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Les 5 pays de Lemina

Interview

8 octobre 2021

Les 5 pays de Lemina

En 2013, les amoureux de la L1 découvrent Lemina. Talentueux, capable d’évoluer dans un couloir, au milieu ou derrière, technique, polyvalent et doté, déjà, d’un fort caractère. Révélé à Lorient puis parti très tôt à Marseille, Mario s’est de nouveau posé dans l’Hexagone cet été, sous le maillot rouge et noir, à 28 ans. Et les amoureux de la L1, comme ceux du Gym, ont retrouvé un joueur différent. Plus costaud, plus posé, plus complet : l’international gabonais s’est rapidement imposé comme le patron de l’entrejeu azuréen. Une évolution forgée autour du monde, par différents footballs, différentes cultures, différentes influences, et une capacité à prendre le meilleur de toutes ses expériences pour s’en servir au quotidien. Avant de partir en sélection, le n°18 du Gym s’était arrêté un moment pour nous parler de sa progression. Et des 5 pays l'ayant façonné. 

La France / Lorient, Marseille (2013 / 2015), Nice depuis 2021
« J’ai commencé le football très tôt, à 5 ans, à l’ES Nanterre. Après je suis vite parti en Sport-Etudes à Rueil-Malmaison. J’y ai fait 2 ou 3 ans. Puis j’ai eu l’opportunité d’aller dans les gros clubs de la région parisienne, comme l’ACBB, mais j’ai préféré rester avec ma bande d’amis, avant d’évoluer à La Garenne-Colombes. J’y ai connu de très bons coachs, qui sont aujourd’hui recruteurs de Liverpool ou autre. Ce sont eux qui m’ont fait faire des essais à Lorient.

Petit, j’étais le milieu offensif très créatif, très dribbleur, qui marquait beaucoup de buts. Ado, à Lorient, je suis passé ailier, comme mon petit frère en ce moment au PSG. Entre U17 et U19, je marquais énormément. En CFA, on m’a remis au milieu, ça s’est bien passé, et je suis vite monté en pro, avant de quitter Lorient pour Marseille. Avec Bielsa, j’ai même joué central droit d’une défense à 3, puis piston droit. C’étaient de bonnes expériences.

En parallèle, j’ai connu les équipes de France de jeunes, on a même été champions du monde U20. L’archétype du joueur formé en France ?Athlétique, technique et très complet. Tu n’as qu’à voir les Kondogbia, Varane ou Pogba...

J’ai retrouvé la L1 après 7 ans. Différent. On est passé d’un joueur qui se cherchait, qui avait envie de grandir, à un joueur qui a pris beaucoup de maturité et d’expérience, beaucoup plus calme et posé dans son football. Maintenant, si on me demande de jouer piston droit, je le fais, mais je préfère rester dans l’axe (il se marre). La L1 aussi a énormément changé. Beaucoup de coachs ont émergé et appris des autres. C’est un championnat qui joue beaucoup plus au ballon qu’avant, avec des équipes qui cherchent à créer. Tant mieux !»

Le Gabon / Sélection nationale A depuis 2015
« J’ai toujours voulu jouer pour le Gabon. C’était un rêve qu’on partageait avec mes frères et mes cousins. Je l’avais dans la tête. J’ai eu l’opportunité de jouer pour les équipe de France de jeunes, franchement, je ne pouvais pas dire non, parce que c’était un palier à passer pour me dire que je faisais partie de l’élite en France. Après ça, je voulais vraiment donner mon maximum pour le Gabon, pour faire grandir cette équipe. Quand je la rejoins, je suis à Marseille et à la Juve (prêté en 2015, puis engagé définitivement par la Vieille Dame en 2016, NDLR), donc de suite, les gens attendent beaucoup de moi, j’arrive avec un certain statut.

Mais le foot africain est très différent. C’est une autre mentalité, une autre façon de jouer. Tu dois te faire au terrain, aux circonstances. Tu dois plus être présent sur les ballons longs, sur les deuxièmes ballons, les duels. C’est un jeu assez dur, dans des conditions climatiques pas évidentes, avec une grosse chaleur. Au début, c’est compliqué pour moi. Il faut s’habituer et comprendre qu’il y a deux styles : l’Europe et l’Afrique. Tu dois vite être capable de switcher entre les deux.

