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Olympique de Saigon, despì 1994

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16 novembre 2020

Olympique de Saigon, despì 1994

Autre continent, autre vie, même amour. Celui de couleurs, d’un club, d’une culture. Il y a 26 ans, l’Olympique de Saigon voyait le jour en Asie. 26 ans après, les Niçois les plus célèbres du Viêt Nam sont toujours là, avec leurs maillots, leurs voyages, leur passion et leurs aventures. 26 ans après, ils méritaient bien un hommage, accompagné de tous nos vœux de longévité !

Tout est parti d’un mail transmis à l’adresse #MonGymMaFamille pour retracer trois décennies d’amour et d’eau fraîche – ou a minima trois décennies d’amour. A l’envoi, Philippe Vo. En pièces jointes, des articles de presse, une équipe avec le maillot de l’OGC Nice et une histoire à explorer. Il n’en fallait pas plus pour que l’échange de courriels débouche sur une rencontre réelle.

Ce mardi 13 octobre, Philippe s’est donc présenté dans les "nouveaux" bureaux du club pour la première fois, lui qui était un grand habitué de Charles-Ehrmann. Main dans le plâtre, silhouette affûtée, cheveux en arrière et masque sur le nez, il a pris le temps qu’il fallait pour nous parler de ses deux Olympiques. Celui que cet enfant de Saint-Sylvestre soutient depuis qu’il a ouvert les yeux, en 1963, et celui qu’il a fondé. L’un ne va pas sans l’autre. L’autre qu’il supporte dès ses premiers pas au Ray, en seconde. L'autre avec qui les gens de sa génération ont le privilège de grandir. Le Gym de Leïf, de Jean-Marc, de Jean-Pierre, de Roger. Le Gym des enchanteurs qui ne gagnent rien, si ce n’est l’essentiel : « de l’amour pur ! Grâce à cette époque, j’ai des frissons au stade. »

« Ce n’est pas une organisation démocratique, on n’a pas eu le choix »


Très attaché à son club et à sa terre natale, Philippe a pourtant des envies d’ailleurs quand la vingtaine arrive. « J’ai toujours voulu faire le tour du monde, alors dès que j’ai pu, je suis parti au Viêt Nam ». Nous sommes au début des années 90. Visa touriste en poche, « à la limite de la légalité », il bosse et croque pleinement dans la vie d’expatrié. « Le Viêt Nam était en train de s’ouvrir, éclaire-t-il. Les conditions étaient très difficiles. Au départ, nous n’étions qu’une cinquantaine de Français à Saigon. On s’est dit qu’un jour, il faudrait trouver un terrain et jouer au foot. Puis quand on l’a fait, on a pensé à monter un club car, en plus, les Viêt Namiens sont fous de ballon. Avec deux amis, un supporter de l’OM et un de Bordeaux, on a fondé l’Olympique de Saigon. » Un Olympique qui aurait pu en aimer un autre que le Gymnaste Club de Nice ? « Impossible, tranche son actuel président, goguenard. Ce n’est pas une organisation démocratique, on n’a pas eu le choix, j’ai réussi à rafler la mise ».

L’aventure débute. Et quelle aventure ! « Au départ, on jouait sur des champs de patates, avec les cocotiers autour, pour le plaisir. On demandait tous de l’argent aux sociétés dans lesquelles on travaillait, pour la location des stades et les maillots. Et puis petit à petit, on est devenus une équipe semi-sérieuse. » Tellement sérieuse que l’Olympique de Saigon, où figurent chaque année deux ou trois Niçois du cru, commence à se faire un nom... au point que deux de ses joueurs s’engagent en première division locale ! 

Le premier se nomme Frédéric Rault, toujours a la tête de l’équipe aujourd’hui.

Le second David Serene. Ce dernier, alors directeur de  Virbac (Carros) au Viêt Nam, réussit même à faire un gros coup de pub à son entreprise, en attirant les projecteurs après avoir remporté la Coupe du Viêt Nam en étant élu meilleur joueur de la finale et meilleur buteur de la compétition.

Séduit et touché par cette fraternité du bout du monde, Jean-Luc Bailet (ancien directeur général de l’OGC Nice, disparu en 2014) envoie un jeu de maillots à Philippe Vo. Le premier pont est érigé, la machine lancée. Elle ne s’est jamais arrêtée. « A l’époque, il n’y avait pas de télé, d’internet ou de choses comme ça. Tous les week-ends, on était ensemble avec les amis du club. Tous les jours, pour notre pause déjeuner – car on travaillait tous à côté - on allait manger au resto de notre pote aixois, "Chez Bibi", avec nos noms et le logo de notre club favori sur notre chaise. L’Olympique de Saigon était important pour notre vie sociale. Grâce à lui, on a fondé un groupe d’amis pour la vie. »


« On a joué contre Guingamp une semaine après leur défaite en Coupe de France » 


Comment résumer ce qui se passe derrière cette genèse ? Avec un grand sourire, des étoiles dans les yeux, et en acceptant d’abandonner le fil d’un récit pour mieux profiter des exploits qu’il abrite. En 1996, deux ans après sa création, l’Olympique de Saigon gagne son premier tournoi au Cambodge, « le plus grand souvenir » de son président : « Ça nous a permis de nous faire un nom et d’être invités dans les championnats et les tournois d’expatriés de l’Asie du Sud-Est ». La passion devient un mode de vie. Thaïlande, Singapour, Malaisie : l’autre Gym voit du pays. « Quel régal ! On y allait, on jouait et après on faisait la fête », sourit l’ancien attaquant, reconverti défenseur au fil des années, à qui la 2ème famille a offert « une fontaine de Pastis » lors de son départ du pays, histoire de lui mettre un peu de jaune au cœur. Autre fait marquant, un duel face au Guingamp de Jean-Luc Vannuchi : « Ils étaient venus en tournée en Asie, une semaine après avoir perdu la Coupe de France contre le Gym en 1997. Quand ils sont entrés sur le terrain contre nous, ils ont vu nos maillots et ils ont halluciné. Ça s’est super bien passé, ils étaient nettement au-dessus (victoire 3-1 de l’EN Avant) mais le moment était vraiment sympa ».

Un bonheur dans le pré, donc, mais aussi et surtout en-dehors. Le titre mondial de la France en 1998 est dignement célébré. Quatre ans plus tard, Philippe et sa bande vont voir les Bleus en Corée et continuent à parcourir l’Asie au nom du sport-roi. Sans oublier la Côte et ses ambassadeurs cramponnés. « Avant, je pouvais seulement rentrer pour voir 3 ou 4 matchs par an. Une fois, la rencontre avait été décalée, j’avais payé 400 € pour décaler mon billet, ce qui fait que je devais être le supporter ayant acheté le ticket le plus cher du stade. Le Gym, je ne l’ai jamais lâché et je ne le lâcherai jamais. J’ai 3 enfants, dont 2 vivent aux Etats-unis, pour eux, la question ne s’est pas posée non plus. »

Depuis 2016, celui qui travaillait dans l’import-export de poissons et la distribution alimentaire a regagné son Comté. Il retourne une fois par mois en Asie, son deuxième "chez lui". Désormais, les matchs de l’Olympique Saigon sont filmés et commentés. Son club a grandi. Comme celui de son enfance. « Tu vas me prendre pour un fou, mais il y a 30 ans, j’avais dit qu’un jour, l’OGC Nice serait champion d’Europe s’il arrivait à avoir un stade, un centre et un investisseur. 30 ans après, on n’est pas champion d’Europe, mais on a avancé... »

Constantin Djivas