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Habib Beye : « Le Gym a des arguments »

Le témoin

16 mars 2018

Habib Beye : « Le Gym a des arguments »

Il a décroché son téléphone à la descente de l’avion qui le ramenait de Barcelone. La veille, il avait commenté le Barça face à Chelsea, lors du succès des Blaugrana en 8e de finale de Ligue des Champions (3-0). Ainsi va la nouvelle vie d’Habib Beye. A 40 ans, l’ancien latéral de Strasbourg, Marseille, Newcastle et Aston Villa, sélectionné 44 fois en équipe du Sénégal et formé au PSG, est devenu un consultant phare de Canal +. Pointu dans ses discours, tranchant dans ses opinions, il a pris le temps de lancer Nice – Paris avec l’enthousiasme du passionné.

Habib, en tant que consultant, que vous inspire ce Nice – Paris ?
Paris produit jeu, Nice aussi, les confrontations entre les deux équipes, à l’image des deux de l’année dernière (2-2 au Parc, 3-1 pour le Gym à l'Allianz), sont toujours passionnantes, excepté le match aller de cette année qui était déséquilibré (0-3). Ce genre de rencontre est bien pour le foot. Paris se dirige vers le titre de champion, Nice revient bien et a l’ambition d’aller chercher l’Europe. Si le Gym veut le faire, il doit battre toutes les équipes à l’Allianz Riviera. Et Paris est une équipe. Ça promet...

Une équipe très difficile à aller chercher, tout de même.
Sur le papier, le PSG est largement au-dessus. Sans la Ligue des Champions, ils ont envie de vite boucler le championnat et sont sûrement habités par un sentiment de revanche. Ce sera dur pour Nice ; mais ce le sera aussi pour Paris.

Vous évoquez les matchs de la saison passée : quels souvenirs en gardez-vous ?
Au Parc ou a domicile, Nice avait essayé de rivaliser en terme de qualité technique au milieu, avec Seri et Cyprien. Ça avait fonctionné. D’ailleurs on ne peut pas battre Paris sans mettre d’impact au pressing ou en refusant de disputer les ballons dans l’entrejeu. C’est d’ailleurs ce qui me plait dans la philosophie de Lucien Favre : continuer à jouer, encore et encore, quelle que soit la situation ou l’adversaire.

« J’ai toujours dit que Nice pouvait s’en sortir par le jeu »

Même quand tout est plus compliqué...
… Même quand c’est compliqué, comme en début de saison. Quand le championnat a repris, plusieurs systèmes ont été utilisés, l’effectif n’a pas été épargné par les blessures. Malgré tout, pour ma part, j’ai toujours dit que Nice pouvait s’en sortir par le jeu, même quand le club était 17e. C’est ce qu’il en train de réaliser. C’est pour ça qu’il reste séduisant et qu’on lui « pardonne » de ne pas aller chercher le top 3 cette année. Ceci étant, pour aller en Europe, il devra être moins inconstant, car cette saison, son parcours ressemble à des montagnes russes.

Avant d’aller chercher l’Europe, comment aller chercher Paris ?
Il y a des faiblesses dans le dos des latéraux, ce n’est pas une nouveauté. C’est pour ça que Saint-Maximin et Plea, avec leur volume, ont la capacité d’aller travailler et provoquer. En règle générale, le PSG n’est pas non plus très à l’aise contre une équipe qui met de l’impact, que ce soit dans les duels ou dans les courses. Contre eux, c’est difficile de jouer haut, car ils ont souvent la possession. Les lignes peuvent être basses mais doivent impérativement être serrées, les intervalles réduits. Et surtout, il faut de la justesse technique à la récupération. Toutes les équipes qui ont attendu le PSG sans ces ingrédients n’ont pas existé. Quand les Parisiens ne trouvent pas de solutions, quand ils n’évoluent pas dans le confort, ils se frustrent, s’agacent.

Comme lors du dernier Nice – Paris.
Comme à chaque fois qu’ils perdent ! A l’Allianz, l’année dernière, ils avaient fini avec 2 rouges. Cette année, ils en ont pris un à Lyon, un chez eux contre le Real… Depuis quelques années, chaque fois qu’ils éprouvent de la frustration, ils n’arrivent pas à garder leur calme. Ils n’aiment pas être contrariés, c’est ce que je vois de mon poste de consultant, alors les coachs qui les rencontrent doivent être encore plus attentifs à ça. Ils ont aussi du mal à changer de système. Mais, à côté de ça, ils gardent une force de frappe importante.

