Hommage aux victimes du 14 juillet 2016
Samira Rouibah : « Yanis, il rayonnait »
Elle était présente face au Mans, au bord de la pelouse et en tribune. Puis ses mots, pleins d’humanité, ont ému toutes les personnes présentes lors de la vente aux enchères du 23 septembre, organisée à l’Allianz Rivera, au profit des associations de victimes. Samira Rouibah (Promenade des Anges) a perdu son fils, Yanis, dans l’attentat de la Promenade des Anglais, le 14 juillet 2016. Yanis avait 4 ans et demi. Sa mémoire sera honorée dimanche, à l’occasion de la réception de Strasbourg.
Samira, pouvez-vous nous raconter votre histoire ?
Yanis est né à Grenoble le 12 octobre 2011, exactement. On a vécu pendant 2 ans et demi à Grenoble, ville dont nous sommes originaires. En juin 2014, nous sommes venus vivre à Nice avec son papa, Mickaël, c'était notre coup de cœur. On n’en pouvait plus du temps, on voulait un peu de soleil. Nous étions les voisins de Mino, mon ami qui est décédé en essayant de sauver mon fils. Yanis a fait ses deux premières années de maternelle à Nice Flore, sur Nice ouest. C’était un enfant joyeux, un peu tête de mule parce qu’il était enfant unique. On était heureux. Tout se passait très bien avant ce 14 juillet, on avait une vie paisible. Yanis était épanoui, il ne manquait de rien et surtout pas d’amour. Il a eu des oncles qui s’en sont bien occupés, des grands-parents qui s’en sont bien occupés. Quand on est parti de Grenoble en 2014, mes parents pleuraient parce qu’ils ne voulaient pas que l’on parte. Yanis passait souvent ses vacances chez mes parents, il allait souvent là-bas. Son oncle, mon petit frère, c’était comme son fils. Il le chouchoutait. C’était un tonton-gâteau. Ça l’est toujours avec mes autres enfants. Mon fils, c’était un enfant-roi. Il rayonnait. D’ailleurs quand il est parti, le soir même, il avait le sourire aux lèvres. Mon bébé est parti en souriant.
Depuis son départ, des frères et sœur sont arrivés…
À l’époque, c’était notre seul enfant. Après son départ en 2016, j’ai eu son frère Amîne qui est né en mai 2017, Jalil, son frère, qui est né en juin 2019, et sa sœur Yasmine, née le 28 octobre 2021. Mon petit garçon m’a donné la force d’avoir d’autres enfants.
Vous leur parlez de leur frère ?
Ils savent qu’ils ont eu un frère. Ils l’ont toujours su. Yanis est enterré à Grenoble. Nous allons sur sa tombe ensemble. Maintenant, ils savent ce qu’est la mort. Ils le savent depuis l’hommage de l’OGC Nice contre Le Mans, parce que ça a beaucoup parlé à l’école.
Cela a été l’élément déclencheur ?
Oui. Avant cet hommage, je ne savais pas comment le faire, comment en parler. Là, c’est venu d’eux. Ils voulaient comprendre. Ils ont su que leur frère était décédé dans un attentat. Que c’était un camion. Ils connaissaient même le nom de « la pourriture ». Ils ont tout su à l’école. J’ai toujours dit que c’était un accident. Je n’ai jamais dit que c’était un camion. Je n’arrivais pas à formaliser les choses car je ne veux pas les choquer. Un jour ou l’autre, peut-être qu’ils seront en demande. Alors je leur expliquerai avec des mots d’adulte, parce que je n’aurai pas le choix. Alors ils seront capables de comprendre que dans ce bas-monde, il n’y a pas que des gentils.
UNE ŒUVRE COMMÉMORATIVE EN MÉMOIRE DES DISPARUS
Tout au long de la saison, l’OGC Nice rendra hommage à chacun des disparus qui forment le Cœur des Victimes, selon le souhait exprimé par leur famille.
À l’occasion d’une rencontre à l’Allianz Riviera, une séquence particulière leur sera consacrée avant le coup d’envoi. Pour accompagner cet hommage porté par le peuple niçois, leur famille recevra au bord de la pelouse le maillot third, imaginé en mémoire de nos anges, ainsi qu’une œuvre commémorative, façonnée par l’atelier Pignataro.