Hommage
Célia Viale : « C’était quelqu’un de souriant, qui aimait la vie »
Il y a 10 ans, Célia Viale perdait sa maman, Marie-Pierre, lors de l’attentat de la Promenade des Anglais ayant emporté 86 personnes. Avant la réception du LOSC, où la mémoire de sa maman sera honorée, elle prend la parole avec une émotion communicative.
Célia, vous étiez au stade contre Le Mans, pour lancer les commémorations des 10 ans de l’attentat. Qu’avez-vous ressenti ?
Le stade plongé dans le noir. Nissa la Bella. C’était émouvant, très beau... L’OGC Nice fait énormément pour la mémoire de nos disparus. Grâce au club et aux supporters niçois, les autres clubs français rendent également hommage aux victimes. On a même vu le cœur sur les écrans lors de la demi-finale de la Coupe du monde. Ça nous touche profondément.
En tant que niçois, on a senti une immense douleur le 14 juillet 2016. Mais en étant dans les associations, on s’est aperçu qu’à part chez nous, les gens se souviennent peu de l’attentat. C’est pour ça que tout ce qui est fait pour les 10 ans est essentiel, comme les 86èmes minutes des matchs. Ça fait beaucoup pour la mémoire. L’OGC Nice est un des plus grands soutiens.
La mémoire de votre maman sera honorée contre Lille. Une affiche particulière pour toute la famille…
Tout à fait. Déjà sportivement, c’est contre Lille, un club ami. Sur un plan plus personnel, je suis partie vivre à Lille quand j’avais 18 ans. Ma mère, comme tous les Niçois, s’était demandé pourquoi j’avais fait ça. Pourquoi j’allais vivre dans le nord, dans le froid. Quand je suis partie là-bas, elle m’avait acheté des crampons à mettre sur mes chaussures pour l’hiver (rires). Elle voulait m’acheter une lampe de luminothérapie car elle avait peur qu’il n’y ait pas assez de soleil. Ça me rappelle de jolis souvenirs, de jolies anecdotes. C’était une maman attentive, qui prenait soin des gens autour d’elle, qui était soucieuse de leur bonheur. Quelqu’un de souriant qui aimait la vie. On essaie de penser à ça pour la suite.
Mon père était avec elle le soir de l’attentat. Il a été blessé. Depuis, il s’est retiré à la montagne, dans la nature. Il a du mal à revenir sur Nice. Mais ça lui fait du bien de savoir qu’il y a des hommages. Il est content et il préfère en général les vivre à distance.
10 ans après, comment vous sentez-vous ?
J’ai l’impression d’avoir été suspendue dans le temps pendant tout ce temps. Ce sont des morts collectives, c’est particulier. Il ne suffit pas de faire le deuil d’une personne. Il y a aussi une peine collective. Des gens se sont complètement coupés des associations et des autres victimes. Chacun fait comme il peut. Moi, j’ai été co-présidente de Promenade des Anges pendant quelques années. Je l’étais au moment des procès. J’ai été dans le combat. Le procès a duré 3 mois. Il y a eu la préparation avant, les appels après. Pendant tout ce temps, on ne respire pas. Et à la fin de l’année, on se demande ce qu’on a fait. Pas grand-chose finalement. Et on revit le truc à chaque fois.
Donc pour se reconstruire, c’est un pas après l’autre. On se réveille, on recommence. Certains vont se plonger dans le travail et ne pas en parler, pour ne pas craquer. D’autres n’y arrivent pas. Il n’y a pas de recette miracle. Il faut du temps. Personnellement, j’essaie de reprendre le fil. Je suis reconnue avec un handicap lié au stress post-traumatique. Ce n’est pas toujours facile mais il faut essayer de se tourner vers la vie.