Interview

Sanson : « Pour nous et pour nos supporters »

Il y a un an, il fut le héros d’une victoire épique au Parc des Princes, où sa renaissance s’était accompagnée d’un magnifique doublé et d’un succès haut perché (3-1). Un an plus tard, il est l’un des leaders d’un Gym lancé dans une opération maintien. Celle-ci se poursuit samedi dans la Plaine du Var face à la plus haute montagne d’Europe : le PSG. Une belle occasion de se poser avec Morgan Sanson.

Un duel contre le PSG au printemps, ça nous a forcément fait penser à toi…
C’était un bon souvenir pour moi. C’est le match de mon retour en tant que titulaire, après de longs mois de galère. Je n’attendais pas autant de positif de ce match, que ce soit au niveau collectif ou personnel. C’était inimaginable pour moi à ce moment-là. Ce ne sont que des bons souvenirs. 

Après ta blessure à la cheville, tu avais notamment parlé de ta manière différente de voir le foot, dans une interview accordée à l’Équipe. Qu’est-ce qu’il te reste de ce moment de recul ?
Toutes ces périodes m’aident à mesurer la chance que j’ai d’être sur le terrain. Il ne faut jamais l’oublier, même si je sais que tant que tu n’as pas connu cet éloignement, tu ne peux pas vraiment prendre la mesure de cette chance. C’est ce qui a façonné toute ma carrière parce qu’à 20 ans, j’avais déjà eu mon croisé et on m’avait déjà dit que ça allait être compliqué… Toutes les blessures laissent des traces. Physiquement, mentalement, visuellement, au niveau des repères. Il faut du temps pour s’en remettre. Mais toutes les périodes négatives amènent forcément du positif. J’ai toujours essayé d’en faire une force. 

Ces périodes t’aident aussi à relativiser ?
Mes enfants et ma famille m’aident déjà à relativiser. Mais c’est clair que les blessures aident aussi. Comme tu as connu l’ombre, tout parait plus beau derrière, plus facile et plus positif. 

Même dans une saison difficile comme celle-ci ? 
Encore plus dans une saison difficile ! Quand certains peuvent noircir le tableau, moi je repense à tout. J’essaie de prendre un peu de recul et avec du recul, ce n’est pas si sombre. Certes, c’est dur, il ne faut pas se cacher. Mais nous sommes toujours maitres de notre destin. Ça doit être une grande source de motivation et jouer en notre faveur.

« Le calme plat, c’est difficile de vivre avec. Je préfère les hauts et les bas parce que dans tous les cas, tu es obligé de combattre. »

Morgan Sanson

As-tu déjà passé une saison tranquille, « ventre mou », dans ta carrière ? 
Honnêtement, ça fait longtemps… Même à Villa, on se battait pour le maintien à fond lors de la deuxième saison, avant l’arrivée d’Unai Emery. À Strasbourg, maintien à fond. À Marseille, on jouait l’Europe à chaque fois. Ici aussi, à part en ce moment. Les dernières saisons où je m’étais maintenu facilement sans pouvoir espérer accrocher l’Europe, c’était à Montpellier. Franchement, je préfère me battre pour quelque chose, l’Europe ou le maintien, avec un objectif en tête, de la lucidité. Ça permet d’être à bloc au quotidien. Le calme plat, c’est difficile de vivre avec. Je préfère les hauts et les bas parce que dans tous les cas, tu es obligé de combattre. C’est sûr que je préférerais vivre des saisons uniquement positives mais dans la difficulté, tu apprends toujours, et à tout âge. Une saison comme celle-ci, si elle se termine bien pour nous – ce qu’on espère tous -, elle nous servira pour la prochaine. J'en suis convaincu.

La perspective assez lointaine de la ½ de Coupe de France à Strasbourg, le 22 avril, est-ce qu’elle vous aide à travailler au quotidien ? 
L’objectif est clair : que l’on soit le plus proche de notre maintien avant cette échéance. Mine de rien, ce sont matchs où tu laisses de l’influx nerveux et de l'énergie. On a vu Reims la saison passée… Le pain quotidien, c’est la L1. Parfois la Coupe est un piège, parce que tu te dis que la saison peut être réussie en cas de victoire. À nous d’éviter ce piège. Avant la Coupe, on a des choses à aller chercher. Des matchs à gagner. C’est pour ça : plus proche on sera de notre objectif le 22 avril, mieux on s’en portera. Par contre le fait que ce soit un peu loin, c’est top. On a récupéré Elye par exemple. On va récupérer Youssouf (Ndayishimiye) et Momo (Abdelmonem) qui ont eu une longue période de blessure. Le 22 avril, c’est dans 6 semaines. En 6 semaines, tu as le temps de vivre plein de choses. Je pense que c’est le mieux. On sera mieux armé que si c’était proche. 

