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Le tour du monde de Gonçalves

Ancien

19 novembre 2019

Le tour du monde de Gonçalves

C’est une histoire commune mais extraordinaire. Celle d’une soirée, d’un fil, d’une aiguille, de mailles dépareillées, de bruits, de silences. Celle d’un chemin qui se perd et de la paix qui se trouve. Un Lyon – Nice moderne renvoie toujours à Esmael Gonçalves. Alors avant le Lyon – Nice de samedi, nous avons retrouvé l’attaquant de 28 ans, à l’autre bout du monde.

20 mai 2012. Le Gym joue sa survie à Gerland. Il faut un cataclysme pour que le groupe de René Marsiglia descende. Le cataclysme n’aura pas lieu. La partie s’emballe et « Isma » siffle la fin un quart d’heure avant M. Thual, avec des jambes de feu. Chaque supporter des Aiglons se rappelle du moment où l’attaquant portugais hérite du ballon dans la moitié de terrain rouge et noir. Où il évite un tacle suédois, glisse un petit pont à un futur axial du Barça, fait faire des tonneaux à un international burkinabé et pique le ballon au-dessus de l’enfant du Comté, qui n’est pas encore le capitaine de la France championne du monde.

L’action est internationale. Källström, Umtiti, Koné, Hugo et « Isma ». Nice savoure, son Gym se maintient. Saison grise, jolie fin. « Bien sûr que je me souviens, glisse de suite Gonçalves. Le contexte n’était pas facile mais, au final, on arrive à gagner et à rester en L1. C’est mon plus beau souvenir à Nice, mon plus beau match. Je m’en rappelle d’autant plus que c’était mon dernier... »

« J’étais jeune, j’ai commis des erreurs »

Le vif du sujet. D’entrée. Voix claire, syllabes saccadées. Il est plus de 16h en France quand les échanges s’engagent, et plus de minuit au Japon, d’où Esmael répond. « Je ne savais pas encore que c’était mon dernier match, mais l’été qui a suivi a été agité. Je suis rentré au Portugal, j’ai eu des problèmes de famille. J’étais jeune, j’ai commis des erreurs, je n’ai pas écouté les bonnes personnes. J’adore Nice et pourtant, je suis parti. Mais je ne regrette rien car mes choix ont fait l’homme que je suis devenu »« La jeunesse est un risque à courir », préviennent poètes et artistes. A 20 ans, Isma’ court trop vite et sort de la piste.



Son aventure avec Nice, où il est arrivé en 2008 pour terminer sa formation, prend fin, après 20 matchs en pro, 3 buts et 3 passes décisives. Les promesses garderont un goût d’inachevé. Il quitte la Côte d’Azur et s’engage à Rio Ave en 2012, mais ses problèmes extra-sportifs demeurent, ce qui se ressent sur le terrain. Au mercato d'hiver de la même saison, il troque le soleil lusitanien pour la pluie écossaise. Lui, l’enfant né en Guinée, y renaît. « A Saint-Mirren, j’ai commencé à enchaîner. Je retrouvais mes sensations, mon niveau, je jouais, je marquais (8 buts et 2 passes décisives en 16 matchs, ndlr). Quand la saison se termine, tout est prêt pour que je m’engage au Celtic. Mais au dernier moment, ça ne se fait pas, ils prennent quelqu’un d’autre. Et là, l’Apoel Nicosie arrive avec une belle offre, très intéressante, qui me permettait de jouer l’Europe. Ma femme attendait notre premier enfant, je n’ai pas hésité ».
 

9 pays, 11 clubs


Ce choix marque le début de son autre vie. Ses jambes retrouvées, l’attaquant enchaîne et se taille rapidement une belle côte… de l’autre côté du globe. « Quand tu marches bien dans ces pays et que tu n’as pas un grand nom, des offres arrivent. Mais elles viennent du Golfe et d’Asie », explique-t-il. Alors ce dernier surfe sur ces offres et avale les kilomètres. Il découvre la Grèce, revient à Chypre, en Ecosse ; s’envole pour l’Arabie Saoudite, l’Ouzbékistan et… l’Iran. 

 

« Une expérience de fou », s’amuse-t-il. « Quand mon agent me dit que j’ai une offre en Iran, le premier truc auquel je pense, c’est la guerre. On s’est dit qu’on allait quand même aller voir ce que c’était, pour prendre une décision... » Et puis ? « Et puis j’ai signé direct ! Tu ne peux même pas te douter... Le cadre est incroyable et les gens sont fous de foot. Je jouais devant 80 000 spectateurs, 100 000 pour le derby, j’ai connu la Ligue des Champions asiatique. Partout où j’ai joué, la vie était tranquille, mais en Iran, il y avait une telle passion que c’était même dur de sortir de la maison».


« Fred, c’était comme mon papa »


A 28 ans, Gonçalves vit désormais au Japon. Il évolue dans le 11e club pro de sa carrière (répartis dans 9 pays différents), n’exclut pas complètement un retour sur le Vieux-Continent. Ses cannes avancent toujours, son esprit est léger. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, il continue à suivre de près les performances du Gym. « Mon passage d’enfant à adulte, je l’ai fait à Nice, c’est comme chez moi. Tout ce que j’ai appris et qui m’a servi dans le foot, c’est à Nice. Je suis très heureux de ce que le club est devenu. C’est un truc de fou de voir où on était et où on est aujourd’hui. Partout où je suis passé, les gens m’ont parlé de Nice et étaient surpris que j’y aie joué. Je suis encore en contact avec quelques joueurs de l’époque, notamment avec Kévin Anin, dont j’étais très proche, et bien sûr, avec la famille de Fred Gioria »

Après un moment de silence, celui qui est désormais père de 3 enfants conclut. « Tu sais, Fred, c’était comme mon papa, et sa femme comme ma maman. A Nice, leur famille m’a beaucoup aidé, je ne pourrai jamais l’oublier. Au moment où je pars, Fred me dit que je fais une connerie. Je ne l’ai pas écouté et comme je voulais faire autre chose, je n’ai pas répondu à ses appels. Depuis, on s’est eu quelques fois, mais j’ai honte. Honte, parce que je l’adore et je sais qu’il avait raison… »

Sans regret, donc. Mais avec sagesse et émotion.

Constantin Djivas
Photos : OGC Nice Médias / IconSport

Bio express

Né en Guinée Bissau, Isma arrive au Gym en 2008, qu'il quitte en 2012. Il évolue par la suite à : 

→ Rio Ave (Portugal)

→ Saint-Mirren (Ecosse)

→ Apoel Nicosie (Chypre)

→ Veria (Grèce)

→ Anorthosis Famagouste (Chypre)

→ Al-Ettifaq (Arabie Saoudite)

→ Heart of Midlothian (Ecosse)

→ Pakhtakor (Ouzbékistan)

→ Esteghlal (Iran)

→ Matsumoto Yamaga (Japon)