La grande interview
Neal Maupay : « J'ai grandi »
Une éclosion soudaine et précoce. Une blessure en pleine ascension. Neuf mois de labeur, loin des terrains. Puis le retour. Remis de sa rupture des ligaments croisés, l'attaquant de 17 ans a retrouvé les terrains de L1 début janvier, marqué au Vélodrome lors du précédent tour de Coupe de France et de nouveau samedi soir à Valenciennes. A trois jours d'un bouillonnant derby, il revient sur une année riche d'expériences.
Neal, avec cette sixième apparition et ce but à Valenciennes, ta saison est-elle enfin lancée ?
Ça y est, oui. J'ai d'abord repris doucement avec les U19 puis la CFA, histoire de me remettre dans le rythme. J'ai retrouvé du temps de jeu, le chemin des filets puis le groupe pro. Maintenant, la saison est vraiment lancée. Mes sensations ? Elles sont bonnes. Je ne ressens aucune douleur ni la moindre gêne. Physiquement, je suis complètement remis. Mentalement, j'ai grandi. Samedi soir, je me suis bien senti, même si le terrain était gras. J'ai marqué grâce à ce bon ballon d'Eric (Bauthéac), mais compte-tenu du résultat final on reste tous sur notre faim.
Ton but contre Marseille, la récompense de ces mois difficiles ?
Quand je pense au travail que j'ai fourni pour revenir de ma blessure, c'est une récompense, oui. C'est aussi un clin d'oeil, sachant que je me suis blessé contre la réserve de l'OM. C'était une belle qualification au bout d'un match complètement fou. Mais si nous continuons à travailler comme cela, je suis certain qu'il y aura d'autres beaux moments.
Comment as-tu vécu ces neuf mois loin des terrains ?
Les deux-trois premiers étaient les plus longs. Quand tu es immobilisé sans ne rien pouvoir faire, c'est compliqué. Puis, dès le moment où tu reprends une activité physique – course, musculation, piscine – et que tu te fixes des objectifs, le temps passe plus vite. Bien sûr, ce n'était pas évident de rester en salle de soins pendant que les autres s'entraînaient. Je commençais à enchaîner les apparitions, je me sentais progresser et du jour au lendemain, j'ai appris que je ne toucherais plus un ballon avant six mois.
« Je ne me suis jamais senti exclu »
T'es-tu inquiété pour ton avenir ?
Non, je suis resté confiant. Les avis des médecins et kinés étaient rassurants : tous m'ont dit qu'en effectuant une bonne rééducation, je n'aurais pas de souci. Je les ai donc écoutés. Après deux semaines de repos complet, j'ai commencé à travailler avec le staff médical du club sur la mobilisation de mon genou. Ils ont effectué du très bon travail, ils ont pris soin de moi, sans précipiter les choses. Après le bac, j'ai passé un mois et demi au CERS de Saint-Raphaël. Entre l'Europa League, la Der' du Ray, l'inauguration de l'Allianz Riviera, j'ai loupé beaucoup de moments forts. Mais je n'ai jamais eu l'impression d'être exclu du groupe. J'ai fait en sorte de vivre ces événements au plus près, et tout le monde a continué de prendre de mes nouvelles. Régulièrement, ils se sont tenus au courant de ma progression. Ça m'a fait très plaisir.

Avant cette blessure, ton ascension a été soudaine. Comment l'as-tu vécue ?
Sereinement, parce que j'étais bien entouré. Ma famille, mes proches et le club m'ont protégé. Le passage du monde amateur au professionnalisme a été extrêmement rapide, mais il ne m'a finalement guère dérangé.
La découverte du haut niveau ?
Tu joues dans des stades magnifiques, dans des ambiances de folie. Comme au Ray avant et aujourd'hui à l'Allianz Riviera. Tu affrontes des grands joueurs, tu progresses rapidement. Mais en amont, cela demande encore plus de travail, beaucoup de sacrifices et une hygiène de vie irréprochable pour être au top physiquement.
Hors-foot, le changement le plus radical ?
Le nombre de sollicitations. Quand tu marques en CFA ou U19, seuls tes proches te félicitent. En pros, c'est démultiplié. Tu reçois des messages dans tous les sens. D'un côté, c'est plaisant. D'un autre, il faut savoir faire la part des choses. Ne pas oublier qui sont tes vrais amis, et qui t'approche par intérêt.
« Ce n'est pas arrivé trop tôt »
En quoi ta vie diffère-t-elle de celle d'un garçon de 17 ans ?
Essentiellement par mon exposition médiatique, je pense. Les jeunes de mon âge poursuivent leurs études, tranquillement. Moi, mon quotidien professionnel est raconté dans la presse, à la radio, à la télé... Mais je ne vais pas m'en plaindre. Être footballeur, avoir cette vie, c'est mon rêve depuis tout petit. Puis, je ne suis pas non plus une star. Je peux tout à fait me balader en ville. D'autant que les supporters niçois sont vraiment très sympas. On discute, ils ont toujours un mot gentil.
N'as-tu jamais trouvé que les choses allaient vite ?
Si le coach a fait appel à moi à ce moment, c'est qu'il estimait que ce n'était pas nécessaire d'attendre. C'est bien, je suis encore jeune et j'ai la chance de progresser tranquillement, sans pression. Ce qui m'arrive est très bien. Je ne crois pas que ce soit arrivé trop tôt.

Qu'ont changé les réseaux sociaux dans le métier de footballeur ?
Ils facilitent l'échange avec les supporters. Tu reçois leurs encouragements, tu réponds à leurs questions... C'est une bonne chose, je pense. Avant, ils étaient fans d'un club, d'une entité, avant d'être être proches des joueurs. Aujourd'hui, ils ont davantage l'impression de les connaître, s'identifient à eux. Personnellement, j'aime bien Twitter. C'est un moyen de garder le contact avec le public, notamment avec ceux qui ne peuvent pas venir au stade ou à l'entraînement.
« Avec Alexy, nous nous inspirons de Dario »
Comment t'entends-tu avec Dario Cvitanich et Alexy Bosetti ?
Super bien. Nous jouons tous les trois au même poste, donc il existe une concurrence. Mais elle est saine, nous nous encourageons et c'est ce qui nous fait avancer. Nous sommes complices et soudés. Il n'y a jamais eu aucune jalousie. Puis, avec Alexy, nous cherchons à nous inspirer de Dario. C'est un grand attaquant, nous avons beaucoup à apprendre de lui.

Tes objectifs pour la fin de saison ?
Enchaîner sans pépin. Les matchs, les minutes, les passes et les buts. Que l'on continue de remonter la pente en championnat, et pourquoi pas qu'on réussisse un beau parcours en Coupe de France ? Ce serait sympa pour les supporters, pour tout le club.
Prochaine échéance : le huitième de finale, mercredi, contre l'AS Monaco...
A la maison, avec nos supporters derrière nous, vous pouvez compter sur nous pour tout donner. Nous avons vu à Marseille qu'un match n'est jamais fini, que nous pouvons renverser toute sorte de situation. Nous sommes capables de grands matchs. Ça va être très dur face à une grande équipe. Mais nous y croyons, et nous avons très envie de poursuivre l'aventure.
Y.F.
