses autres clubs. Il a la capacité et la volonté d’introduire des jeunes dans l’équipe.
J.S. : Le centre de formation, c’est aussi accepter un vrai processus d’apprentissage. Un jeune va forcément faire des erreurs, il faut savoir l’accompagner. Djibril Coulibaly est un bon exemple : il a connu des périodes compliquées, mais elles font partie de sa progression. Roger me le dit souvent : un joueur, on ne peut réellement le juger qu’à 22 ou 23 ans. Avant ça, il est en construction. Notre rôle, c’est donc d’être patients, exigeants, et de les accompagner jusqu’au bout de leur développement.
Même si un Coulibaly est déjà parvenu à être performant à 17 ans…
R.R. : Ça va être dur pour nous de le garder. Il faut lui transmettre une chose qui fait qu’il va nous dire : « OK, je reste encore au moins un an ». Comme (Hugo) Lloris à l’époque. On l’avait gardé parce que l’OGC Nice, c’était son club, il l’a toujours senti et on lui a toujours dit, sinon il serait parti à 19 ans, sans même jouer en pro. C’est un peu ce qui se passe à Rennes. Les mecs n’ont même pas joué en pro – ou très peu – et ils partent déjà. Pourtant, Rennes, c’est Doué, Dembele. Dès qu’ils peuvent partir, ils partent, parce qu’ils sont trop forts. Je ne pense pas qu’on ait des joueurs de ce niveau mais un petit comme Coulibaly, je suis sûr qu’il y a déjà des clubs qui veulent l’acheter. Il faut qu’on se protège avec l’envie d’apporter au gamin. Peut-être que pour le futur, il y a des choses à mettre en place dans ce sens. Par exemple ? « Le jeune qui ne fait pas 50 matchs, il ne part pas. » On doit aller vers ça dans l’intérêt de tout le monde.
Un dernier mot sur le retour au centre d’Alexy Bosetti ?
M.C. : Avec Julien, on a considéré qu’il y avait une petite place à lui faire. On en a eu l’opportunité : adjoint du groupe élite. Il y avait la possibilité de le former, d’ailleurs on l’a inscrit pour qu’il passe ses diplômes. Je suis content de faire revenir un pur niçois au club. On veut montrer que l’état d’esprit est toujours là, même pour ceux qui viennent de l’extérieur. Djibril n’est pas niçois. Il vient de Paris. Pourtant, quand tu parles avec lui, tu sens qu’il a le truc dans le ventre. C’est comme ça. Le fait de faire revenir Bosetti, ça montre qu’on fait la place à des anciens qui ont la capacité de montrer leur amour pour le club et leurs qualités.

J.S. : Alex est déjà très motivé. Il est fidèle à lui-même : il croque la vie, il déborde d’énergie. Il a repris avec nous lundi et il va immédiatement apporter quelque chose de fort. Au-delà de son attachement au club, c’est une vraie plus-value pour nos attaquants. On va lui confier une mission claire : transmettre, accompagner, faire progresser. C’est exactement ce dont nos jeunes ont besoin : du vécu, de l’exigence, et de la transmission au quotidien.
R.R. : Son retour est une bonne chose et il a tout à apprendre de ce nouveau métier. Il faut des gens qui soient là, qui le fassent travailler et qui l’accompagnent. C’est ce qu’on va mettre en place pour qu’il puisse apporter au club et que le club puisse lui apporter.
C.D.
Evan Garcia
