Interview

Grimandi : « Je suis un homme de terrain »

Un mois après l'annonce de son arrivée au poste de directeur technique, Gilles Grimandi a été officiellement présenté ce jeudi en conférence de presse. « Heureux d'être là », l'ex-Gunner a notamment expliqué son choix de rejoindre le projet niçois, et détaillé les contours de la nouvelle politique sportive du club.

Gilles, qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre l’OGC Nice ?
C’est l’histoire de ce club. Le Gym a une histoire dans le football français, ancienne et plus récente. Le club est en construction, et avance chaque année. C’est un projet à taille humaine, qui me correspondait bien. Je vais avoir un rôle élargi. J’étais auparavant spécialisé dans le recrutement, mais j’étais aussi proche d’un manager général. Je connais un peu la fonction. C’est un projet humainement très intéressant, avec Patrick (Vieira), que je connais bien et Gauthier (Ganaye) que j’apprends à connaître. Pour moi, tous les éléments étaient réunis pour prendre cette fonction.

Comment s’est passé votre départ d’Arsenal ?
A Arsenal, j'étais lié pour le club mais aussi par un projet humain. Certaines personnes sont parties, et le projet est devenu différent pour moi. Il fallait laisser la place à la nouvelle équipe. Mon histoire avec Nice est assez longue car j’ai rencontré les anciens dirigeants, puis les dirigeants actuels. Le projet était similaire, c’était cohérent, donc je n’ai pas trop hésité. C’est vrai que j’ai une relation forte avec Patrick, mais, pour moi, c'est surtout une garantie de bien travailler. Dans un projet comme ça, c’est important d’avoir un entraîneur de très haut niveau. On a cette chance là. C’est encore un atout supplémentaire.

« Nous sommes dans la continuité »

Allez-vous opérer des changements importants ?
Non, mais j’ai mes convictions et ma manière de travailler. Nous allons peut-être réorganiser certaines choses. La première décision que nous avons pu prendre tous ensemble est la venue de Matthieu Louis-Jean qui sera responsable du recrutement. C'est une personne que je souhaitais attirer. Il a travaillé pour un grand club anglais, Manchester United. Matthieu a une connaissance très forte du foot français et est très compétent au niveau international. Il prendra la place qui avait été laissée vacante par Serge (Recordier), qui n'avait pas été remplacé. Il prendra ses fonctions dès lundi. Pour le reste, on verra suivant l’évolution. Le club a très bien travaillé jusqu’à présent. Nous ne sommes pas dans le changement, mais dans la continuité, pour essayer d’apporter notre expertise. Nous avons eu la chance de côtoyer des personnes qui étaient dans l’exigence et nous allons essayer de faire avancer le club avec notre connaissance.

Venez-vous pour Patrick Vieira ?
Non. Mais ça m’arrange qu’il soit là, complètement (sourire). C’est beaucoup plus facile pour moi, mais le projet est plus global que Patrick. C'est un ensemble de choses, avec notamment le centre d’entraînement qui est extraordinaire, et le nouveau stade. Après, c’est plus facile de travailler avec quelqu'un que je connais, plutôt que d’arriver avec un entraineur avec qui je n’ai pas trop de relations.

« Le socle est solide »

Qu’est-ce qui vous a séduit à l'OGC Nice depuis votre arrivée ?
Je ne suis arrivé que mardi, mais ça fait longtemps que je m’imprègne auprès des équipes de jeunes, et de l'équipe réserve. C’est un club qui a un socle solide. On sent que les choses ont été bien faites. Les gens sont demandeurs et très motivés. Il y a de la compétence, de l’envie. Nous devrons apporter, avec Patrick, notre expérience du très haut niveau que nous avons eu la chance de connaître.  Nous allons pouvoir, je l’espère, faire de belles choses.

Certains médias évoquent le nom de Patrick Vieira dans d'autres clubs..
C’est un  sujet qui va revenir souvent. Quand on a un entraîneur de qualité, son nom apparaîtra inévitablement sur des short-listes. Je connais très bien Patrick. Il a un plan de carrière et sait très bien ce qu’il veut faire. Il est très intéressé et motivé par le projet niçois. Je n’ai pas la naïveté de penser que tout est figé, mais je ne suis pas très inquiet sur le futur de Patrick à nos côtés, car je le sens investi à un point que je ne soupçonnais même pas. Je connais aussi l’histoire qu’il a eue à Arsenal, où il a été souvent sollicité. Il est resté très longtemps et a eu beaucoup de mal à partir. Ici, tous les éléments sont réunis pour bien grandir et qu’on réussisse le projet ensemble. Je ne suis pas du tout inquiet.

« Créer un ADN niçois »

Comment faire remonter le club dans le classement des centres de formation, dominé par Lyon et Monaco ?
Nous n’avons pas les mêmes moyens que Lyon ou Monaco. Nous devons travailler avec nos atouts : nous avons une équipe jeune, l’une des 4 plus jeunes du championnat avec 24 ans de moyenne d’âge. C’est l’atout principal sur lequel il faut insister pour attirer les jeunes. C’est un club qui donne sa chance aux jeunes, ce qui n’est pas toujours le cas. Et d’année en année, le Gym récupère des joueurs sur le même marché que certains grands clubs : les gens sont en train de prendre conscience que le travail est bien fait. On va s’appuyer dessus pour créer un ADN niçois, et créer de la fluidité de la préformation jusqu’à l'équipe pro, grâce notamment à l’investissement de Patrick.

