Bilan

Les 4 saisons de Lees-Melou

Un exercice, 4 saisons. A l’heure des bilans, Pierre Lees-Melou a accepté de décortiquer les 10 mois de compétition en fonction du cycle naturel du temps. Eté, automne, hiver, printemps : l’ancien Dijonnais retrace sa première année niçoise avec naturel et franchise. 

Eté : «Un des premiers grands souvenirs »

 

Tu arrives au Gym début de mercato. Quelles sont tes premières pensées ?
Je viens de Dijon qui est un club très familial, où tout le monde s’entend bien, où il n’y avait pas trop de grands noms, et je débarque dans un vestiaire où, justement, il y a beaucoup de stars. Donc je me pose des questions, ce qui est normal, mais tout de suite, tout le monde vient me parler, et finalement, je suis bien accueilli. En plus j’ai la chance de connaître Arnaud (Souquet), ça facilite mon adaptation. Mais mine de rien, je ne pensais pas que ça allait se passer comme ça...

Pourquoi ?
Avec tous les noms qu’il y a, tu te dis, a priori, qu’il n’y a peut-être pas une ambiance si bonne que ça ; ou que les mecs ne vont pas forcément venir vers toi quand tu arrives de Dijon.... Et justement, il se passe le contraire, et l’image de club familial qui colle au Gym s’est rapidement vérifiée. Tout le monde s’est parlé depuis le début, personne n’est resté à l’écart. Tant mieux.

Le 14 juillet, quand tu apprends que vous allez défier l’Ajax en Q3 de Ligue des Champions, comment réagis-tu ?
Il y a deux sentiments. D’abord, je me dis forcément que ce n’est pas une bonne nouvelle, parce que l’Ajax est une très belle équipe. Mais au fond de moi, je suis quand même content parce que quand on est footballeur, on veut jouer contre ce genre d’adversaire. Autre nouvelle pas terrible : la qualif’ se jouera là-bas…

Et puis ?
Et puis on connaît la suite, nous allons chercher notre qualification à Amsterdam, ce qui est encore plus beau ! Après ce tour, nous sommes certains de jouer au moins la C3, du coup ça nous enlève un sacré poids. Ça reste un des premiers grands souvenirs de cette saison. L’ambiance, la qualité, l’intensité : tout est différent dans ce genre de match. Quand tu y goûtes, tu n’as qu’une envie : y retourner au plus vite. Derrière on tire Naples, ce qui n’est pas « une bonne pioche » non plus. Nous voulions accrocher cette Ligue des Champions mais franchement, la marche était haute. Il n’y avait rien à dire sur l’ensemble des deux matchs.

A ton arrivée, t’attends-tu à être aussi utilisé * ? 
Oui et non. Quand on va dans un club, c’est toujours pour jouer, même si on ne sait jamais vraiment comment ça va se passer. Ce qui est sûr, c’est que je ne pensais pas jouer autant. Le discours du coach a été simple : il m’a tout de suite dit de rester moi-même, de jouer mon jeu avec fraîcheur, comme à Dijon, car c’était comme ça qu’il m’avait bien aimé.

En parallèle de ces aventures européennes, votre début de championnat s’avère difficile...
C’est ça. Que ce soit le public, le staff ou les joueurs, on ne s’attendait pas à être dans cette position-là. C’est peut-être dû à la retombée des compétitions européennes. Il y a eu un nouveau groupe, beaucoup de départs et d’arrivées, dont je faisais partie. Il fallait s’adapter et on a eu beaucoup de mal, nous perdions beaucoup de matchs sur des détails ou des erreurs. Nous avons mis du temps pour rectifier tout ça, mais dans cette période, nous n’étions pas bien du tout en L1.

Avec du recul, penses-tu que le championnat était un retour trop sec à la réalité ?
Nous sommes professionnels, il ne faut pas chercher d’excuse, ce n’est pas à cause de l’Ajax ou de Naples qu’on a fait un mauvais début de championnat. C’était de notre faute à nous. Point.

Ton moment de l’été ?
Je dirai la qualification à Amsterdam et la victoire 4-0 contre Monaco, qui était aussi un bon souvenir. On pensait qu’on lançait notre saison à ce moment-là...

