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Moussilou : « On me disait que j’étais un chat noir »

Le témoin

29 avril 2021

Moussilou : « On me disait que j’étais un chat noir »

Il définit lui même son « passage à l’OGC Nice comme un échec ». Un échec qu’il est parvenu à contrer pour (re)construire un jeu qui, des années après, lui offre le recul nécessaire pour parler de son histoire sans rancœur. Monté très haut à Lille, « le club de son cœur », lors de sa révélation en pro, Matt Moussilou n’a jamais vraiment rompu le lien avec l’OGC Nice, malgré la descente ayant suivi son passage difficile sur la Côte d’Azur, où il devait s’envoler. Avant le duel de samedi, il a décroché son téléphone pour parler de son aventure dans le Comté, et de toutes les conséquences qu’elle a eues sur sa vie d’après…

Autant le préciser d’emblée, tendre l’oeil vers un passé compliqué ne se fait jamais sans appréhension. Pourtant, avant un Lille – Nice, le doute valait bien le coup de fil… Après un message lancé comme une bouteille à l’amer, l’incertitude s’effaça devant la simplicité : « Avec plaisir pour parler de Nice ! Je garde quelques beaux souvenirs de mon passage, surtout amicalement, avec les personnes du Club ». Quinze ans après, Matt Moussilou, 38 ans, a donc accepté de dépoussiérer un vieux livre. Celui de ses jeunes années. Et les premières intonations de sa voix ont confirmé ce que ses doigts, par message, avaient esquissé. Au bout du fil, le timbre est simple, avenant, plein d’humilité. Il appartient à un papa de 3 enfants qui joue toujours au ballon, au FC Meyrin (D4 suisse) et qui prépare sa reconversion dans un rôle d’entraîneur des attaquants qui lui va comme un gant : « Tu sais, je prends toujours pour référence mon passage à Nice quand je parle à mes joueurs, explique-t-il d’entrée avec pédagogie. Parce que c’est un bon exemple des doutes qu’il faut arriver à surmonter. Je ne leur parle jamais de ce que j’ai fait de bien à Lille. Parce qu’au final, ces 6 mois compliqués au Gym, qui m’ont semblé une éternité, m’ont servi pour toute ma vie. »

« Avec mes coéquipiers, on hallucinait »

Pour mieux comprendre « l’éternité », il convient de lui offrir un point de départ. A l’été 2006, Moussilou s’engage avec le Gym. Après avoir cartonné à Lille (39 buts en 139 matchs de 1999 à 2006), où la concurrence se fait de plus en plus rude, l’ancien attaquant de l’équipe de France Espoirs cherche un projet à sa taille. Celui des Aiglons coche toutes les cases : « J’avais parlé avec le coach Antonetti, j’étais convaincu que ça allait bien se passer. Il y avait de sacrés pourvoyeurs de ballon, une belle équipe : j’y croyais dur comme fer. » 


La foi est réciproque, puisque le club rouge et noir casse sa tirelire pour s’attacher les services de cet attaquant puissant, capable de dévorer les espaces et à l’aise devant le but. Moussilou se sait scruté, attendu. Il doit contribuer à ce que le Gym, finaliste malheureux de la dernière Coupe de la Ligue et 8ème du dernier championnat, franchisse un palier. Mais justement : la saison précédente, aussi sublime que cruelle, a laissé des traces. Malgré 3 victoires en conclusion du championnat, derrière la finale perdue contre Nancy, le groupe, pas récompensé, peine à entamer le nouvel exercice. Son premier succès interviendra après 7 journées, face à Valenciennes (2-0), alors qu'il occupe la position de lanterne rouge. Engagé pour dynamiser l’attaque, Moussilou, lui, reste muet. « Franchement, j’avais la poisse, se rappelle-t-il. Tout ce que je tentais et qui passait au LOSC, ça n’aboutissait à rien. A chaque fois, il y avait le poteau, le gardien, le petit truc qui faisait que… Je voyais des vidéos, et avec mes coéquipiers, on hallucinait. Marama, Hugo, Flo : ils me disaient que j’étais un chat noir. Un an avant, tout rentrait, et là, plus rien. »

