Entretien

Gioria : « Le Gym est entre de bonnes mains »

Formé au Gym avant d'y effectuer l'ensemble de sa carrière, le dernier capitaine niçois à avoir soulevé un trophée s'épanouit dans son rôle d'adjoint, pour la deuxième saison avec Claude Puel. S'il a fallu insister pour qu'il nous accorde cet entretien, c'est parce que Fred n'est pas du genre à s'étaler dans les médias. Avec le recul, nous le confirmons : nous avons bien fait de persévérer...

Fred, la saison dernière était couronnée de succès. Comment conçois-tu celle-ci ?
Pour certains joueurs, la difficulté représente presque quelque chose de nouveau. Notre équipe est très jeune, manque un peu de caractère – c'est le reproche que l'on peut lui faire. Mais nous restons serein, et la difficulté est également enrichissante. Nos joueurs ont un potentiel ; j'espère qu'ils sortiront grandis de cette difficile saison.

Ce sera ton cas ?
Bien sûr. J'ai progressé dans mon rôle. Cette saison, j'ai vécu les mauvaises passes différemment des précédentes. Je déteste toujours autant la défaite mais je l'analyse davantage, avec plus de recul. Je suis plus calme.

Peux-tu décrire ton rôle sur une séance d'entraînement ?
On commence la journée en discutant du contenu, des exercices que Claude veut au niveau technique. Je lui soumets, on en discute, il valide. Il m'annonce la trame, je la mets en place. Puis c'est parti. Guy et moi prenons en charge le travail technique, la mise en route. Et quand arrive le jeu, Claude dirige l'ensemble, le travail tactique... 

Dans la dimension psychologique, es-tu un lien supplémentaire entre les joueurs et le coach ?
Je pense, oui. Certains joueurs se confient parfois plus facilement à un adjoint, que ce soit Guy (Mengual), Alexandre (Dellal), moi ou un autre. Et c'est normal. De mon côté, j'ai aussi quelques repères comme Didier (Digard), Nema (Pejcinovic), David (Ospina). Ils sont mes baromètres. La gestion d'un groupe, c'est aussi un équilibre à préserver. Je dois rester accessible, mais ne pas être trop proche des joueurs non plus.

« Je n'ai jamais vu un tel potentiel »

Dans le sens inverse, Claude Puel a pu s'appuyer sur toi à son arrivée...
Je connaissais les joueurs, le fonctionnement du club et ses perspectives. Aujourd'hui, je réalise d'ailleurs - et les gens ne s'en rendent pas compte - que le club a explosé en bien. On n'a jamais vu autant de jeunes joueurs de qualité. Ils ont encore besoin de temps pour mûrir et enchaîner. Mais moi qui suis revenu en 2004, je n'ai jamais vu un tel potentiel. Aujourd'hui, le père d'un jeune espoir français ne peut qu'avoir envie d'envoyer son fils à Nice. Dans quel autre club fait-on autant confiance aux jeunes ? L'OGC Nice a désormais une bonne image, un nouveau stade, de bons éducateurs, de nouvelles infrastructures à venir et Claude Puel. Il peut devenir le club phare de la formation en France. 

Depuis quand n'as-tu plus vu ça ici ?
En général, un club fait plutôt appel à ses jeunes lorsqu'il est relégué. Il n'y a plus trop d'argent, tu fais jouer les jeunes, ils progressent et font remonter l'équipe. Le dernier à avoir mis l'accent sur les jeunes à Nice était Roger Ricort, avec les Varrault, Cherrad... Et je pense que nos jeunes actuels sont au-dessus.

Le lien entre l'équipe professionnelle et le centre de formation ?
En complément de la proximité que nous avons avec Manuel Pires et le staff du centre, Claude Puel a demandé, à son arrivée, que les matchs des trois équipes du centre de formation (CFA, U19, U17) soient filmés.