Automne : « Toulouse, le moment clef de la saison »


Les semaines passent et un fossé se creuse entre vos performances européennes et « domestiques ». Comment l’expliques-tu ?
Si tu refais chaque match, tu vois qu’on perd souvent 1-0, 2-1 ; ou alors qu’on mène et qu’on prend un but bête à la fin. Ça s’est joué sur beaucoup de petites choses, sur des erreurs de concentration. Même nous, attaquants ou milieux, nous avions beaucoup de déchet devant le but. Plein de détails ont fait que nous nous sommes retrouvés en bas. Sur chaque erreur, on se faisait punir.

Quand la spirale devient vraiment mauvaise, est-ce que tu te dis, dans un réflexe humain, que tu as fait le mauvais choix en signant ici ?
Non, pas du tout, parce que je savais qu’on n’était pas à notre place. Et tout le groupe le savait aussi. Dans le vestiaire, malgré la spirale, nous n’étions pas en crise, ce n’était pas la panique. On était conscient de nos qualités, de nos forces et de nos faiblesses. A un moment, les cadres ont pris la parole et on savait que ça allait finir par tourner. On a continué à travailler et à rester sérieux, ça a payé.

Sans jamais aller à l’encontre de la philosophie de jeu niçoise...
Exactement ! C’est pour ça que je suis venu ici. Dijon jouait déjà au ballon, je ne voulais pas partir pour quelque chose de différent. Repartir court, contrôle-passe, simple : je m’inscris totalement dans cette conception du jeu. Même quand ça allait mal, on ne l’a jamais abandonnée.​

Les échanges courts, notamment, font parfois trembler quand on prend place en tribune...
Sur le terrain non, parce que c’est ce qu’on fait tous les jours à l’entraînement. Des fois il y a même des thèmes « ne pas lever la balle » dans les jeux, où nous sommes obligés de jouer court et à terre. On prend des habitudes, c’est pour ça qu’on est serein. Par contre, je ne vais pas dire qu’on n’a jamais eu peur, on a même dû prendre des buts sur des erreurs de relance, mais ça fait partie du jeu quand on a cette idée du foot.

Avant le mach de Toulouse, Jean-Pierre Rivère et Julien Fournier viennent s’adresser au groupe. Que vous ont-ils dit ?
Que 17e ou 18e, ce n’était pas du tout notre place. Des fois, il ne faut pas avoir peur de se regarder tous dans les yeux et de se dire les choses. Ce n’était pas sec, tendu ou autre chose, mais c’était franc. On savait tous que ça n’allait pas. Ils nous ont juste dit la vérité, simplement. Je pense que ça a été un déclic, même si sur le match qui suit, on s’en sort bien.

Est-ce qu’il y a eu un autre déclic plus interne au groupe ?
Je ne sais pas si on peut parler de déclic, mais des mecs comme Dante ont su parler au bon moment et avoir des mots qui, je pense, ont touché tout le monde. Ils ont dit des vérités, notamment que les beaux discours ne servaient à rien si on ne posait pas nos tripes sur le terrain. C’est ce qui s’est passé.

Justement, ce match de Toulouse ?
Rien ne nous sourit. On prend rouge, on est mené, on concède un pénalty, le sort s’acharne. Et au final, il y a une belle réaction de tout le groupe et une victoire 2-1 à la fin. C’est le moment clef de notre saison, là où tout le monde s’est dit : « Allez, c’est parti, on arrête les bêtises et on revient dans le classement ». Après ça, on a enchaîné notre belle série de 8 matchs sans défaite (en L1), qui nous a fait remonter. Petit à petit on est revenu à notre place, et après on s’est dit qu’on voulait aller chercher encore plus haut.

Hiver : « La période des regrets »

 

Vient l’hiver et le début de l’année 2018, avec des performances en dents de scie.
Avec le début de la saison, c’est la période où on peut avoir des regrets, car on a quand même laissé passer pas mal de points en route, notamment contre les petites qui étaient derrière nous… On avait souvent les matchs en main, et on a souvent fait les cons – désolé, il n’y a pas d’autres mots. Si on avait pu faire preuve de plus de maîtrise et d’une meilleure gestion de nos matchs, nous n’en serions pas arrivés au même point. A Metz, avant que je prenne le rouge, je me rappelle qu’on avait eu 2 ou 3 occasions pour marquer. A Dijon pareil. Normalement, on doit prendre 3 points sur ces matchs-là. Là, on en a pris 0. Ça nous a coûté cher.

