Interview

Eric Carrière : « Ce qui me plait à Nice »

Sur le terrain, il maniait à merveille l'art du contre-pied. De la finesse et du toucher. Face caméra, il marie avec aisance son oeil technique aux codes de la sphère médiatique. Ancien meneur de jeu multi-cordes possédant également ses diplômes d'entraîneur (le BE2), Eric Carrière occupe désormais le poste de consultant à Canal +. Commente, anime, oriente. Avant Nice – Marseille, il a accepté de lancer le match à sa manière : avec justesse.

Eric, vous étiez face à Vincent Koziello lundi dernier à J+1. Il ne s'est pas démonté « le petit »..
Non, il a au contraire montré qu'il avait de la personnalité. Il faut en avoir pour évoluer dans le sport de haut niveau, même si le foot est une discipline collective. Quand on a un gabarit comme le sien, « il faut y aller » pour faire face à l'adversité, j'en sais quelque chose...

Vous a-t-il bluffé sur le plateau ?
Sur le terrain, il est technique, jeune, compétiteur. Mais c'est également un garçon réfléchi. A J+1, on a un peu découvert sa personnalité, moi aussi. C'est bien. Beaucoup de joueurs ne sont pas à l'aise avec les médias. Pourtant, tout le monde a des messages à livrer, donc j'invite vraiment ceux qui ont du mal à les exprimer à travailler le sujet. Le message de Vincent était simple, et il l'a bien fait passer : il a parlé du plaisir qu'il éprouvait sur le terrain. Tout simplement..

Quel regard jetez-vous sur l'évolution du club niçois ?
Nice a bien changé depuis quelques saisons. Même par rapport à la dernière, l'équipe a bien évolué. J'ai l'impression qu'il y a également une vision sur le long terme, ce qui paraît très important pour le club. Nice n'a pas le rayonnement international que peut avoir, par exemple, le PSG. Cependant, son ancrage régional est très fort. Il y a beaucoup de travail, de plus en plus de jeunes sortent, la philosophie est bien identifiée. Franchement, ça me plait bien.

L'analyse du coach Carrière est-elle la même ?
Elle n'est pas forcément différente de la première. Comme je l'ai dit, j'aime quand les clubs évoluent avec une philosophie bien identifiée. C'est le cas au Gym. Ce qui me plait, c'est que le jeu n'est pas seulement basé sur les duels, mais aussi sur la technique et le mouvement. J'ai du plaisir à voir évoluer cette équipe, ce qui était moins le cas il y a quelques années. Vu de l'extérieur, il y a un nouveau stade, une bonne ambiance, une vraie identité de jeu... Je pense que c'est positif. Maintenant, il faut tenir le cap dans la durée, même si des périodes plus compliquées peuvent se présenter.

L'ancien meneur de jeu que vous êtes se serait-il senti à l'aise dans cette équipe ?
Oui, je crois. Sur le plateau, Vincent a dit qu'il ne pourrait pas évoluer à Angers. Pour moi, je crois que ça aurait été un peu pareil, même si le SCO possède également une vraie philosophie de jeu, basée sur les duels et l'impact. C'est tout à fait louable. Moi, je ne pouvais pas exister sans les autres. Pour preuve j'avais beaucoup de mal à dribbler en un contre un à l'entraînement. Par contre à 11 contre 11, c'était plus facile. Je me servais de tout ce qui se passait sur le terrain pour pouvoir jouer. Et vu que ça bouge beaucoup au Gym...

 

" rester simple, la donner, se déplacer "

 

L'importance du collectif...
C'est ça. Vincent a compris qu'il avait besoin des autres, et ce n'est pas le seul à Nice. Quand on voit les autres joueurs du milieu, Mendy et Seri – que j'aime beaucoup pour ses passes cachées -, c'est la même chose. Même Hatem Ben Arfa (blessé face à Marseille), qui est vraiment percutant, se sent mieux quand ça bouge autour de lui. Même si, pour moi, ce dernier peut encore trouver un meilleur équilibre avec ses partenaires.

Ce collectif vous surprend-il ?
Effectivement, je suis agréablement surpris, surtout par rapport à certains matchs, même si en ce moment, je reste un peu sur ma faim. Il y a encore mieux à faire. Cette saison, face à St-Etienne et Rennes, le niveau était vraiment très élevé : ça prouve que le Gym a le niveau. L'équipe manque peut-être un peu d'expérience, il faut en général 2 ou 3 ans aux joueurs pour atteindre leur plénitude. Il faut savoir se servir de ce qui ne se passe pas bien pour avancer et s'améliorer. Chaque match apporte ses leçons et permet de gagner en expérience.

Jouer court, prendre des risques : c'est donc toujours possible en L1...
Le Gym tient beaucoup le ballon, et moi, je suis un défenseur de la possession, même si certaines équipes font de beaux contre-exemples. Sur les 4 dernières saisons, on s'aperçoit que les 5 premiers de L1 ont la plus grande possession et les 3 derniers la plus petite. Avoir le ballon n'est jamais inutile, cela permet d'éprouver de meilleures sensations techniques et d'user l'adversaire. C'est ce qui me fait dire que Nice a une vraie chance d'être en haut de tableau en fin de parcours. Pour autant, je trouve qu'il manque un peu de verticalité en ce moment, quelques changements de rythme dans les derniers mètres. A ce titre, le retour d'Alassane Plea pourra faire beaucoup de bien et apporter de la profondeur au jeu. Avec plus de verticalité, ce sera mieux. Le meilleur exemple reste Paris. Ils ont beaucoup de possession, mais à un moment, ça part de tous les côtés devant...

Quelle impression vous laisse l'OM ?
L'équipe reste sur une belle prestation face à Paris. Comme au match aller, les joueurs ont su augmenter leur niveau de jeu pour être présents dans tous les registres. Pour autant, l'OM ne survole pas ses matchs cette saison, et sa belle performance face à Paris ne lui a pas permis de l'emporter. Ça va être intéressant pour le milieu niçois de voir comment prendre le dessus sur son homologue marseillais. Normalement, le Gym sera en supériorité numérique dans ce secteur, mais il devra faire preuve d'une grande intelligence pour s'en sortir. Je ne pense pas, par exemple, qu'il faille aller défier un garçon comme Lassana Diarra au un contre un, parce qu'il est tout simplement monstrueux. Quand il y a un joueur comme ça en face, il faut rester simple, la donner, se déplacer et la redemander. Au niveau individuel, le Gym devra aussi se méfier de Michy Batshuayi, qui reste un très bon élément.

Qu'est-ce qui fera la différence dimanche soir ?
L'intelligence, comme toujours. La maîtrise du ballon aussi, qui est un des points forts niçois, qui énerve et fatigue l'adversaire. Mais Nice - Marseille, c'est aussi un derby, et l'équipe qui réussira à gérer ses émotions au mieux sera à même de l'emporter. Comme on dit, il vaut mieux énerver l'adversaire que s'énerver soi-même. Quand on parle de maîtrise, elle est à la fois technique et psychologique...

Propos recueillis par C.D.