Tu disais cet hiver que tu avais besoin d’enchainer les matchs pour être de plus en plus compétitif. On a l’impression que tu ne t’es pas trop trompé…
… Et non. D’ailleurs je me sens très proche de mon meilleur niveau. Ce qui me manque, c’est l’efficacité devant le but mais j’essaie de ne pas en faire une obsession non plus. En plus de ça, même si j’étais un cran plus haut à Angers, j’ai plus un rôle de stabilisateur, un rôle défensif que je prends avec beaucoup de plaisir, parce qu’encore une fois, c’est tellement bon d’être sur le terrain, d’enchaîner les matchs. Il y a peu d’équivalents. J’avais eu ce discours-là, aussi, en arrivant à Strasbourg après des mois où j’avais moins joué en Angleterre. Ça allait prendre quelques petites semaines, quelques matchs, mais si j’étais bien physiquement, à un moment donné, techniquement et dans le jeu, ça allait aller beaucoup mieux. C’est ce qui se passe actuellement. Derrière ça, il y a aussi beaucoup de travail, de séances vidéo individuelles. Je mets tout en œuvre pour être le plus performant possible. 

Il n’y a pas tous les joueurs qui ont besoin de jouer tout le temps pour être bien.
Non, c’est vrai. Mais pour moi, c’est ça depuis tout petit. J’ai joué titulaire la plupart du temps dans ma carrière. Mon corps a toujours été habitué à ça. Ça ne m’était jamais arrivé, en L1, d’être aussi peu utilisé sur 6 mois. Rien ne compense la compétition. Tu as beau faire les courses que tu veux à l’entraînement, rien ne remplace ça. Donc oui, jouer, ça aide.

« Si tu me dis : "On se maintient, on gagne la Coupe mais tu ne mets pas un but", je prends le stylo de suite et je signe. »

Tu parlais de l’efficacité devant le but. On ne va quand même pas te ressortir la fameuse stat sur tes 11 saisons de L1*…
Je la connais. Ça ne m’est jamais arrivé, ça m’embêterait… Par contre, si tu me dis : "On se maintient, on gagne la Coupe mais tu ne mets pas un but", je prends le stylo de suite et je signe. Même si je joue plus bas, je n’ai aucune excuse, parce que je les ai eues les occasions. Les dernières, je les ai revues dans ma tête en boucle pendant deux jours, en essayant de comprendre pourquoi je les ai loupées. J’ai eu des périodes où ça rentrait à chaque frappe. Je mets tout en œuvre pour que ce soit le cas. J’espère que ça va rentrer. Et vite…

Le plus dur dans le foot, c’est marquer un but. C’est pour ça que les grands buteurs ont mon respect le plus profond. J’essaie toujours de travailler le maximum de choses. La seule que je n’ai jamais travaillée, c’est mon jeu de tête. Et même ça je me suis dit qu’à 31 ans, j’allais commencer à le travailler. J’ai toujours une occasion de la tête par an. Pourquoi se priver de mettre un ou deux but(s) de plus par an ? À tout âge on progresse. 

On t’a connu 8 /10 au Mans ou à Montpellier. On se souvient de toi plus bas à Marseille. Le Morgan Sanson trentenaire alterne entre les deux…
C’est exactement ça. Il y a un peu de tout : je suis au milieu, en bas, un peu plus haut. La compétition et le fait d’être sur le terrain, c’est ce qui me rapproche de mon meilleur niveau. Je pense même qu’aujourd’hui, j’ai peut-être plus de fraicheur mentale que la grande majorité des joueurs du groupe…

Pourquoi ? 
Parce que j’ai eu cette première partie de saison difficile où je n’ai presque pas joué. Donc j’ai les crocs, j’ai la dalle. Pas pour rattraper le temps perdu, mais pour donner le meilleur de moi-même sur 6 mois, en aidant mes coéquipiers, mon coach, mon club. Je le ressens même physiquement. Tu as dû avoir 25 matchs sur la première partie de saison, avec des milliers de minutes. Moi, j’ai dû en avoir quelques petites centaines. Forcément, mon corps, mon esprit, ma tête : tout est plus frais. Nous sommes tous sur le même bateau, mais la période n’a pas eu le même impact sur tout le monde. Moi, je me sens comme si j’étais en octobre. Je ne me vois pas à 8 ou 9 matchs de la fin. 

Tu évoques la fraicheur. Tu pourrais aussi parler de confiance ? 
C’est ce que m’a apporté le coach Puel, au-delà de tout le reste. Ce que je n’avais pas au cours de ces longs derniers mois. Pour un joueur, ça n’a pas de prix. C’est au-delà même du physique. Quand quelqu’un te fait confiance, tu veux forcément lui rendre. C’est ce que je m’efforce de faire tous les jours : lui rendre la confiance qu’il m’a donnée. Qui plus est dans un moment où peu de gens me l’auraient donnée. Au bout de quelques jours, il est venu me voir en me proposant ce rôle de capitaine en l’absence de Dante. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir relancé comme ça et de me donner autant de confiance.

