Accueil Site officiel de l'OGC Nice

Adrian Ursea : « Le jeu, c’est mon langage »

Interview

19 janvier 2018

Adrian Ursea : « Le jeu, c’est mon langage »

Il avait accepté de « dire un petit mot » pour lancer le match face à Saint-Etienne. Il a finalement prolongé l'échange pendant plus d'une demi-heure, avant d'être rattrapé par l'imminence de la séance d'entraînement. Homme passionné et passionnant, Adrian Ursea livre son point de vue sur la saison du Gym et l'éclosion de ses jeunes talents. Au fil des réponses, l'entraîneur adjoint de Lucien Favre décrit les méthodes du staff niçois et dépeint sa conception du football.

Le derby à Monaco (2-2) est-il digéré ?
Le groupe a pris l'habitude d’enchaîner les échéances, notamment grâce à la coupe d’Europe. Les joueurs sont capables de monter dans la concentration à l’approche des matchs, et de vite redescendre après. On a appris à recharger les batteries, non seulement physiques, mais surtout mentales, car dans de tels matchs, le niveau de concentration et d'implication doit être maximum. Monaco est derrière nous, et nous sommes focalisés sur Saint-Étienne.

« L'ÉCHEC EST LE PREMIER PAS VERS LE PROGRÈS »

Quel sentiment prédominait après Monaco ?
Il y en avait plusieurs. Nous sommes toujours fiers de sortir de grosse performances, surtout contre de belles équipes. Nous avions le match en main jusqu'à cette faute de concentration. Au lieu de contester, il aurait fallu rester tranquille, se  placer, respecter les positions. L’échec est le premier pas vers le progrès. Cela doit nous servir pour la suite et entraîner quelque chose de positif. 

Depuis le lourd revers face à Lyon (0-5), Nice n'a plus perdu en championnat. Cet échec a-t-il constitué justement ce « votre premier pas vers le progrès » ?
Tous les matchs, bons ou mauvais, nous servent. Après Lyon, nous avons bien analysé ce qui n’allait pas, notamment certaines situations de jeu. Il y a eu du progrès derrière car les joueurs ont appliqué ça sur le terrain.

« Il y a beaucoup d'humilité dans ce groupe »

Comment s'est matérialisé le déclic ?
On ne peut pas dire qu’il y a eu « le » déclic, mais une certaine prise de conscience. On a la chance d’avoir un groupe très lucide, où on sent beaucoup d’humilité. Des leaders comme Dante permettent à tout le monde de garder les pieds sur terre. Les joueurs ont fait bloc, n’ont pas cédé à la panique et ont continué de mettre en place notre jeu. C’est comme cela que nous nous sommes extirpés de cette situation difficile. A Toulouse, après 4 minutes de jeu nous étions 19èmes…

Quel sentiment vous animait à ce moment là ?
Nous étions focalisés sur le jeu, même si nous étions conscients du classement. Je retiens que malgré les vents contraires, nous avons continué à produire notre jeu de passes. C'est ce qui nous a permis de retrouver de la confiance. Après, l’arrêt de Benitez est le véritable tournant du match. Mais le jeu nous a aussi permis de sortir la tête de l’eau. Je suis un partisan du jeu. Le jeu, c’est mon langage. Et c'est surtout le meilleur moyen d'atteindre le résultat.

D'autres facteurs ont-ils favorisé votre retour ?
Je pense à nos supporters, qui ne nous ont jamais lâché durant cette période difficile. On doit leur tirer notre coup de chapeau car nous nous sommes toujours sentis soutenus. Il y a eu un dialogue assez calme, ils savaient qu’on ne pouvait pas perdre nos qualités du jour au lendemain. Il fallait un peu de patience et un brin de chance pour relancer la machine. J’ai vraiment été très agréablement surpris de la réaction du public. On a aussi senti de la sérénité au sein du club. Y compris chez les salariés. Personne n’a cédé au catastrophisme.

« Avant de courir, il faut savoir bien marcher »

Nous sommes à moins d’un mois du 16e de finale aller d'Europa League face au Lokomotiv Moscou. La préparation de ce match a-t-elle débuté ?
Non, elle débutera quelques jours avant. Nous sommes des compétiteurs, et c’est toujours le prochain match qui est le plus important. Aujourd'hui, on ne se projette pas plus loin que Saint-Étienne, même si le staff a le Lokomotiv dans un coin de sa tête, et a commencé à analyser leurs matchs en vidéo. Il n’y a pas de meilleure préparation pour Moscou que de sortir des grosses performances dans les matchs qui précèdent, en espérant qu’il y ait des résultats positifs. Avant de courir, il faut savoir bien marcher. 

