Interview

Capitaine à la barre

Il est un homme de bataille. De lutte. A connu les courses pour le maintien et l'Europe, en première ligne. Pilier de la défense niçoise, Paul Baysse est aussi un homme de vestiaire. Alors que les semaines filent et que les journées s'enchaînent, le défenseur central du Gym prend la parole avec détermination pour livrer son regard sur le parcours rouge et noir. Capitaine à la barre.

Paul, Nice souffre parfois dans le jeu ces dernières semaines, courbe parfois l'échine...
(Il coupe) Mais on ne rompt pas et c'est bien. C'est représentatif des valeurs qu'il y a dans l'équipe. Après, il ne faut pas trop qu'on joue avec le feu, sinon on se met en difficulté, comme à Rennes, où on rentre à la mi-temps à 0-2. En ce moment, nous avons souvent une bonne période et un passage plus difficile dans nos rencontres. Il faut qu'on retrouve notre régularité sur 90 minutes.

Comment expliques-tu ces trous d'air ?
C'est difficile d'expliquer ça. Les qualités, on les a, la volonté aussi. On doit travailler pour ne pas baisser de pied, chaque jour, chaque week-end. Après, nous ne jouons pas seuls. Il y a des matchs comme Lorient où on marque rapidement mais où l'équipe d'en face a besoin de points et fait le forcing. Ils sont un de plus pendant une demi-heure, ont besoin de points, sont chez eux, jouent leur survie... Qu'ils poussent, ça se comprend. Que nous n'encaissions pas trop de buts dans les moments compliqués, c'est une bonne réponse. Il faut garder ça et, au-delà des qualités, garder l'esprit qui nous anime. L'envie de gagner et le refus de la défaite.

Cette force défensive, est-elle le principal changement par rapport au jeu de l'an dernier ?
On a quand même eu chaud sur plusieurs situations... Pour rester sur le match de Lorient, c'était vraiment dur. S'ils marquent et prennent un point, ce n'est pas volé non plus. Mais bon, on a bien défendu, on s'est accrochés et Cardi' a fait les arrêts qu'il fallait.

Des fois, il faut savoir rester en cocotte...
Marquer vite et tenir, c'est dur. Pour être tranquilles et franchir un cap, on doit apprendre à tuer le match. A Lorient, si on met le 2-0, on n'en parle plus. Rideau. Les clubs qui jouent le haut du tableau, pour ne pas les citer, tuent tous leurs matchs et évitent les difficultés. Rester attentifs et en éveil sur 95 minutes : voilà une vraie piste de travail.

"On entendait dire qu'on allait s'écrouler, c'est normal. On continue à l'entendre..."

A mesure que les journées filent, sens-tu que tous les points deviennent de plus en plus précieux ?
Il reste 11 matchs et tous les points sont aussi importants qu'au début, même si la fin se rapproche. Mais honnêtement, on n'est pas concentrés sur ça. Dans les têtes, personne ne se dit qu'il faut tenir. Si la saison doit encore durer, qu'elle dure ! On veut juste jouer, prendre du plaisir et se donner tous les moyens pour le faire. Pour courir, bien défendre, bien attaquer et, surtout, pour gagner.

Être « toujours là » à 11 journées du terme doit provoquer pas mal de réactions autour de vous au quotidien...
Oui, mais ce n'est pas nouveau. L'année passée, vu notre beau parcours, c'était pareil. Il y a eu beaucoup de changements l'été dernier, tout en haut, au niveau du coach, des joueurs : tout le monde nous attendait au tournant. Ils savaient qu'on allait proposer du jeu, car la ligne de conduite n'évolue pas, mais à chaque fois on entendait dire qu'on allait s'écrouler, c'est normal. On l'a entendu et on continue à l'entendre.

Qu'est-ce que vous inspire ?