La course pour le maintien est toujours d’actualité. Les points restent durs à aller chercher. Pourtant on ne sent pas la même énergie qu’il y a quelques mois. On se trompe ? 
Non. Ce bilan comptable est un peu faussé par les détails de chaque match, par des faits qui sont contre nous. Mais dans la première partie de saison, il ne faut pas se mentir, il y a eu des matchs où on avait tout eu pour nous : Lyon, Lille, Rennes. On dit toujours que dans une saison, ça s’équilibre, c’est un peu ce qui s’est passé. Et puis je n’oublie pas l’absence d’Elye qui, pour moi, a eu encore plus d’impact que ce qu’on pense. D’ailleurs il est revenu, il a tout de suite marqué et on a retrouvé le chemin du succès. On parlait de confiance : Elye en est l’exemple parfait. Quand tu lui donnes de la confiance, ce n’est pas le même joueur. 

Au-delà d’Elye, collectivement, il y autre chose dans le jeu. C’est ce qu’on ressent sur le terrain. Le match qu’on a pu faire à Angers le montre bien. On était dans une période compliquée, on avait une perte de confiance collective, on ne prenait plus de points… Et on a réalisé cette performance face à une équipe libérée, en ayant la possession, de la maitrise. C’est qu’il y a quelque chose derrière. Sur ces dernières semaines, il y a eu deux claques, à Toulouse (1-5) et contre Rennes (0-4). Derrière on a réagi à chaque fois, à Nantes (4-1) et Angers (2-0). On dit toujours qu’il vaut mieux perdre une fois 5-0 que cinq fois 1-0. C’est vrai. La claque de Rennes, peut-être que si on ne perd qu’un à zéro, on n’a pas la même réaction. Il faut le souhaiter au minimum, mais on a su réagir. C’est pour ça que ce match de Paris arrive au bon moment. Ce sont des matchs à émotions. C’est pour ça qu’on joue au foot et que les gens viennent nous soutenir. À nous de leur faire plaisir.

« Paris, c’est une épreuve mentale. C’est excitant à préparer »

Dans le jeu, qu’est-ce qui est le plus difficile à faire contre Paris ? 
C’est d’aller leur récupérer le ballon dans les pieds. Ils ont des petits profils, très techniques, très mobiles. Ils changent de direction à chaque fois et quand ils te sentent arriver, paf, ils lâchent le ballon. Tu as fait 5, 10 mètres à fond. Tu fais la même distance pour aller te replacer. Plus les minutes passent, plus ça devient éprouvant. C’est pour ça que c’est une des meilleures équipes d’Europe… Je prends mon exemple au milieu : Vitinha, Neves, Ruiz. Ce sont de sacrés manieurs de ballon et à chaque fois qu’ils sont sous pression, ils le libèrent vite et ils sont très durs à toucher. Tu montes les presser tout en sachant que tu ne récupéreras pas souvent toi et que, pour exister, on doit tous fournir de grands efforts ensemble et en permanence. C’est une épreuve mentale. C’est excitant à préparer. 

Qu’est-ce qu’on se dit avant le coup d’envoi ? 
Que ce sont les meilleures semaines que l’on puisse vivre ! Quand tu sais que tu as un tel match, à domicile, que le stade sera plein, que tout le monde va pousser très fort, tu n’as qu’une hâte : jouer. Nous avons connu de belles émotions dernièrement. Pourquoi ne pas en connaitre une de plus ? Pourquoi on n’arriverait pas à marquer, à tenir ? On peut aussi réaliser un exploit défensif, avec une équipe « de chiens » qui ne lâche rien, qui cherche à garder sa cage inviolée, ou a minima à ne pas encaisser un but de plus que l’autre. Avec le résultat qu’on a eu à Angers, il y a encore plus de plaisir à jouer ce match. Il y a toujours de l’urgence dans une opération maintien mais il y a quand même un petit matelas qu’on s’est offert pour ce match. On a encore plus envie de ramener quelque chose !

Pour battre Paris, il faudra…
Un état d’esprit irréprochable, une grande détermination. Et il faut toujours un supplément d’âme, parce qu’être à 100% ne suffira pas. Il faudra faire plus et il faudra un brin de réussite, on ne va pas se mentir… Sans la réussite, qui se provoque, on ne gagne pas ces matchs. Il faut toujours une barre, un poteau ou un arrêt décisif pour gagner contre de tels adversaires, parce qu’ils sont tellement forts collectivement et offensivement qu’ils arrivent à créer du déséquilibre et à semer la panique dans toutes les défenses du monde. Donc il faudra un truc en plus. Plus le match avancera à 0-0, plus on aura de la ferveur, de l’émotion. Ça peut créer une émulation autour du match, dans le stade. C’est ce qu’on doit aller chercher pour nous et pour nos supporters. 

*Le milieu de Nice a marqué lors de 11 exercices de L1 différents (seuls Rémy Cabella et Adrien Thomasson en comptent plus parmi les joueurs actuels – 12) mais dispute actuellement sa toute première saison vierge dans l’élite. 


C.D.