Dans la bonne période qu’il traverse, le Gym a pu compter sur la montée en puissance de joueurs moins utilisés en début de saison. Comment êtes-vous parvenus à les garder mobilisés ?
Les joueurs doivent être conscients que le coach est amené à faire des choix, et qu'il est préférable de lui proposer une variété de solutions. La seconde chose, qui est la plus importante, c’est que, même quand ils jouent peu, les joueurs doivent tout faire pour être dans les meilleures conditions, physique et mentale, pour être prêts à saisir leur chance quand elle arrivera. 

« Ce n’est pas nous qui faisons le choix : c’est le joueur »

Comme Malang Sarr, qui semble être revenu encore plus fort...
Exactement. Malang a connu une période de moins bien. Pour un joueur de 17 ans, annoncé par les médias comme l'un des meilleurs jeunes d'Europe à son poste, ses débuts n’étaient pas facile à digérer. Il a compris la leçon, et ce que représente d’être professionnel. Il a continué à se préparer, en attendant que la chance se présente à lui. Elle est venue à Toulouse, où il a fait une très bonne rentrée. Nous nous sommes dit : « c’est intéressant, on va pouvoir s’appuyer sur lui ». En revanche, si un joueur traine son spleen et qu’il n’est pas prêt, on n’a pas d’état d’âme. En quelque sorte, ce n’est pas nous qui faisons le choix : c’est le joueur qui s’exclut ou se donne les moyens pour revenir dans l’équipe. Actuellement, il y a un peu plus de chances pour certains de jouer : à eux de nous montrer qu’ils sont là et qu’on peut compter sur eux.

Comment continuer à progresser quand on joue moins ?
On progresse rien qu'en regardant les copains, en observant les adversaires, en écoutant le coach, Fred (Gioria), Alex (Dellal), etc. Et à l'entraînement, il y a toujours des choses à corriger sur le plan technique, les déplacements… La vidéo est une arme essentielle. Prenez l'exemple d'Adri Tameze : à son arrivée, on a dû le mettre dans le bain, lui expliquer notre philosophie, ce qu’on demande à des milieux de terrain, offensivement et défensivement. Les joueurs doivent intégrer notre philosophie. Ca se joue à des détails, qui sont fondamentaux.

Quel genre de détails ?
U
ne orientation de corps, par exemple. Un manque de ce côté-là ne permettra pas à l'équipe d’aller de l’avant. Une mauvaise prise d’information engendrera une mauvaise prise de balle et fera perdre du temps, voire des ballons. Notre jeu de passes implique des risques, qu’il faut éliminer. Adri (Tameze) est très à l’écoute et on constate petit à petit il fait des progrès. La politique du club est de faire jouer des jeunes. "JV" Makengo, Malang Sarr, Arnaud Lusamba, Vincent Marcel, et les autres sont en plein dans la post-formation. Il y a plus de choses à corriger que pour des joueurs expérimentés comme Mario (Balotelli). Mais le chantier n’est pas si grand que ça non plus.

« DONNER DU PLAISIR AUX GENS, C'EST NOTRE DEVOIR »

Dimanche, vous recevez Saint-Etienne, qui traverse une mauvaise passe... 
Oui, et ils vont tout donner pour s’en sortir. Leur coach (Jean-Louis Gasset, ndlr) est très expérimenté, et nous avait causé beaucoup de problèmes avec Montpellier l’année passée (victoire 2-1). Nous sommes prévenus. Nous devrons être focalisés sur notre jeu, tout en tenant compte des particularités du jeu de Saint-Étienne.

Connaissiez-vous la rivalité historique entre Nice et les Verts ?
Non, je l'ai découverte en arrivant au club. Quand j'étais petit, Saint-Étienne avait un style de jeu séduisant. J'ai toujours aimé le beau jeu. Notre premier devoir, c'est de donner du plaisir au gens. Je ne conçois pas le foot autrement qu’à travers ça. J’ai été stupéfait de voir les réactions des supporters, qui malgré la défaite face à Monaco en Coupe de la Ligue (1-2) nous disaient : « Quel match on a fait ! ».  Ça m’a fait beaucoup réfléchir. Johan Cruyff disait que « la qualité sans le résultat c’est inutile, et le résultat sans la qualité c’est ennuyeux ». C’est aussi notre philosophie. Même dans les moments difficiles nous avons gardé en fil rouge l’envie de jouer. 

F.H.