Nous avons prouvé que nous avons les capacités pour être encore là. On ne vole rien ! Les gens se disent que Nice fait désormais partie des clubs qui jouent les places européennes. Il y a encore quelques années, ce n'était pas le cas. Symboliquement, si on arrive à avoir une Coupe d'Europe cette année, ce sera significatif. Pour que le Gym continue à grandir, il faut être en mesure de répéter ce genre de performance et éviter de faire le yoyo.

Histoire qu'un beau parcours ne relève pas de l'exploit...
Mais même l'année dernière, ce n'était pas un exploit car notre saison était belle. Il faut confirmer cette année, car rien n'est fini. On est bien partis, bien classés, mais il reste encore 11 matchs, donc 33 points en jeu. Il peut se passer énormément de choses.

"on déteste la défaite"

Vous êtes-vous fixés une feuille de route à suivre entre joueurs ?
On ne se fixe pas de limite mais on est ambitieux et, par-dessus tout, on veut gagner, gagner et gagner. Les mecs qui sont sur le terrain détestent la défaite. Ceux qui sont sur le banc et pas retenus dans le groupe aussi. Quand on parle d'esprit, c'est de ça qu'il s'agit, de cette hargne-là. Quand il reste une demi-heure et que t'es mené 0-1, tu peux te dire que c'est plié et baisser la tête. Ou pas. Et nous, nous ne lâchons rien et nous ne lâcherons rien. Ça fait partie de nos valeurs et ça doit continuer. Personnellement, perdre, ça me rend fou. Ca peut arriver, mais ça fait mal. Et je ne suis pas le seul dans le groupe, on est beaucoup dans ce cas-là...

En tant que capitaine, t'arrive-t-il également de devoir tempérer les ardeurs ?
On n'a jamais trop eu ce problème individuellement.

Et collectivement ?
Dans les matchs, dans nos entames, dans nos reprises, on est plusieurs à prendre la parole, et on se doit de la prendre. Le rôle n'est attribué à personne, c'est au ressenti, au feeling. C'est important. Il y a un moment, par exemple, où on encaissait toujours des buts dans le premier quart d'heure de la seconde mi-temps. Il fallait qu'il y ait une prise de conscience, on devait rectifier le tir, rester concentrés, attentifs.

"La parole, les gestes, les signes : pendant le match, tout doit être positif. Après, c'est le moment de se dire les choses"

Quel est le discours dans des moments comme ceux-là ?
La parole, les gestes, les signes : tout doit être positif. Il y a toujours des choses qui ne sont pas bien faites mais, pour moi, il ne faut pas les dire à la mi-temps. A ce moment-là, on doit s'encourager, se motiver, resserrer les rangs. Après le match, c'est le moment de se dire les choses comme elles sont, mais pendant, on doit transmettre les messages d'une bonne manière, ne pas s'enterrer, pouvoir se regarder dans les yeux et assumer ce qu'on fait. Des erreurs, on en commettra tous. Mais on sait aussi tous jouer au foot, il faut le garder en tête et se le répéter.


Même quand c'est compliqué ?

Même quand c'est compliqué, il y a toujours du positif à tirer et à transmettre, y compris dans un simple encouragement. Il ne faut pas s'apitoyer sur notre sort. Le mec loupe une passe ? OK, au lieu de l'accabler, tu lui dis que la prochaine sera bonne. C'est comme ça et c'est important, au-delà du contenu. Ce sont simplement les formes, pas des "pincettes". A la fin d'une discussion, on doit ressortir à bloc. Si tout le monde est positif, on peut renverser des montagnes.

Que penses-tu du prochain adversaire dijonnais ?
C'est vraiment une bonne équipe, avec beaucoup de bons joueurs dans toutes les lignes, du gardien jusqu'à l'attaquant. Elle met en difficulté beaucoup de monde et ça va être un match compliqué. Elle joue souvent à 3 ou 5 derrière, avec beaucoup de densité. Il faudra sûrement manoeuvrer, être patients. Au-delà d'eux, il faut qu'on se concentre sur nous, notre mental, notre jeu et nos objectifs.

C.D.