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À la gloire de mon père

Histoire du Gym

21 juin 2020

À la gloire de mon père

L’évocation de son nom renvoie aux « 50 glorieuses ». Entraîneur de l’OGC Nice de 1950 à 1953, Numa Andoire a engrangé la dynamique victorieuse du club au commencement de cette illustre décennie. Champion de France en 1951 et 1952, il soulève la première Coupe de France du Gym cette même année.
Son nom fait aussi émerger un nombre incalculable d’anecdotes pour ceux qui l’ont côtoyé. Des moments d’une vie riche, nourris par une force de caractère et un sens de la repartie hors du commun qui ont forgé son personnage.
Malgré un second passage plus difficile, Numa Andoire, disparu en 1994, n’a laissé que de bons souvenirs dans la capitale du Comté. Né en 1908 au cœur du paysage montagneux de Coursegoules, c’est au Gym qu’il a écrit les plus belles pages de sa légende.
Mordu de ballon, il a transmis sa passion à son fils lequel, pour OGCNICE.com, raconte Numa Andoire, son mythe de père.

« Mon père, il était pire que Cantona » rigole Gilbert Andoire, le téléphone à peine décroché. Si le fils du mythique entraîneur du Gym s’amuse à raconter certains accrochages de son paternel : « alors joueur au FC Antibes, il était monté dans les tribunes pour s’expliquer avec un supporter qui l’avait insulté pendant tout le match », il n’oublie pas d’insister sur ses qualités balle au pied : « c’était quelqu’un de très adroit, très technique. Un bon footballeur ».

Débuté à Nice, le parcours de cet élément polyvalent le conduit à Antibes, au Red Star et à Nancy avant un retour dans la région, à Cannes puis de nouveau au FCA : « Mon père aimait Paris mais c’était un gamin de la région, il avait un esprit très provençal et il était trop frileux pour jouer dans l’est » s’amuse Gilbert qui se souvient que le passage de son père au FC Nancy n’a duré que 6 mois avant le retour dans sa région natale.

uruguay : après la colère, la révélation

Numa Andoire, personnage au sang chaud et au tempérament très fort comme l’illustre son expérience contrastée à la Coupe du Monde 1930 : « Il est dans le groupe et se rend en Uruguay en bateau depuis Villefranche-sur-Mer. Avant le troisième match, le sélectionneur promet d’aligner ceux qui n’ont pas joué dont mon père. Finalement il aligne la même équipe, sous la pression de Jules Rimet à qui mon père jette au visage son maillot. Il est exclu de l’équipe et reste 6 mois en Uruguay pour jouer au football ».

Un évènement qui marque doublement Numa Andoire, 22 ans à l’époque, si l’on en croit son fils. Ce périple sud-américain aiguise son appétit pour le football « à la Brésilienne »« Il voulait une équipe portée vers l’attaque, il disait toujours que plus tu tirais au but plus tu avais de chances de marquer ». Il renforce aussi ses convictions. Homme de valeur, il accordait une grande importance à la sincérité, à la confiance et à la parole donnée : « En 1952, à Metz, à quelques jours de la finale de Coupe de France, il met au repos Pär Bengtsson et Désiré Carré, deux des meilleurs joueurs de l’équipe, et promet aux remplaçants, Victor Nuremberg et Luis Carniglia, une place de titulaire en finale en cas de victoire ». Nice gagne 2-0. Numa Andoire, en souvenir de cette expérience au Mondial 1930, fait fi des critiques de la presse et des supporters et maintient sa parole. Quelques jours plus tard, le Gym s’impose contre Bordeaux (5-3) à Colombes et s’offre sa première Coupe de France. Le Luxembourgeois et l’Argentin sont tous deux buteurs : « Cette histoire c’est tout Numa Andoire. Il était sûr de lui et savait user de toutes sortes de stratagèmes pour motiver ses joueurs » relate Gilbert. « Il disait qu’il n’était pas un entraîneur mais un manager et qu’il n’était pas là pour apprendre à ses joueurs à jouer au football. Lorsqu’il les autorise à faire la fête la veille de la finale, il le fait parce qu’il sait qu’ils en ont besoin. Même chose quand il réussit à convaincre tout son groupe que Yeso Amalfi n’a pas besoin de courir autant que les autres parce qu’il est le meilleur et qu’il fait gagner les matchs. Il les convainc même de faire plus d’efforts pour compenser ».

OGC Nice 1929-30 : Langenove, Mezziani, Batmale, Bovey, Roger Barnoin, Andoire, A. Merle, Emmanuelidès, Vitalis, Crut, Rode.

« Un personnage comme on n'en voit plus »

Connu pour sa rigidité et sa ténacité, l’entraîneur aux 137 matchs sur le banc du Gym savait s’y prendre et avait toujours un temps d’avance d’après son fils : « il était très malin et obtenait presque systématiquement ce qu’il voulait ».