C’est à partir de l’hiver que tu commences à enchaîner au coeur du jeu.
Être dans un couloir n’est pas mon poste préféré, mais j’écoute toujours, je m’adapte et j’essaie de faire de mon mieux pour l’équipe. C’est vrai que c’est à partir de là que j’ai vraiment commencé à enchaîner dans l’axe. Avec les autres milieux, on a un peu le même jeu et on s’est tout de suite entendu. Personnellement, j’avais plus le rôle d’accompagner la fin des actions, parce que j’aime courir. Participer au travail défensif mais ne pas hésiter à faire les courses pour terminer les mouvements, c’était ça mes consignes.

Le point d’orgue de l’hiver, c’est cette double confrontation devant le Lokomotiv Moscou (2-3 ; 0-1). Comment l’analyses-tu ?
Avec amertume. Encore une fois, on perd le 16e à l’aller, chez nous, alors qu’on maîtrise tout. On mène 2-0, on a les occasions pour le 3-0, on ne les met pas... Puis on prend un rouge, un pénalty, on commence à tout faire à l’envers et on réussit, au final, à perdre un match qu’on gérait parfaitement, en se sabordant seuls.

Moscou en hiver : est-ce que, malgré la défaite, c’est une expérience à vivre quand on est un un amoureux de foot ?
Oui. J’ai kiffé, même si je n’avais jamais joué sous des températures comme ça (-20° au coup d’envoi). On ne s’en rend pas compte, mais il faisait vraiment super froid. Le pire, c’est pour les poumons, la gorge et la respiration. Même dans ces conditions extrêmes, on peut avoir des regrets, parce qu’on tape deux fois la barre avant qu’ils ouvrent le score. Contre le Lokomotiv aussi, il y avait quelque chose à faire. 

Quel est le coéquipier qui t’a le plus impressionné ?
J’aime bien Max (Le Marchand), car c’est le joueur que tu n’entends pas parler. Ce n’est pas lui qui est mis en lumière mais il fait beaucoup de travail de l’ombre. Il est très propre, très serein. En plus, toute la 2e partie de saison, il a dépanné à gauche et a toujours fait le travail. En plus je m’entends très bien avec lui dans la vie de tous les jours. Après, je suis forcément admiratif de Dante, qui a tout vécu, tout gagné, qui pourrait un peu se laisser couler à 34 ans, mais qui est celui qui a le plus de hargne.

 

Le printemps : « On avait la place et les moyens »

 

Enfin arrive le printemps...
… Qui est à l’image du reste de la saison. Il y a des matchs qu’on devait gagner pour être bien et creuser l’écart sur nos poursuivants. Nous ne l’avons pas fait et au final, nous avons toujours alimenté notre course avec les autres, sans jamais prendre le dessus. Ça nous a joué des tours à la fin, ce qui est rageant.

A l’heure des comptes, quel est ton plus gros regret de la saison ?
De ne pas nous être mis à l’abri, alors qu’on en avait la place et les moyens. Avec tous les points laissés en route, on aurait été tranquilles, 5es, seuls et en vacances au moment d’aller à Lyon. Au final, nous avons été obligés d’aller là-bas et de jouer une finale…

Ton plus grand plaisir ?
La musique de la Ligue des Champions. A l’Allianz, j’étais sur le banc, mais que je l’ai entendue et que j’étais sur le terrain à Naples, au San Paolo, dans un stade mythique, ça m’a fait quelque chose. Même si c’était un barrage, quand tu entends ça, tu es comme tout le monde... Je me rappelle que, quand j’étais à l’école primaire, je regardais juste la première mi-temps de ces matchs et après j’allais au lit. Rien que le fait d’écouter la musique était fou.

Quels sont tes objectifs pour la saison prochaine ?
Jouer autant et être plus performant à tous les niveaux, y compris dans les stats ; devenir plus tueur dans le dernier geste, la passe ou la frappe. Il va y avoir des changements cet été, comme partout, on s’attache forcément aux personnes. Mais à la reprise, ce sera aux anciens du groupe et à ceux qui restent de bien encadrer les nouveaux pour passer une bonne année.

C. Djivas

*Pour sa première saison en rouge et noir, PLM a pris part à 34 batailles en championnat. Il s'est également exprimé sur la scène européenne (892'), mais peu en coupes nationales (71' Coupe de la Ligue). Il a été le 3e joueur le plus utilisé par Lucien Favre en 2017-18.