Qu’est-ce que l’ADN niçois ?
Nous sommes en train de l’établir. Nous sommes dans le sud, les gens aiment le beau jeu. Nous avons une statistique intéressante au niveau de la possession. Nous allons être exigeants sur la qualité technique de notre futur recrutement. Nous allons aussi l’être sur la personnalité et l’intelligence des joueurs, qui permettent pour moi d’évoluer positivement.

« NOUS SOMMES DANS LA COURSE À L'EUROPE. TOUT LE CLUB EST MOBILISÉ SUR CET OBJECTIF »

Quels seront les grands axes du recrutement ?
L'équipe est jeune, et donc en phase de progression. Le projet est d’être le plus souvent européen. Nous sommes à 8 journées de la fin, avec 5 matchs à domicile, à 5 points d’une place européenne. Nous sommes dans la course, et il faut insister là-dessus. Le club est complètement focalisé sur cet objectif. Deux matchs importants arrivent avec la réception de Montpellier (dimanche 7 avril) et le déplacement à Rennes (dimanche 14). Inévitablement, le recrutement peut être différent si on est européen, par rapport à l’attractivité que l’on peut avoir. Nous avons une équipe jeune, en laquelle nous croyons et nous voulons la faire évoluer. Après, c’est un secret de polichinelle pour toute personne qui regarde le foot : il y a eu un manque qualitatif offensivement. Patrick a tiré le maximum, mais c’était compliqué. Il manquait quelqu'un devant. Nous allons essayer d’apporter une plus-value offensive. Ce sera l’objectif du mercato.

Youcef Atal restera-t-il au club ?
Il ne bougera pas la saison prochaine.

Vous avez vécu 20 ans en Angleterre. Qu’est-ce que cela vous procure de revenir en France ?
Ca fait du bien. Mes racines sont ici. Je suis un haut-alpin, ce n’est pas très loin. Je suis surtout agréablement surpris par l’évolution du club. A la fin de ma carrière, j’avais été approché par le club. J’étais allé visiter l’ancien centre d’entraînement. Quand on compare les installations de l’époque avec l’Angleterre, il y avait un fossé. L’évolution est extraordinaire car l’écart s’est réellement resserré.

Quel sera l’organigramme précis de la cellule de recrutement ?
Matthieu Louis-Jean prendra en charge la cellule. Je suis un homme de terrain, et j’ai voulu que cette cellule soit dirigée par quelqu’un de terrain, qui connaît très bien la problématique du recrutement. Il n’y aura pas de changement au niveau des recruteurs, on ne va pas révolutionner quoi que ce soit.

« Je n'ai pas raté une minute de la saison du Gym »

Avez-vous rencontré les joueurs ?
J’ai l’impression de les connaître depuis très longtemps. Je les ai vus jouer tellement souvent, dans différents clubs. Je vais me présenter à eux prochainement. On va avancer tous ensemble.

Combien de fois avez-vous vu jouer l’OGC Nice cette saison ?
Je n’ai pas raté une minute de la saison. Quand Patrick est arrivé, j’ai senti qu’il en avait besoin, et nous avons communiqué régulièrement. J’ai vu certains matchs plusieurs fois. Je venais régulièrement les années passées car il y a toujours eu des jeunes de qualité à Nice. C’est une équipe qu’on a beaucoup suivie.

« m'impliquer complètement dans ce club »

Concrètement, quel sera votre rôle ?
Je serai avec l’équipe pro. Nous avons établi ça avec Patrick. Je vais suivre les séances d’entraînement le plus souvent possible, ainsi que la réserve. Je vais m’impliquer complètement dans le club. Je suis un homme de terrain, pas de bureau. J’aime le terrain. Je serai présent tout le temps. Pour avoir une analyse, une expertise, il faut être présent. Je suis allé voir la réserve à Endoume, etc. Le club a besoin que les décideurs soient présents, sinon on ne peut pas être crédible.

La politique sportive de l’OGC Nice est différente de celle d'Arsenal. Qu’est-ce que cela va changer au niveau de votre travail ?
Aujourd'hui c’est très compliqué de travailler dans les gros clubs. On a connu le sous-emploi, mais là, c’était le sur-emploi : il y a du monde de partout. Pour les prises de décisions, c’était devenu insupportable, il fallait que ce soit validé par tous les départements. Aujourd’hui, c’est un plaisir de travailler dans un club à dimension humaine. On peut très rapidement  cibler notre marché et enclencher un process. Ca me fait beaucoup penser à mon arrivée à Arsenal, il y avait 70 salariés, à peu près autant qu'ici. Aujourd'hui à Arsenal il y a peut-être 700 personnes. Le projet niçois convient beaucoup mieux à ma philosophie.

Avez-vous le sentiment que votre travail portera ses fruits ici ?
J’aurai des responsabilités. Les gens auront des attentes envers mon travail. Je vais le faire avec beaucoup d’intégrité et de passion pour réussir.  Je suis au bon endroit, et entouré des bonnes personnes pour réussir ce challenge qui est important pour moi.