Le Gym champion de France (1950-51) : Andoire (entr), L.Rossi, Pédini, Firoud, Germain, Mindonnet, Belver, Fassone, Lardi (dir), Carré, Bengtsson, Amalfi, Bonifaci, Courteaux, Murray (masseur)

Malgré sa poigne, Numa Andoire « réputé pour ses traits d’humour » était très apprécié. Gilbert se souvient : « À sa mort, la cérémonie fut arrêtée parce que tout le monde riait en se remémorant les souvenirs et les nombreux moments que nous a fait vivre mon père Numa André Andoire ». André comme le prénom inscrit sur sa tombe : « À l’époque Numa n’était pas un prénom reconnu par l’Église catholique donc pour les actes religieux c’est André. Pour tout le reste c’est Numa qui est un prénom romain ».

Signe supplémentaire du particularisme d’un personnage « comme on n’en voit plus » assure son fils.

Gilbert Andoire avait représenté son père lors de la der' du Ray.

LE JOUR OÙ MON PÈRE…

… battait le champion de France de 100 mètres

«  Alors qu’il était gamin, mon père s’était mis en tête de participer au championnat du 100 mètres de la Côte d’Azur. Le vainqueur remportait un vélo et, à l’époque, c’était un cadeau inestimable pour les jeunes. Tous les soirs, mon père s’est entraîné à courir autour de sa maison. Résultat, il a remporté la compétition en terminant devant Gilbert Auvergne, futur champion de France de la discipline (de 1928 à 1931) ! Cette histoire dit tout de la détermination de mon père, il ne lâchait pas et se donnait les moyens de réussir ».

… vivait la deuxième mi-temps dans les vestiaires

« Nice se déplace à Strasbourg en janvier 1963 pour un match du championnat de France. Il fait alors très froid et le terrain est gelé. Dans ces conditions difficiles Georges Lamia se blesse puis c’est au tour de Jean-Pierre Teisseire. Le Gym est mené à la mi-temps et Numa Andoire demande à son adjoint s’il veut coacher l’équipe. Il l’envoie diriger les joueurs pour la seconde mi-temps pendant que lui reste près du radiateur dans les vestiaires. Nice a perdu 7-0 ».

… jouait un match avec l’OGC Nice à 55 ans

« C’est une histoire incroyable. En 1963 je suis à l’armée à Aix-en-Provence avec quelques joueurs de l’OGC Nice dont Jean-Pierre Serra et Jean-Pierre Teisseire. Pour des raisons disciplinaires nous étions punis pendant 5 jours sans permission de sortie. Mais le Gym devait affronter l’AS Aix-en-Provence en Coupe Drago et Numa Andoire vient chercher ses joueurs. L’adjudant refuse de les laisser sortir. Il manque alors un joueur pour faire onze et mon père décide de jouer. Nice perd 1-0. Je pense que mon père est le seul à avoir disputé un match alors qu’il était âgé de 55 ans ! ».

… laissait Yvon Giner diriger l’équipe

« La veille d’une rencontre à Angers, mon père invente un mensonge à Yvon Giner et lui dit qu’il doit aller à Paris. Il lui demande de surveiller les joueurs pendant son absence. Arrivé au stade le lendemain, Numa n’est pas là et Yvon Giner rassemble et prépare l’équipe. Alors que Nice mène tranquillement, Giner aperçoit Numa assis en tribune populaire dans un coin du stade. C’était le nouveau moyen qu’il avait trouvé pour motiver ses joueurs. Il savait qu’ils allaient tout donner pour lui montrer qu’ils n’avaient pas besoin de lui après qu’il ait eu quelques accrochages dans la semaine ».

… promettait d’acheter un réfrigérateur à Papa Barrou

« Saison 1962/63, le Gym reçoit le Stade de Reims d’Albert Batteux dans un stade du Ray à guichets fermés. Keita Omar Barrou évoluait alors au club. Il était plutôt grand (1m85) et mon père se désespérait de ne pas le voir marquer plus souvent de la tête. Il lui a alors promis de lui offrir un réfrigérateur s’il réussissait un but de la tête dans cette rencontre. À la 80e minute, Barrou marque de la tête le but du 3-0 pour Nice, en célébrant il fait le tour du stade en criant « frigidaire, frigidaire ». Personne ne comprenait pourquoi il disait cela. Il est allé voir mon père sur le banc qui lui a dit qu'il devait en mettre un second. Deux minutes plus tard il marquait un autre but. Encore un moyen original trouvé par mon père pour motiver ses joueurs ! »

Texte : Michel Saad / Collection : Michel Oreggia