Portrait
Veronese se raconte
Propulsé dans la lumière à l'occasion de son baptême du feu au Parc des Princes, le gardien de 22 ans a géré sa notoriété soudaine avec recul et maturité. Préservé jusqu'à aujourd'hui d'interventions dans les médias, le « numéro 2 bis » s'exprime pour la première fois, en amont d'une nouvelle apparition, dimanche à l'Allianz Riviera, contre Saint-Etienne.
Nice – Bordeaux, le 3 novembre dernier. 50 minutes au chrono. Touché au genou, David Ospina quitte la pelouse de l'Allianz Riviera sur civière. En tribunes car suspendu, Luca Veronese, 22 ans, voit soudainement tomber la date de son baptême en Ligue 1. Mouez Hassen a découvert le grand bain à Nantes. Anthony Mandréa contre les Girondins. Lui effectuera le grand saut à Paris.
« Un premier match au Parc des Princes, en prime-time sur Canal, c'est assez incroyable », reconnaît celui qui avait déjà failli remplacer le Colombien en cours de match, trois ans auparavant, même lieu. « Bien sûr, tu ne peux pas être insensible au contexte. Mais il faut savoir convertir la pression en excitation, en envie de bien faire. Je ne me suis pas affolé. Quelque part, si je travaille depuis toutes ces années, c'est justement dans ce but précis. »
« J'avais l'impression de ne plus jouer contre Paris mais contre Ibrahimovic »
Propulsé dans la lumière, le jeune portier a pris ce « buzz local » avec « beaucoup de recul ». « J'ai été touché par tous les petits mots que j'ai lus et entendus. Je garde tout cela au fond de moi. » La question récurrente ? « Ça fait quoi de jouer contre Zlatan ? » « J'avais l'impression de ne plus jouer contre Paris mais contre Ibrahimovic », sourit celui qui a échangé son premier maillot avec Sirigu.

Un « rêve devenu objectif » déclenché par le Mondial 1998. Luca, 7 ans, se prend d’admiration pour Fabien Barthez. Après s'être essayé à la gymnastique et au tennis, l'apprenti nageur poursuit les plongeons mais change de surface. Il troque le bonnet pour une paire de gants. Scolarisé à Juan-les-Pins, il y gribouille sa première licence. Il grandit sous la barre transversale jaune et bleue avant de migrer une saison vers Mougins. Puis vers le Gym, à 15 ans. Le natif de Cagnes-sur-Mer se souvient de débuts « compliqués ». En retard dans sa croissance, il n'effectue ses premiers matchs en rouge et noir qu'en deuxième partie de saison avant d'asseoir une progression régulière. A ses carences, le garçon répond par le travail. « Le centre, c'est une expérience de vie. Tu découvres le monde concurrentiel, la pression et la fatigue bien avant les autres enfants de ton âge. » Canalisé par son entourage proche, conscient de sa « chance inouïe de jouer au foot tous les jours », le bachelier n'a « jamais voulu laisser de place aux regrets, quitte à ne pas réussir ».

2010/2011, quelques apparitions en CFA2 au compteur, il devient troisième gardien du club, derrière David Ospina et... Lionel Letizi. Celui qui deviendra trois saisons plus tard son entraîneur spécifique. « J'ai toujours eu une relation particulière avec Lionel. Beaucoup de respect, d'estime et une certaine admiration. Déjà à l'époque, je lui demandais de nombreux conseils. » D'origine italienne par son père, le stagiaire bientôt professionnel découvre le haut-niveau. Les premières frappes de mules (« Ljuboja et Monzon auraient pu me casser les mains ! »).
Deux nouvelles saisons en CFA2, une participation au Mondial U20 entre les deux – génération Grenier, Lacazette, Kolodziejczak – il file en prêt du côté d'Istres pour la saison 2012/2013. « Je suis parti en quête temps de jeu, sachant que le numéro 1 (Denis Petrić) était sur le départ. Lorsqu'il est resté, j'ai été déçu. Mais j'ai finalement vécu une superbe année. J'ai goûté aux coupes, à la Ligue 2. Une nouvelle expérience, de nouvelles méthodes. »
« Jouer à l'Allianz Riviera, pour un Niçois, c'est énorme »
De retour à Nice cet été, le gardien élancé (1,87m, 72kg) a pu apprécier son « changement de statut ». « Je n'étais plus vu comme le gamin du centre. La considération qu'Istres m'a accordé m'a donné plus de légitimité, de confiance. J'ai retrouvé Nice, mon chez-moi, mais avec l'impression d'écrire une nouvelle page. »

Initié au Ray par son père du temps des Cobos, Everson et consorts – « j'avais les yeux gros comme ça devant la Populaire Sud », il alterne avec Mouez Hassen titularisations en CFA et banc en Ligue 1. « Quand tu es gardien, tu ne rentres pas à la 80e pour faire la différence... C'est une histoire d'opportunités, de circonstances. D'où l'importance de saisir la chance, si un jour elle se présente. »
Celle de Luca ne sera pas passée inaperçue... Surtout, elle ne sera pas l'unique. Dimanche, il gardera les buts de l'Allianz Riviera (« pour un Niçois, c'est énorme »). Un poids en moins sur la conscience ? « L'engouement extérieur s'est apaisé ; pas la pression du résultat, ni ma concentration. Elles ne changeront pas même après 10, 100, ni 300 matchs, si un jour j'ai la chance de les atteindre. Mon rêve est clair et ma mission reste inchangée : aider mon équipe à gagner. »
Yannick Faraut