A partir de quel âge un jeune Niçois est-il ainsi connu du staff de l'équipe professionnelle ?
En U17 première année. L'actuelle génération 98. A partir de cet âge, on connaît le profil de chaque joueur. En assistant aux réunions techniques de la préformation, nous pouvons même donner notre avis sur le recrutement des 99 et 2000 amenés à intégrer le centre de formation. Au niveau professionnel, je ne crois pas avoir vu ça ici ces dernières décennies.

Votre staff dégage une vraie unité...
J'ai travaillé avec Guy (Mengual) au centre, j'ai joué avec Lionel (Letizi). J'ai appris à connaître Alexandre Dellal, Bernard Cora... Quoiqu'il arrive, nous sommes soudés, nous progressons. Nous faisons des erreurs, nous en parlons. C'est libre, très ouvert. L'échange est toujours positif.

Lors de matchs, on voit régulièrement le coach s'adresser à toi...
On échange par rapport à une situation, un joueur, un changement à faire. 

Mais en dehors du terrain, il a fallu insister pour que tu acceptes cette interview...
Moins on parle de moi, mieux c'est. Je prends du plaisir dans ce que je fais, c'est une chance que je savoure au quotidien. Il n'y a rien de mieux et ça me va très bien.

On te sent épanoui...
Les gens ne pensent qu'aux résultats et au classement. Et c'est normal. Mais je peux leur dire que le club est entre de bonnes mains, qu'il avance à grands pas. Dans les aspects sportifs mais aussi dans son ensemble. 90% des entraîneurs se fichent de mettre leur club en difficulté financière. Claude n'insistera jamais pour un joueur si le club n'en n'a pas les moyens. Avant de doubler un poste, nous nous intéressons d'abord aux joueurs dont nous disposons en interne. Je te parlais d'un manque de caractère, mais prenons un garçons comme Papy Mendy. Il est totalement en train de s'affirmer. Tu te rends compte : Monaco voulait absolument le garder mais lui a préféré venir à Nice pour le projet. Ça dénote la mentalité du petit... Vraiment, c'est un plaisir. J'espère que l'on verra les fruits de tout cela dans les années à venir. La quatrième place de l'an dernier a donné beaucoup d'espoir aux gens pour cette saison. Mais il faut un peu plus de patience. Et il n'y a pas de souci à se faire : les Niçois n'ont pas fini de voir du jeu. Ceci dit, leur soutien dans les moments difficiles a été exceptionnel.

« Les supporters ont drainé toute une jeunesse »

Comment l'expliques-tu ?
Voir nos supporters critiqués, je trouve cela inadmissible. Nous avons un public derrière nous, à fond derrière l'équipe, porteurs d'une identité rare. Et en plus, derrière, il y a une relève. Les fondateurs de la Populaire Sud en 1985 sont aujourd'hui rejoints par leurs enfants, et les amis de leurs enfants. Ma fille de 15 ans, mon fils de 9 ans chantent comme des dingues. Nos supporters ont réussi a drainer toute une jeunesse. Si les enfants niçois aiment aujourd'hui le Gym, c'est en grande partie grâce à eux, à leurs chants, à l'ambiance qu'ils mettent.

Fred, à la trêve, Nîmes était 19e de L2 avec 4 points de retard sur le premier non-relégable. Aujourd'hui hors de la zone rouge, René Marsiglia les complètement relancés...
Il faut réaliser que sans lui, le club serait descendu en Ligue 2. René a été l'homme important de ce maintien. Il a su fédérer les caractères, rassembler les cadres derrière lui. Il a toujours répété qu'il fallait rester uni, même dans la difficulté. Cette unité a fait notre force, à l'heure où d'autres vestiaires ont explosé. René a maintenu le cap, minimisé les petites tensions. Alors quand j'ai su qu'il reprenait un club, j'étais très heureux. Humainement, professionnellement, c'est une personne de très grande qualité. Je suis content qu'il puisse encore le prouver. Nîmes était largué avant son arrivée. Il a rattrapé ce retard et va se battre jusqu'à la fin de saison.

Y.F.