Octobre Rose
Dr Karine Alves, soigner sans jamais oublier la femme derrière la maladie
Chirurgienne gynécologue et cancérologue au sein du Gynecology Institute of Nice, le Dr Karine Alves n’avait pourtant jamais imaginé exercer la médecine. Une maladie à l’âge de 16 ans a changé le cours de sa vie. Aujourd’hui, elle accompagne à son tour des femmes confrontées au cancer du sein, avec une conviction forte : derrière chaque maladie, il y a d’abord une personne, une histoire et une vie.
Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a conduite à devenir chirurgienne cancérologue et ce qui vous anime aujourd’hui dans votre métier ?
Je suis le Dr Karine Alves, chirurgienne gynécologue et cancérologue. À vrai dire, rien ne me destinait à devenir médecin, et encore moins chirurgienne.
À 16 ans, je suis tombée malade. À cette époque, je rêvais de devenir professeur des écoles. Mais cette épreuve a changé le cours de ma vie. J’ai découvert un univers médical extraordinaire, des médecins et des soignants d’une humanité et d’un engagement exceptionnels. Ils m’ont soignée, accompagnée et, surtout, ils m’ont sauvé la vie.
C’est à ce moment-là que j’ai compris que je voulais, à mon tour, exercer ce métier et peut-être un jour apporter à quelqu’un ce qu’ils m’avaient apporté.
Et puis, pendant mes études, je ne voulais surtout pas faire de chirurgie ! Jusqu’au jour où j’ai rencontré des chirurgiens passionnés, profondément humains, qui m’ont transmis l’amour de leur métier.
Aujourd’hui, ce qui m’anime reste toujours la même chose : la conviction que derrière chaque maladie, il y a avant tout une personne, une histoire, une vie.
Lorsqu’une femme vous rencontre pour envisager une intervention liée à un cancer du sein, quelles questions ou préoccupations prennent le plus de place dans vos échanges ?
Lorsqu’une femme entre dans mon cabinet après l’annonce d’un cancer du sein, elle arrive souvent avec beaucoup de peur, d’incertitude et de questions.
La première, même si elle n’est pas toujours formulée, c’est souvent : « Est-ce que je vais guérir ? »
Puis viennent les questions sur les traitements, la chirurgie, la possibilité de conserver son sein, les cicatrices et les conséquences sur sa vie de femme, de mère ou de compagne.
Mais ce que j’ai appris, c’est qu’avant même de parler de technique chirurgicale, il faut savoir écouter. Chaque femme vit cette annonce différemment. Certaines ont besoin de comprendre immédiatement chaque étape, d’autres ont besoin de temps.
Mon rôle est bien sûr de leur proposer la meilleure prise en charge médicale, mais aussi de leur redonner des repères et de leur expliquer qu’elles ne seront pas seules.
Parce qu’on ne soigne pas seulement un cancer du sein. On accompagne une femme qui traverse l’une des épreuves les plus difficiles de sa vie.
"Quand un club comme le Gym se mobilise, il permet de de rappeler à des milliers de personnes l’importance du dépistage et du soutien aux femmes concernées."
Au-delà de l’intervention elle-même, comment abordez-vous avec elle ce que la chirurgie peut changer dans son rapport au corps et dans sa vie quotidienne ?
Le sein n’est pas un organe comme les autres. Il touche à la féminité, à l’intimité, à la maternité, à l’image que l’on a de soi.
Quand on annonce à une femme qu’il va falloir opérer son sein, parfois le retirer, on touche à quelque chose de profondément personnel.
C’est pour cela que je considère que mon travail ne se limite pas à enlever une tumeur. Il faut aussi penser à l’après : comment cette femme va se regarder dans un miroir, comment elle va retrouver confiance en elle, comment elle va reprendre sa vie.
Aujourd’hui, nous disposons de techniques de chirurgie conservatrice, d’oncoplastie et de reconstruction qui permettent, lorsque la situation médicale le permet, de préserver ou de reconstruire le sein.
Mais le plus important reste de respecter le choix de chaque femme. Certaines souhaitent une reconstruction, d’autres non. Il n’y a pas une seule bonne façon de vivre cette épreuve.
Mon objectif, ce n’est pas seulement qu’une femme guérisse de son cancer. C’est aussi qu’elle puisse se retrouver, se réapproprier son corps et continuer à se sentir pleinement elle-même.
Au fil de votre parcours, qu’est-ce que les femmes que vous avez soignées vous ont appris, professionnellement mais aussi humainement ?
Elles m’ont appris énormément. Et je crois sincèrement qu’elles m’ont autant apporté que ce que j’ai pu leur apporter.
Elles m’ont appris le courage, la résilience, mais aussi l’humilité.
J’ai rencontré des femmes d’une force incroyable qui, alors qu’elles traversaient une maladie grave, continuaient à s’inquiéter pour leurs enfants, leur famille ou leurs proches avant même de penser à elles.
Certaines sont fortes en apparence mais profondément fragiles. D’autres, que l’on pense vulnérables, révèlent une force insoupçonnée.
Et surtout, elles me rappellent chaque jour pourquoi j’ai choisi ce métier.
Mes patientes m’ont appris qu’on peut être extrêmement fragile et incroyablement forte à la fois. Et elles m’ont appris à ne jamais oublier l’humain derrière la maladie.
Le 31 octobre, vous entrerez sur la pelouse de l’Allianz Riviera avant Nice–Rennes. Quel message souhaiteriez-vous porter à cette occasion auprès des femmes et de leurs proches ?
D’abord, je voudrais dire aux femmes de prendre soin d’elles.
Nous avons toutes tendance à faire passer beaucoup de choses avant notre propre santé : nos enfants, notre famille, notre travail. Mais prendre soin de soi, ce n’est pas être égoïste, c’est essentiel.
Le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme. Et même si nous avons fait des progrès considérables dans les traitements, le dépistage et le diagnostic précoce restent fondamentaux.
Je voudrais rappeler que le dépistage ne permet pas d’empêcher un cancer d’apparaître, mais qu’il peut permettre de le découvrir plus tôt, à un stade où les traitements sont souvent moins lourds et les chances de guérison meilleures.
Je voudrais aussi adresser un message aux femmes qui sont aujourd’hui confrontées à la maladie : vous n’êtes pas seules. Derrière vous, il y a des équipes entières de professionnels qui se battent chaque jour à vos côtés.
Et enfin, je trouve très beau que le monde du sport s’engage pour cette cause. Parce que le sport, comme la médecine, porte des valeurs de solidarité, de dépassement de soi et d’esprit d’équipe.
Je remercie aussi l’OGC Nice de mettre la force de son image et de sa communauté au service d’un message aussi important. Quand un club comme le Gym se mobilise, il permet de toucher bien au-delà du monde médical et de rappeler à des milliers de personnes l’importance du dépistage et du soutien aux femmes concernées.
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