Le Gabon est un petit pays, avec 1,5 millions d’habitants. Le foot, c’est un rayon de soleil. Ce qui nous rassemble, c’est l’équipe nationale. Nos prestations jouent sur le quotidien des gens, tu le sens, c’est pour ça qu’on essaie de leur donner du plaisir. Quand il y a de bons résultats, ils sont heureux jusqu’au prochain rassemblement. Ce n’est pas toujours facile pour les habitants du Gabon ou de l’Afrique. Il n’y a pas la même stabilité qu’en Europe. Le foot africain t'apporte beaucoup, humainement et professionnellement. Il te fait réfléchir. Personnellement, il m’a fait passer un premier cap en termes de leadership dans ma carrière. De leadership et de mentalité. »

L’Italie / Juventus Turin (2015-2017)
« Quand j’arrive à la Juve, je n’y crois pas trop. Je suis un jeune gamin, qui a à peine fait ses gammes en L1, et qui se retrouve là-bas, à m’entraîner avec de très grands joueurs. Mais je cherche à jouer ma carte. J’ai vraiment beaucoup appris de la Juventus, la rigueur, la tactique. Ça m’a aidé. Les entraînements que tu as du mal à terminer, ce n’est pas une légende. Je les ai vécus. Quand je suis arrivé, j’ai eu plusieurs fois la tête qui tournait après les séances. Je dormais directement après, jusqu’au lendemain, pour retourner sur le terrain. C’était dur. Très dur.

Après 2 ou 3 mois, tu sens que les efforts paient. Tu es dans le rythme, en train de bosser dur, de t’aguerrir et de devenir vraiment un footballeur professionnel. Pour atteindre certains paliers, il faut beaucoup travailler. Il n’y a pas de secret. Je l’ai fait, en jouant ailier droit, devant la défense et au milieu.

La Juve change complètement un joueur. Surtout un jeune. Tu apprends très vite que si tu veux atteindre un certain niveau, il faut une exigence énorme et des efforts supérieurs. Dans le vestiaire, il y avait de très, très grands joueurs. Buffon Chiellini, Bonucci : les voir s’entraîner au quotidien, comme ils le font depuis 20 ans, avec une telle exigence, une telle envie de gagner… Tu te rends vite compte que si tu veux rentrer dans les clous, tu vas devoir travailler. Eux le font, donc toi tu ne peux pas te relâcher. Tu prends vite le pli. Mon rêve était de jouer dans un grand club. J’ai joué à la Juve. Et j’y ai fait une finale de Ligue des Champions (perdue 1-4 face au Real Madrid, le 3 juin 2017). »

La Turquie / Galatasaray (2019-20)
« J’ai choisi Galatasaray parce que c’était le bon moment pour moi de voir autre chose. J’aime beaucoup les supporters et ce qu’ils transmettent, ça me galvanise. Ça me donne envie de donner encore plus. Là-bas, j’ai eu tout ce que je voulais à ce moment de ma carrière. C’est un très grand club, avec un grand public. Les conditions étaient réunies pour que je me développe encore plus comme un joueur de foot.

Le foot turc ressemble un peu au foot anglais : beaucoup de fans, de ferveur, ça se retrouve dans les matchs, avec des scores fleuves. Il y a un très bon niveau en Turquie. Et quand tu es Galatasaray, c’est comme quand tu es la Juve : tout le monde veut t’abattre. J’ai beaucoup aimé. Le championnat turc est moins tactique et les joueurs turcs sont très, très techniques. La plupart des Turcs qui viennent en Europe sont comme ça, on l’a vu quand on a joué Marseille avec Under. C’est un profil qui ressort de la Turquie.

Ce passage là-bas n’a pas changé mon jeu, mais la Turquie m’a fait passer un cap. J’ai même fini capitaine. C’était ce que je recherchais. Avant d’y aller, je me posais une question : est-ce que je pouvais ressortir le leadership que j’avais en moi mais que je n’arrivais pas à transmettre avant, à cause de ma timidité ? La-bas, j’ai eu la réponse : oui. J’ai pu sortir tout ce que j’avais. Ils m’ont permis de le faire et d’avoir une place importante dans l’équipe. C’est ce qui fait de moi le joueur que je suis aujourd’hui. »

L’Angleterre / Southampton (2017-19), Fulham (2020-2021)
« J’ai joué à Southampton et Fulham, et j’ai été très heureux. Southampton a vu passer de très grands joueurs, Mané, Van Dijk, Bale, Walcott. Pour moi c’était un très bon club où j’allais me révéler. 

Je suis arrivé en Angleterre en top forme après la Juve et j’ai fait de belles performances avant de me blesser. La Premier League est épuisante mentalement. Il y a beaucoup de matchs, le boxing day, les coupes, et tous sont très intenses. Ce n’est pas très tactique, même si ça le devient avec beaucoup de coachs qui arrivent de l’étranger. La Premier League, il faut que ce soit du « show » et que les fans en aient pour leur argent. Ça va dans tous les sens. Ce que j’ai préféré ? Les gros matchs. Liverpool, Chelsea, Manchester City : c’est là où tu arrives à te situer. »

C.D.
Photos : Icon Sport