Hommage aux victimes du 14 juillet 2016
Latifa : « Ma maman, je ne la remercierai jamais assez… »
Ce dimanche, lors de la réception de Strasbourg, la mémoire de Fatima Charrihi sera honorée à l’Allianz Riviera. Elle fut la première victime de l’attentat survenu sur la Promenade des Anglais le 14 juillet 2016. Dix ans après, sa fille aînée, Latifa, nous parle de sa maman d’une manière magnifique.
« Fatima, ma maman, a été la première victime de cet attentat. C’est au moment où le camion l’a vue, avec ma belle-sœur, qu’il a décidé de monter sur le trottoir…
La particularité aussi, c'est que l’acte a été revendiqué par Daesh. Ils ont tué une femme qui était musulmane et qui ne pratiquait absolument pas la même religion qu’eux. C'est le comble. Maman était tolérante, généreuse, exigeante avec sa famille. On est cinq sœurs et deux garçons. Elle nous a tous encouragés, surtout les filles. Elle a tout fait pour qu’on puisse être indépendantes, pour nous voir évoluer dans la société. Elle nous a apporté énormément d'équilibre avec mon père Ahmed qui a fait d’elle une reine.
Elle était illettrée et souhaitait vraiment que l'on se surpasse, encore plus les filles, même si les garçons s’en sont aussi très bien sortis. Elle mettait un point d'honneur à ce que ses filles soient totalement indépendantes et puissent réaliser leurs rêves. C’est dans cette éducation-là qu’on a été bercées. Je ne la remercierai jamais assez.
Malheureusement elle nous a été arrachée injustement, simplement parce qu’elle était venue voir un feu d'artifice, manger une glace avec mon père et ses petits-enfants. Ce devait être une soirée festive. Ça a fini en drame humain.
Cette maman extraordinaire était dans l'écoute. Une « main de fer dans un gant de velours », comme on dit, vraiment très attachée au fait qu’on ait une bonne éducation, mais tout en tendresse. Elle aurait véritablement pu être une psychologue. On était nombreux mais elle connaissait chaque personnalité. Elle prenait du temps pour chacun d’entre nous.
Je suis la sœur ainée. Je n'arrive plus à pleurer quand il s'agit de parler d'elle. Je veux rester digne. On ne pourra pas la ramener. Ce qu'il nous reste à faire, c'est de propager son éducation en étant reconnaissants de l'avoir eue comme maman, tout simplement.
J’habite en région parisienne depuis huit ans. Après l’évènement, j’avais du mal ne serait-ce qu’à regarder la Promenade des Anglais. Je suis redescendue à Nice pour la première fois il y a 4 ou 5 ans, mais beaucoup de membres de la famille sont restés ici.
J’ai grandi à Nice, j’ai fait ma scolarité à Nice. Malgré la distance, on reste toujours niçois. Tous les hommages rendus par le club et les supporters sont émouvants.
Une chose importante que je voudrais aussi dire pour finir et qui fait que j’aurai et qu’on aura toujours un attachement particulier à Nice. Quand il nous est arrivé ce drame, on est restés sur la Promenade des Anglais pratiquement toute la nuit. Au petit matin, nous avons été évacués et j'ai remarqué que pendant toute la nuit, beaucoup de monde s’arrêtait pour proposer de l’eau, une couverture, pour nous demander si on avait besoin d’aide. Il y avait vraiment une grande solidarité. Jamais je ne l’oublierai. »
UNE ŒUVRE COMMÉMORATIVE EN MÉMOIRE DES DISPARUS
Tout au long de la saison, l’OGC Nice rendra hommage à chacun des disparus qui forment le Cœur des Victimes, selon le souhait exprimé par leur famille.
À l’occasion d’une rencontre à l’Allianz Riviera, une séquence particulière leur sera consacrée avant le coup d’envoi. Pour accompagner cet hommage porté par le peuple niçois, leur famille recevra au bord de la pelouse le maillot third, imaginé en mémoire de nos anges, ainsi qu’une œuvre commémorative, façonnée par l’atelier Pignataro.