« IL Y A TOUJOURS LA POSSIBILITÉ D’OBTENIR UN RÉSULTAT »

Question directe : le PSG est-il trop fort pour la L1 ?
Oui, mais ça fait des années qu’on le sait. La saison dernière, nous pensions pareil, et c’est Monaco qui est finalement allé chercher le titre. Cette saison, ce sera Paris, car sur 38 journées, c’est impossible de les embêter. Au vu de leurs investissements, ça paraît normal. Mais sur 90 minutes, le Gym a des arguments et au coup d’envoi, il y a toujours la possibilité d’obtenir un résultat.

L’élimination de la Ligue des Champions peut-elle être une cassure ?
Sûrement, mais à partir du moment où la défaite du Real (2-1, 3-1) est acceptée, les joueurs se doivent d’être mobilisés et tournés vers leur objectif : le triplé. C’est dans l’intérêt de tous, joueurs ou entraîneur, qu’ils soient là l’année prochaine ou pas. Parce que quoi qu’on en pense, gagner les trois compétitions nationales, ce n’est pas facile. Unai Emery ne l’a pas réalisé, Laurent Blanc si, ça montre que ce n’est pas simple.

D’une manière plus générale, que pensez-vous du club niçois ?
L’équipe marchait sur l’eau la saison passée. Il y a beaucoup de départs cet été mais même si cette saison est un peu plus dure, le travail reste très cohérent, à tous les étages. J’ai eu l’occasion de parler avec monsieur Fournier (Directeur Général du Gym) avant Monaco. Il m’a dit que la chose importante, c’est de garder le cap, même quand c’est dur. La recette niçoise est claire : on travaille avec les moyens à disposition. Et on travaille bien. Cette saison, tout le monde voyait Nice en difficulté, moi j’ai toujours pensé que le jeu pouvait les ramener dans le bon wagon. A 9 journées de la fin, c’est le cas. A côté de ça, le club fait progresser des jeunes – peu d’équipe sont capables de démarrer avec 3 mecs de 18 ou 20 ans à chaque match – en les encadrant par des hommes d’expérience comme Dante, Le Marchand, Plea ou Balotelli, qui s’est beaucoup investi cette saison.

Constantin Djivas

Crédits Photos : Canal +

« Mon obsession, c’est de devenir entraîneur »

Durant votre carrière de joueur, pensiez-vous à une reconversion comme consultant ?
(Direct) Absolument pas ! Même quand on me l’a proposée, au début, je ne voulais pas.

Comment le déclic s’est-il produit ?
J’ai rencontré Ludovic Duchesne (journaliste à Canal +) à l’école de mes enfants. A l’époque, juste après ma carrière, je faisais beaucoup d’activités que je ne pouvais pas faire quand j’étais joueur. Je ne voulais pas être consultant car je ne voulais pas juger un métier que j’avais exercé pendant 15 ans. Mon premier essai (en 2013) ne s’est pas bien passé, mais en m’y mettant bien, je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’un jugement mais d’une analyse. Comme partout, il faut travailler pour prendre du plaisir. Et comme je suis un gros bosseur, je regarde beaucoup de matchs, je débriefe avec les coachs quand j’en ai l’occasion… Je prends énormément de plaisir parce que je reste un passionné.

Quels sont vos projets pour le futur ?
Mon obsession, c’est de devenir entraîneur. Quand j’étais joueur, j’étais déjà très concentré sur l’analyse de ma performance et de la performance de mon équipe. Tous les matchs que je vois actuellement, tous les pays dans lesquels je me rends pour commenter, c’est une superbe étape et ça me servira pour la suite. Mais chaque chose en son temps : pour devenir coach, il faut faire ses preuves, avoir une vraie légitimité ; pour l’acquérir, il faut passer les diplômes. Jusqu’à présent, je n’ai pas encore eu temps de m’y consacrer, mais je vais m’y mettre.