« Je n’avais pas un mental d’acier »

Muets et perméables – tout l’inverse de l’exercice précédent -, les Azuréens passent à côté de leur début de championnat. Pis : ils se retrouvent en position de premier relégable à la trêve hivernale. Avec, dans la ligne de mire, l’homme censé faire la différence, qui se souvient aujourd’hui « d’un contexte qui devenait de plus en plus difficile ». « J’étais le plus gros transfert de l’histoire du Club, je devais marquer et je ne marquais pas. Dans le Nord, j’étais le chouchou, à Nice non, on s’en prenait à moi – à juste titre - et les attaques venaient de toutes parts. Quand c’est comme ça, tu as deux choix : tu restes, tu résistes et tu renverses la vapeur, ou bien tu craques. Je n’avais pas un mental d’acier et j’ai manqué de lucidité alors qu’au final, il me fallait juste un brin de réussite pour être propulsé en haut et amener l’équipe avec moi. »

Présent au stage de Divonne tous les étés

A l’hiver 2007, après 6 mois, Moussilou est prêté à Saint-Etienne. Le début de la fin de son aventure niçoise. Dans la foulée, il sera prêté à Marseille, Doha, reviendra au Gym en 2008 mais n’y jouera plus, et finira par résilier son contrat le 27 août 2009. Après une saison en L1 avec Boulogne (2009/2010), relégué en L2, celui qui est devenu international congolais (11 sélections, 3 buts) se retrouvera au chômage pendant 6 mois, avant de rejoindre le Lausanne Sports (saison 2010-11), alors pensionnaire de Super League, engagé en Coupe d’Europe et à la recherche d’un attaquant d’expérience. Le début d’une idylle avec la Suisse qui ne sera interrompue que par des passages au Club Africain et à Amiens, avant de reprendre au FC Le Mont, à Yverdon puis, depuis 2017, à Meyrin, club genevois. Heureux et plein de projets, notamment pour la formation des attaquants, Moussilou réside désormais à Divonne-les-Bains, dans l’Ain.

Divonne, où les Aiglons passent une partie de tous leurs étés depuis 2013, lui fait-on remarquer. « Je le sais, d’ailleurs à chaque fois, je vais les voir, répond-il dans un petit rire. Les supporters n’étaient pas satisfaits de mes performances, je les comprends car ils attendaient beaucoup de moi, mais en parallèle, les gens du club avaient de la sympathie pour moi. C’était réciproque et c’est toujours le cas ! J’ai toujours suivi le Gym, son développement, ses bons classements, les Coupes d’Europe. Je n’ai jamais rompu le lien. J’allais voir Matthieu Bodmer, mon grand pote, Claude Puel, Hatem. Depuis qu’ils sont partis, je retrouve tous les étés Nabil (Ouled Gharbia, intendant) qui est mon ami, Olivier (Dall'Aglio, Coordinateur Sportif) et Fred (Gioria, entraîneur adjoint), une personne exceptionnelle. J’ai même échangé avec Adrian (Ursea), que je connaissais. Je suis content de voir ce que le Club est devenu. Quand INEOS a repris Lausanne, même si je n’y étais plus, puis le Gym, je me suis dit que c’était un clin d’œil sympa. »

Un clin d’oeil derrière lequel Matt conclut avec classe. « Au final, avec le temps, je ne retiens que les choses agréables. Je suis déçu de ne pas avoir pu retourner la situation à Nice. J’aurais tellement voulu le faire… Mais c’est comme ça, c’est ma vie, mon expérience. Avec les années, j’ai compris. Je souhaite bonne chance à l’OGC Nice pour la suite, et j’en profite pour souhaiter aussi bonne chance à Lille dans sa quête du titre de champion ».

C.D.
Photos : Icon Sport