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Bosetti : « Je ne garderai que le meilleur »

Interview

26 mai 2017

Bosetti : « Je ne garderai que le meilleur »

Le 20 mai 2012, le Gym mène 4-3 face à l’OL, à Gerland. À la 86e minute, le coach René Marsiglia décide de sortir le dernier buteur, Esmael Gonçalves. Et de faire rentrer un petit nouveau, déjà bien connu du public niçois. Son nom ? Alexy Bosetti, vainqueur de la Coupe Gambardella un mois plus tôt avec ses partenaires du centre de formation. 5 ans jour pour jour après ses grands débuts en Ligue 1, que celui qui « vient tout droit du Vieux-Nice » nous a accordé un dernier entretien... à Lyon, où il faisait partie du groupe, une semaine après avoir assuré le maintien de la réserve en CFA. Avant de s’envoler vers d’autres cieux, l'Aiglon a retracé, pas à pas, ses 4 saisons en rouge et noir. Avec le sentiment du travail accompli et une émotion non-dissimulée, il quitte un club qui a bien grandi depuis ses débuts. Comme lui…

Alexy, nous voilà à Lyon, là où tout a commencé…
J’avais fait partie du groupe tout au long de la 2e partie de saison. Mais c’est vrai que c'est à Lyon que j’ai effectué mes débuts en Ligue 1. C’est un beau clin d’oeil d’effectuer mon dernier déplacement ici. 

Avant d’entrer en jeu ce jour-là, qu’as-tu ressenti ?
Beaucoup d’émotions, surtout qu’on menait 4 à 3. En plus, c’était avec un staff que je connaissais depuis le centre de formation. René (Marsiglia), m’avait dit des mots rassurants avant mon entrée. Il m’avait notamment félicité pour ma saison. En face, dans les buts de Lyon, il y avait Hugo (Lloris), ça m’avait impressionné. En y repensant, René m’a permis de vivre une soirée et une histoire magnifique. Je l’en remercie encore aujourd'hui.

Et après ?
C’était une fierté. Mais je n'ai pas eu le temps d’y penser, car le lendemain je partais pour l’Euro et j’allais effectuer mes premières sélections (élimination en demi-finales de l'Euro U19). J’étais content de rejoindre l’équipe de France, de découvrir quelque chose de nouveau. Après, j’avais en tête de signer mon premier contrat pro, car ma sélection avait un peu retardé le processus. Je m’étais dit que j’entrais dans un rêve et qu'il faudrait rester sérieux, faire beaucoup de sacrifices, travailler dur au milieu d'un groupe avec beaucoup d’anciens. Pour un petit jeune comme moi, supporter en plus, c’était impressionnant d’entrer dans un vestiaire composé d’autant de bons joueurs. C’était une grosse émotion, et j’avais hâte de recommencer.

« Le retour d’Ajaccio avec les supporters, c’était vraiment costaud »

La saison suivante s’est plutôt bien passé…
Oui, on finit 4èmes. Je rentre souvent en jeu (23 fois) et connais mes premières titularisations (4 en Ligue 1, 1 en Coupe de la Ligue et 1 en Coupe de France). C'était une super année. Nous avions réalisé une saison de fous, avec de gros matchs. Quand on bat Paris à la maison (2-1), qu’on ramène un nul 2-2 de Marseille dans les derniers instants (Fabrice Abriel avait égalisé à la 88e minute)… Je suis content d'avoir pris part à cette magnifique aventure. C'était une belle expérience, surtout qu’en tant que supporter, les années précédentes avaient été plus éprouvantes, avec des maintiens à la dernière journée. Se qualifier pour une Coupe d'Europe lors de la dernière journée à Ajaccio, avec tout le monde qui nous attendait au retour… C’était vraiment costaud.

Malheureusement, l’enchaînement a été difficile…
Oui, c’était compliqué de passer de la 4ème place à la 17ème la saison suivante. Personnellement, je me suis blessé à 6 journées de la fin, à Saint-Étienne alors que j’étais dans une bonne phase, je commençais à enchaîner les matchs et je me fais découper (par Fabien Lemoine)… Ça a un peu coupé ma progression (lors de la saison 2013-2014, Bosetti a marqué 5 buts en 20 matchs dont 8 titularisations). Mais j’ai réussi à bien revenir la saison suivante. Je pense que ma 3e saison à Nice a été bonne (5 buts en 27 matchs dont 13 titularisations). 

Lors de cette saison, tu as vécu le déménagement du Ray à l’Allianz Riviera.
J’ai joué le dernier match au Ray (2-2 face à Montpellier) et j’ai marqué lors du premier match à l’Allianz (victoire 4-0 contre Valenciennes). C’est beaucoup de fierté. J'en garderai toujours de très bons souvenirs. J’ai eu la chance de jouer et de marquer au Ray. C'était en coupe, contre Nancy. Malheureusement, il n’y avait pas grand monde au stade… (le match se jouait à 14h en semaine, ndlr).

« Je me suis toujours battu pour ce maillot »

Avec le recul, comment juges-tu ton parcours au Gym ?
On peut toujours mieux faire. Mais j’aurais pu faire pire, aussi. J’ai été décisif, je me suis toujours battu quand j'ai porté ce maillot. J’ai toujours été irréprochable dans la mentalité, dans l’état d’esprit. C’est ce que je retiendrai. Je ne garderai que le meilleur. Tout n'a pas été positif, mais ça m'a permis de grandir. Ça fait partie de mon histoire, de ma carrière, que je vais essayer de poursuivre le mieux possible.

