Interview
« Revivre ma première saison niçoise »
Fin de repas. L'Argentin troque son traditionnel maté contre un cappuccino. A la mi-temps d'un stage d'avant-saison chargé à Divonne-les-Bains, Dario Cvitanich livre son sentiment. Ses sentiments. Sa préparation, ses habitudes. Ses espoirs, à un mois de la reprise de la saison.
Dario, qu'as-tu fait de tes vacances ?
Je les ai entièrement passées en Argentine. J'ai coupé dix jours, mais je ne pouvais pas m'arrêter davantage. Surtout à mon âge (rires). Je suis resté en famille, avec mes proches. J'ai couru, j'ai joué au football avec mes amis. Dont Renato (Civelli). J'ai assisté à la remontée de Banfield en première division. Un super moment. Le seul bémol, c'est qu'en juin, il fait froid en Argentine. Mais j'ai quand même bien profité.
Comment se déroule le début du stage ?
Très bien. C'est la deuxième fois consécutive que nous venons ici. Cela facilite les choses. Les conditions sont agréables, et la température bien moins élevée qu'à Nice. Nous sommes un peu fatigués, c'est normal. Mais ça se passe bien. En tout cas, je suis très content.
Quelle comparaison avec tes préparations antérieures ?
En Argentine, nous participons à deux stages dans la saison. Un en été, l'autre en hiver. Ils ne durent pas une mais deux semaines, au cours desquelles tu t'entraînes deux à trois fois par jour. Certaines équipes vont en montagne, d'autres à la plage... Aux Pays-Bas ? C'est déjà plus ressemblant à la France. Mais l'Ajax reste un cas particulier, dans le sens où nous disputions énormément de matchs amicaux chez des clubs amateurs. Et quand l'Ajax se déplace quelque part, c'est un événement très attendu par ses hôtes.
La préparation, le moment crucial d'une saison ?
Je suis assez d'accord. Il faut en tout cas la suivre sérieusement pour se mettre dans de bonnes conditions.
« Plus jeune, je n'étais pas aussi sérieux »
Il se dit que tu fais partie des joueurs les plus appliqués...
J'arrive souvent premier, c'est vrai. Mais plus jeune, je n'étais pas aussi sérieux. C'est la maturité qui te fait prendre conscience de l'importance des soins, par exemple. Avec le temps, tu comprends qu'une séance de kiné compte autant qu'un entraînement. A Nice, par le travail hors-terrain, j'ai résolu des problèmes physiques dont je souffrais plus jeune. Être rigoureux n'est pas simple. Il faut savoir en faire une habitude.

Comment occupes-tu ton temps libre à Divonne-les-Bains ?
Certains jouent au billard, d'autres au tennis de table. Moi, je dors beaucoup. J'en ai besoin. Sinon, je regarde la télé, je lis le journal, je navigue sur ma tablette, je discute avec ma femme, ma fille, mes amis... J'ai espoir de taper la balle de golf mercredi, vu que nous avons la matinée libre.
L'ambiance dans le groupe ?
Très bonne, comme chaque année. Nous comptons beaucoup de jeunes joueurs, je commence à me sentir vieux (rires). Après Mathieu (Bodmer), je suis désormais le plus âgé. Comme quoi, le temps passe vite... Mais l'entente est bonne, et je me sens très bien parmi ce groupe. Les jeunes sont respectueux. Et dans le projet du club, pour l'avenir, une moyenne d'âge si basse est très bon signe.
Te forces-tu à prendre davantage la parole ?
Un peu, même si ce n'est pas spécialement dans ma nature. J'essaye surtout de montrer l'exemple par mon attitude. C'est le mieux que je puisse faire au quotidien.

Par ton poste, tu entretiens des rapports particuliers avec Alexy Bosetti et Neal Maupay...
Paulin (Puel) aussi, même s'il est encore plus jeune. Nous travaillons, la concurrence est là. Mais la complicité aussi. Les aléas d'une saison permettent à chacun d'avoir sa chance. Et ces garçons sont l'avenir de l'OGC Nice.
« Continuer le projet du club »
Quelles sont tes ambitions pour la nouvelle saison ?
Comme chaque année, finir le plus haut possible. Ça va être difficile, mais ce groupe a du potentiel. Je ne sais pas s'il va y avoir des mouvements, mais on ne peut pas mettre toute la responsabilité du résultat sur les jeunes. C'est aussi à nous, les plus anciens, d'assumer. De leur montrer le chemin. L’ambition reste de continuer le projet du club, et pourquoi pas nous qualifier pour l'Europa League. Ou jouer une finale de Coupe de France, de Coupe de la Ligue. J'ai envie de revivre la même chose que lors de ma première saison niçoise.
Que te reste-t-il de cette première saison ?
Elle a été magnifique. Mais paradoxalement, je n'ai pas suffisamment savouré ma présence à Nice. La naissance de ma fille a changé ma façon de voir les choses. J'ai commencé à m'ouvrir, à prendre du temps pour découvrir la ville, m'intéresser à la culture niçoise... Car pour moi, plus tard, Nice ne sera pas seulement un club. Elle restera une ville importante, celle où ma fille est née. Elle restera toujours dans mon cœur. C'est pourquoi cette année, je veux en profiter beaucoup plus. Et faire une bonne saison pour que tout soit parfait.
Et tourner la page de la précédente ?
A mon arrivée, en 2012, Renato (Civelli) m'a dit qu'à l'OGC Nice, si j'inscrivais 8 ou 9 buts, c'était un bon rendement. J'en ai mis 19 et nous avons terminé quatrième. C'est moi qui ai mis la barre haut tout seul. C'est ma faute (il sourit). Plus sérieusement, je suis capable de marquer beaucoup plus que la saison dernière. Ma dernière saison n'était pas bonne ; je veux me rattraper.

A quel point as-tu suivi la Coupe du Monde ?
Honnêtement, je n'ai pas regardé beaucoup de matchs. Seulement ceux de l'Argentine, de la Colombie et le premier du Brésil. C'est une édition assez bizarre, relevée, avec beaucoup d'équipes qui se valent. Des surprises, comme le Costa Rica. Et de sacrés gardiens : Ospina, Howard, Ochoa, Romero... Surtout, 24 ans plus tard, l'Argentine retrouve une demi-finale.
Peut-elle être championne ?
Je le pense, même si les Pays-Bas sont encore un ton au-dessus de la Belgique. Il faut voir comment nous allons réagir. Heureusement, nous avons le meilleur joueur du monde. Messi a la confiance de tout le pays. La pression, aussi (rires).
Gagner au Brésil ?
Ce serait pas mal. Plusieurs amis présents sur place m'ont raconté que de nombreux Brésiliens ne font qu'encourager les adversaires de l'Argentine. C'est une vraie rivalité.
Y.F.
