Marseille - Nice
Interdictions : parole aux supporters
Les supporters niçois ne pourront pas se déplacer dimanche à Marseille. Une nouvelle interdiction préfectorale. Face à ces mesures devenues systématiques, le club et ses fidèles sont vent debout. Après la réaction de Jean-Pierre Rivère, le site officiel donne la parole aux représentants des trois associations de supporters du Gym. Pour sortir de l’ornière, ils prônent le dialogue.
L'INCOMPRÉHENSION
Les représentants des groupes de supporters du Gym sont unanimes. Cette nouvelle interdiction de déplacement, la quatrième cette saison, est « injuste ». Une restriction qu'a du mal à digérer Grégory (dirigeant de la Populaire Sud) : « On le prend mal. C'est une décision disproportionnée. C’est un peu pesant d’être tous considérés comme des voyous depuis des années. Les interdictions s’accumulent. Parfois, on l’apprend trois jours avant le match. Ce n’est pas possible de s’organiser dans ces conditions ». Même son de cloche chez Fred, Président de l’association, un brin fataliste : « On commence à être habitué mais ce n'est pas pour autant qu'on l'accepte ».
Pour sa part, Julien (président de l'ARN) s'interroge : « Que s'est-il passé lors de nos derniers déplacements pour que l'on soit interdit de la sorte ? ». Une question que se pose également Solange. Représentante du CDS et habituée des déplacements, elle ne comprend pas : « Je suis abasourdie. Je pensais qu'on allait pouvoir aller supporter notre équipe. Je trouve ça inadmissible ! Comment peut-on nous interdire systématiquement ? C’est une solution de facilité, alors que c’est tout le contraire. Cela aurait plutôt tendance à attiser la haine alors que cela n’a pas lieu d’être. Je ne sais pas jusqu’où tout ceci va aller ? Des supporters en carton dans les tribunes, avec de la sono pour faire croire qu’il y a de l’ambiance ? ».
TOUS LES NIÇOIS PUNIS
Une décision qui ne touche pas essentiellement les Ultras puisque l'ensemble du peuple niçois ne pourra se rendre à Marseille ce dimanche comme le rappellent Fred et Grégory de la « Sud » : « Tous les supporters sont englobés dans l'arrêté. On ne parle pas de hooliganisme-là. En tant que citoyen de la ville de Nice, on se retrouve avec une restriction de liberté. En poussant le raisonnement, le Maire de Nice est supporter de l’OGC Nice, alors il ne pourra pas se déplacer non plus ».
Une situation « aberrante » pour Solange. « Mon groupe est constitué d'enfants, de jeunes, de femmes, d'hommes. On s'est toujours bien déplacé, main dans la main avec les autres groupes de supporters », rappelle-t-elle, avant de saluer la prise de position de Jean-Pierre Rivère cette semaine : « On est content de la réaction du club, du coup de gueule du président. C'est très important pour nous de nous sentir écoutés ».
UN PROBLÈME POUR L'EURO ?
Alors que l'EURO 2016 approche, Julien de l’ARN essaye de comprendre : « comment une grande ville ne peut assurer la sécurité d'un déplacement de 500 supporters ? C'est incompréhensible à quelques mois d'accueillir l'EURO ».
Grégory s’interroge aussi sur cet aveu d’impuissance : « Dans l’arrêté préfectoral, on lit que ‘la mobilisation des forces de sécurité, même en nombre très important, n’est pas suffisante pour assurer la sécurité des personnes et notamment celles des supporters eux-mêmes’. Donc, s’ils ne sont pas en mesure de le faire pour 500 supporters niçois, comment vont-ils faire demain pour gérer des milliers de Polonais, de Turcs, de Croates,… ? ». Il souhaite que l'on prenne exemple sur nos voisins européens : « en Allemagne par exemple, Stuttgart peut se déplacer à Munich avec 5000 supporters. La question est de savoir comment font-ils ? Ils arrivent à encadrer les choses. Il y a une réelle volonté de faire vivre les stades. En France, en 2015, on vide le parcage visiteur, les stades sont à moitié pleins, on ne peut pas dire qu'il y a beaucoup de vie. Pourtant on fait partie du spectacle aussi ».
ET MAINTENANT ?
Ouverts, les représentants des supporters tentent d'apporter des solutions pour endiguer un problème qui devient récurrent. « Pourquoi interdire alors qu'il peut y avoir des solutions ? On est prêt à dialoguer, à faire des déplacements encadrés. Le tout avec des forces de l'ordre respectueuses et en nous laissant nos libertés », explique Julien. Pour Grégory, le dialogue est la clé de tout : « Il y a déjà eu des ponts établis par le passé, mais cela ne s’est jamais inscrit dans la durée. Alors qu’avec du dialogue, on peut encadrer les choses. Je comprendrais parfaitement que pour faire venir 1000 personnes à Marseille on n'autorise pas les véhicules particuliers. Mais qu'à la place on nous demande de venir en bus, ou en train, pour mieux gérer le déplacement ». Avant de rappeler justement : « En interdisant cela, on prend le risque de radicaliser une certaine frange du public qui se déplacerait pas ses propres moyens et pourrait créer potentiellement des incidents ».
Pour Solange le déplacement ne se résume pas seulement à un simple aller-retour mais à un moment de partage, de communion : « grâce au Gym, on a visité différentes villes de France où peut-être on n’aurait pas été sans cela. Et on a toujours été bien reçu. Il y a le match, mais on peut également se balader, et même parfois prendre le temps de partager un repas avec les autres supporters comme à Lille. Cela fédère des amitiés, cela créé des rencontres. Heureusement qu'il y a encore des endroits où l'on n'est pas interdit. On va au stade pour vivre des bons moments, pour vivre notre passion ».
