Entretien

« Une opportunité incroyable pour l’OGC Nice »

Ce jeudi, Jean-Pierre Rivère et Julien Fournier ont officiellement fait leur retour à l’OGC Nice, en tant que président et directeur du football. Le nouvel organigramme connu, les deux membres du Directoire ont répondu aux questions de l’Equipe et Nice-Matin, aux côtés de Bob Ratcliffe. Sur la terrasse du centre d’entraînement et de formation, l’heure était aux explications.

La genèse d’un retour

Une impression de déjà vu, ou presque. 7 mois et 18 jours après avoir quitté le club, voilà le duo Rivère – Fournier de retour à la manœuvre. La fin d’une zone de turbulences dans laquelle le Gym est entré le 11 janvier. « Avec Julien, contrairement à ce que certains ont pu penser, on a eu qu’un seul objectif depuis le début : le club ! Et justement, l’institution n’était peut-être pas dans les meilleures mains, ce dont on était quand même un peu responsables aussi. Il fallait qu’on trouve une solution ». La solution est donc passée par la quête d’un nouvel investisseur. Quête où le nom d’INEOS s’est rapidement détaché. « Nous n’avions pas fini le job au club, l’objectif qu’on s’était fixé avec nos associés, c’était de trouver des investisseurs. J’ai lu un article économique où il était question d’INEOS et de Jim Ratcliffe, reprend « JPR ». Il y était précisé qu’ils étaient sur le point de s’installer à Monaco et qu’ils aimaient le football. Dans ma tête, je me suis dit qu’ils allaient racheter l’ASM. Et puis je me suis aussi demandé pourquoi ne pas essayer ? ». Les contacts se nouent, facilités par « une personne de confiance qui connaît Lausanne et que j’estime beaucoup ». Les premiers échanges ont lieu en Principauté. Les relances se font en novembre, décembre puis janvier, « sans réponse ». Jusqu’à « un mail de Bob une semaine après notre départ. Dans la foulée, on est parti à Londres avec Julien pour le voir. A la 2e rencontre, on s’est dit qu’on allait laisser tomber toutes nos autres pistes pour n’en suivre qu’une, en espérant que ce soit la bonne. C’était une intuition. Nous avons pensé que c’était le meilleur investisseur possible pour le club ».

 

Eté tourmenté

Les liens se renforcent progressivement. Les réunions se multiplient au printemps, puis en été. Au fil des semaines, une vision unique rapproche le duo d’une entreprise puissante, amoureuse de sport. « Ce sont des personnes qui ont une vraie culture européenne du football, telle qu'on la vit nous. Ils n'appréhendent pas ça comme un business, ce sont des amoureux du foot et du sport de haut niveau », poursuit Julien Fournier. « Ils ne viennent pas pour perdre de l'argent, mais pas pour en gagner non plus. Ils viennent juste pour avoir du plaisir, du succès. Et dans une volonté de bâtir, ce que nous avions fait avec Julien », argumente le président. 

En coulisse, après la 7e place en L1, le club s’immobilise durant la préparation. Seul Khéphren Thuram arrive en provenance de Monaco, et paraphe son premier contrat pro. « Avec Julien, on était déterminé à faire ce deal, il fallait être tenace. On a eu la chance d’avoir des investisseurs qui ont eu cette même ténacité, cette détermination, des gens qui ont eu confiance totale en notre stratégie, parce qu’elle n’était pas simple » détaille Jean-Pierre Rivère. A un moment, il a fallu aller à la bagarre, ce qui laisse des traces. Nous avons été obligés de sortir des radars pour que le deal aille au bout ».
« A cause de la date tardive, il y a eu des dossier de perdus sur le mercato, poursuit Julien Fournier. Quand j’allais à l’étranger, c’était difficile de dire « j’ai été, je vais être mais pour l’instant, je ne suis rien » ». Malgré les difficultés, le dossier du rachat avance et, après une préparation aux résultats compliqués, les Aiglons démarrent le championnat du bon pied, par deux succès (contre Amiens et Nîmes). Le 26 août, la vente du club est actée, Bob Ratcliffe trace la feuille de route devant les salariés et la presse. Le lendemain, le Gym perd le derby (1-2) et, ce jeudi, la nouvelle direction est connue. Elle entend dissiper les états d’âme en plaçant au centre de tout la loyauté envers le club : « L’institution n’a pas été assez respectée ces derniers mois. Elle est plus importante que tout le reste ».

