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On a retrouvé « le 3 % »...

Le témoin

20 février 2018

On a retrouvé « le 3 % »...

« Une seule équipe (sur 32 cas) ayant perdu 2-3 à domicile lors d'un match aller en C3 s'est qualifiée pour le tour suivant, soit 3%. C'était Odense Boldklub contre le Real Madrid en 8es de finale de Coupe UEFA 1994/95 (2-3, 2-0) ». Avant le 16e de finale retour face au Lokomotiv Moscou (coup d’envoi jeudi à 17h), les chiffres n’incitent pas à l’optimisme. Pourtant l’exception entretient l’espoir. Non, la flamme niçoise n’est pas éteinte, malgré la douche moscovite. Malgré le froid, l’adversaire et le contexte, elle brûle toujours. Et puisque la mémoire allie « le courage du présent à l’espérance du futur », OGCNICE.com a migré en Scandinavie, à la recherche « du 3 % » de probabilité. Il y a retrouvé Morten Bisgaard, qui inscrivit le but de la qualification à la 90’, au Bernabeu...

« On avait perdu (2-3) à la maison. Tout le monde disait qu’on ne pouvait pas passer. Mais nous, on connaissait nos forces. On savait qu’il y avait la possibilité de faire quelque chose, même si en face, c’était le Real. Et même si le retour se disputait à Bernabeu... » Lorsqu’il décroche le téléphone, Morten Bisgaard rembobine avec plaisir. Capable de parler Anglais, « un peu de Français », c’est en Italien que l’ancien milieu international danois (43 ans, 8 sélections et 1 participation à l’Euro 2000) s’exprime. Passé par l’Udinese, Derby County, l’homme qui porta le maillot d’Odense durant 7 saisons se rappelle de son premier grand frisson en pro. 

« Tu t’imagines, on tire le Real, nous, la petite équipe. Et en plus, face à nous, il y a Michaël Laudrup, le plus grand joueur danois... », se marre -t-il au bout du fil. Le 22 novembre 1994, il débute le 1er round. Celui-ci, malgré l’ouverture du score des Vikings sur leur terre, se solde par un revers (2-3). « Dès la fin du match, les coachs nous ont dit que ce n’était pas impossible, qu’on allait avoir des possibilités là-bas. Pourquoi ? Parce que quand une équipe gagne, elle a toujours tendance à se relâcher, car elle croit que c’est fait. Ça se voit surtout sur les coups de pied arrêtés. Techniquement, nous étions très inférieurs au Real, mais nous pouvions courir beaucoup plus qu’eux... »
 

« L’essentiel, c’est de marquer en premier, même si c’est tard... »

Pour la manche retour, les Scandinaves se présentent donc à Madrid sans complexe. Face à eux, les Redondo, Amavisca, Alfonso, Butragueno et consorts – coachés par Jorge Valdano – cherchent à emballer les échanges, fidèles à la tradition blanche. Le 6 décembre 1994, ils tombent sur un Lars Hogh en état de grâce. Du pied, des poings, du torse, le gardien moustachu « sort un match de fou » et repousse tout ce qui se présente à lui. Solidement appuyé sur son mur, Odense résiste. « Nous avons su être patients, précise celui qui fit son entrée à la 77e minute. Dans des matchs comme ça, c’est le plus important. Peu importe que tu marques vite ou pas. L’essentiel, c’est de marquer le premier, même si c’est tard. Il fallait tenir et être efficace ». Les « possibilités » annoncées finissent logiquement par se présenter. Les grands hommes blonds bondissent dessus. A la 72’, Ulrick Pedersen, la vingtaine, ouvre le score. Péché d’orgueil : le Real déraille. « Ils ont essayé d’égaliser, alors qu’une défaite (0-1) leur suffisait, retrace Bisgaard, goguenard. Mais non, ils ne voulaient pas perdre contre une petite équipe, encore moins chez eux. Ça a été notre chance... »

 

« C'est toujours possible »

A force de pousser, les Merengue s’exposent de plus en plus. Bombent les muscles. Un coup de pukkos au buzzer les dégonfle. Trois coups de sifflets les laissent cois. 23 ans après, le héros choisit ses mots. « Ils ne voulaient pas perdre, ils ont payé. A la dernière minute, on place une attaque rapide. Sur un centre, je me retrouve complètement libre au 2e poteau, quand tu regardes les images, c’est incroyable... Je remets le ballon d’où il vient et ce but me fait encore rêver, on m’en parle toujours ».

Jusqu’à ce jour, Odense reste la seule écurie à être passée d’une défaite (2-3) à une qualification en Europa League. « Mais c’est toujours possible », clame haut et fort celui, qui, après sa carrière de joueur, est devenu à la fois journaliste et coach. « C’est quasiment gagné pour le Lokomotiv, mais si Nice marque le 1er but, les Russes peuvent tout perdre. A l’époque, nous avions su attendre, résister et faire mal. Ça peut encore être pareil … »

Constantin Djivas
Photos (D.R.)

* Après 3 ans d’étude « à la Fac d’Odense », Morten Bisgaard commente pour la télé danoise (il était en France pour le dernier Euro). En parallèle, il est adjoint de la sélection U17 danoise et du Vejle BK (D2).