 

« Les investisseurs ne vont pas faire n’importe quoi »

L’annonce de la signature de Dolberg et Claude-Maurice complètent un intense jeudi. L’ancien colosse de l’Ajax et l’espoir venu de Lorient sont les premières pierres de ce qui sera l’équipe 2019-20. Et symbolisent, aussi, le premier signal d’une politique plus globale menée par « des gens qui ont les moyens de leurs ambitions », dixit JPR, avant d’entrer dans le détail. « Les investisseurs sont extrêmement cadrés et ne vont pas faire n’importe quoi. On partage la même vision. Leur arrivée est une opportunité incroyable pour l’OGC Nice. Avec Julien, on avait bâti un projet à notre arrivée. Les fondations sont solides et aujourd’hui, on peut se permettre de regarder les étages à élever. C’est un tout autre projet, qui va nécessiter une structuration et une évolution. Nous allons nous y atteler. Ça va prendre du temps, on peut ne pas réussir non plus, car l’aléa sportif est toujours là, mais l’arrivée d’INEOS, actionnaire à 100 %, peut permettre à l’OGC Nice de continuer à grandir ».

« On mesure souvent le succès à l’aune des résultats. Bien sûr que la finalité du sport de haut niveau, c’est de gagner les matchs, mais je considère que le succès se mesure aussi avec d’autres paramètres, termine Julien Fournier. Il y a quelques années, Nice n’existait pas sur la carte du foot européen. Aujourd’hui, les gens ne s’extasient pas mais connaissent le club, ce qui n’était pas le cas avant. Pour moi, on a acquis, malgré tout, une crédibilité qu’on n’avait pas avant et qui nous permet d’avancer. »

La source de cette crédibilité ? « Le travail fait depuis des années. La venue de Mario, les bonnes saisons, le très bon choix sur nos entraîneurs successifs, Claude Puel, Lucien Favre et Patrick Vieira, qui sont des gens qui parlent aux acteurs du foot ». Sur ce dernier, le « duo » est sans ambiguïté. « Comme il nous l’avait dit à New York, Patrick voulait être l’homme d’un club et d’un projet. Il le sera », avance JPR. « Je crois profondément et sincèrement au fait que Patrick devienne un très grand entraîneur comme il a été un immense joueur », appuie Julien Fournier.

L’horizon selon le Directeur du football ? « Il y a plein de secteurs du club dans lesquels on doit être plus performant. L’objectif, c’est d’avoir un pôle d’excellence un peu partout autour du sport, qui est notre métier premier ».

Julien Fournier détaille ses missions de « directeur du football »

Après avoir quitté son poste de directeur général de l’OGC Nice en janvier, Julien Fournier revient au club en tant que directeur du football. En marge de son entretien avec l’Equipe et Nice-Matin, il a répondu aux questions sur ses missions.

« Je ne suis pas un technicien, donc il n’y a pas la dimension technique, je ne vais pas m’inventer une compétence, aller sur le terrain pour expliquer aux entraîneurs ou aux éducateurs ce qu’ils ont à faire. Je vais me concentrer sur l’ensemble de l’environnement des équipes. La mise en place d’une organisation qui fonctionne, la structuration et le management d’une cellule de recrutement, la relation avec l’entraîneur - qui prend du temps et dans laquelle il faut s’investir - le suivi du centre de formation, du médical, de l’intendance... : ça c’est mon métier. Par ailleurs, nous devrons aller vers beaucoup plus de performance au niveau de la formation. Pour bien gérer un club, il faut aussi savoir bien acheter, bien vendre – c’est à dire vendre au bon moment – et avoir une certaine maîtrise de la masse salariale. Je serai très attentif à cette gestion, tout en respectant les ambitions du club. Il y a également des besoins au club sur l’aspect plus juridique, c’est un domaine où il va falloir que l’on se staffe ».

Le directeur du football s’est ensuite arrêté sur le mercato estival et, plus largement, sur la philosophie du club. « Si je devais citer un modèle, ce serait Lyon, pour sa capacité à developper des jeunes joueurs. Ils ont montré qu’ils étaient capables de former des joueurs de très haut niveau ces dernières années. Ce que Nice n'a pas su faire. Ils sont aussi capables d’investir dans des jeunes joueurs. Après, quand on voit Kasper Dolberg, il est à la fois jeune et expérimenté, ce n’est pas un jeune joueur qui démarre. INEOS va aussi nous permettre, comme pour ce cas-là, de recruter des éléments que nous n’aurions pas pu faire avant ». Et de les conserver, aussi. « Aujourd'hui, on a les moyens de garder nos jeunes. Avant, on vendait parce qu'il le fallait pour vivre. Le grand changement va être là », souligne Jean-Pierre Rivère.

« D’une manière générale, on a un mercato qui a duré 15 jours donc il n’y a pas d’enseignement à tirer sur les profils. Si demain il y a un Dante à faire, on le fera », précise Julien Fournier. « Le principe, chez nous, c’est de ne pas investir sur des joueurs de plus de 23 ans, sauf exception. Les investissements, forcément, seront sur des jeunes joueurs, mais pas des joueurs sans expérience. »

Photo Nice-Matin