Si tu devais retenir un match ?
(Il réfléchit) La victoire 5-4 à Marseille c’était quelque chose. Après, il y a aussi mon premier match au Ray, face à Ajaccio. On perd 1-0, et j’avais obtenu un penalty. Monzon avait cassé la barre (rires). Des matchs à retenir, il y en a plein. Notamment ma première titularisation contre Lille (2-2), ou encore l'inauguration de l'Allianz Riviera où je marque face à Valenciennes  (4-0). Le match contre Bordeaux, l’amical contre le Barça… C’était vraiment de très belles années. J'ai rencontré plein de personnes, et joué avec de grands joueurs : Éric Bauthéac, Didier Digard, Renato (Civelli), Nema (Pejcinovic), Julien Sablé, Cyril Rool… quand j’étais supporter, ils étaient déjà sur le terrain. Je n’aurais jamais imaginé les connaître et être ami avec eux. Jouer avec des grands joueurs comme Dario (Cvitanich) non plus…

Qu’est-ce que Dario t’a apporté ?
Avec Neal Maupay, on sortait du centre, on se tirait un peu la bourre. C’était comme un grand frère, Dario. Il nous a beaucoup appris. Devant la cage, c’était un modèle. C’est un très très grand joueur. Je le suis encore aujourd'hui à Banfield (Argentine), où il effectue une très bonne saison, avec Renato. Ils sont rentrés dans leur club de coeur. Je suis content pour eux, et les félicite pour leur carrière magnifique.

« Content que le club ait grandi »

Et cette saison, à l’entraînement, c'était pas mal non…?
Quand on a connu l'ancienne époque, ce n’était pas la même histoire… Voir des Dante, Younes (Belhanda) Mario (Balotelli) arriver, c’est ouf ! M’entraîner avec des joueurs comme eux ou Mika Seri… Quand j'étais petit, au Cavigal*, si on m’avait dit que j’allais jouer un jour avec des joueurs comme ça … Je suis content que le club ait grandi. Je pense avoir grandi avec lui, en étant décisif à certains moments. Je ne garderai que le meilleur. J’ai rencontré des personnes extraordinaires.

Après tes 2 prêts successifs (à Tours puis à Sarpsborg 08 en Norvège), dans quel état d’esprit es-tu revenu au club l’été dernier ? 
Je ne vais pas te cacher que j’étais très motivé à l’idée de revenir au club, avec la Coupe d'Europe. On m’avait dit que ce serait difficile, mais j’ai essayé de répondre présent, à l'entraînement comme lors des amicaux, où je pense avoir montré quelque chose, avec une passe dé' contre le Servette et un but contre Toulouse. Après il y a des choix qui sont faits, il faut les respecter, surtout quand l’équipe tourne bien et finit 3eme du championnat. Je suis retourné en réserve, où j’ai surtout joué en 2ème partie de saison, avec pour objectif de maintenir le club en CFA. 

La mission n'était pas gagnée d'avance...
À la trêve, nous étions derniers avec 2 victoires. Il fallait redresser la barre. J’ai beaucoup de respect pour les jeunes qui se sont donnés à fond, tout comme les pros qui sont descendus comme Arnaud (Lusamba) et Gautier (Lloris). Il y a beaucoup de qualité chez eux. Je pense qu'il y aura de quoi faire à l’avenir, avec le coach Laurent Bonadei qui est un très bon entraîneur. Lui aussi ne méritait pas de descendre en National 3 (le nouveau nom de la CFA 2 ndlr). Je suis très content pour lui, pour tout le groupe, le centre de formation. Au final, ça fait une belle saison pour le club avec le maintien en CFA et la 3e place en Ligue 1. J’espère qu'on se qualifiera pour la Champion’s League la saison prochaine, que je puisse entendre la petite chanson à l’Allianz…

« des guerriers en cfa »

Au delà de ton apport offensif (10 buts et 4 passes décisives en 21 matchs), tout le monde a été unanime pour saluer ton investissement.
(Il coupe). C’est l'investissement de tout un groupe ! Je n’étais pas tout seul. À la fin, nous avions une équipe de guerriers. Quand on va gagner à Fréjus (2-1), qu'on bat Monaco (2-1)... Et quand on marque à la dernière minute face à Sète (1-0) et à Tarbes (1-1)… Mehdi (Messaoudi) notre capitaine, nous a bien aidés. Je suis très content, c'est bien pour la progression des jeunes.

Dans ta saison, il y a eu ce match en Ligue Europa (victoire 2-1 face à Krasnodar)…
C’était l'occasion de me montrer, juste avant le mercato d’hiver où j’aurais pu partir. Je voulais montrer au coach que je pouvais peut-être jouer. J’ai pris ce qu’il y avait à prendre, et j’ai eu la chance d’avoir ce penalty. Je l’ai tiré deux fois, j’ai été doublement content. J’ai mis une panenka, ce qui a peut-être fait plus parler. Je voulais montrer que j’étais encore là, que je ne lâchais rien. C’était un beau moment. Et je resterais sur un but pour ma dernière à l'Allianz. C’est pas mal...

« fier de cardi' »

Désormais, une page se tourne. Qu'est-ce que ça t'inspire ?
Je ne réalise pas encore. J’ai bien profité de ce dernier déplacement avec mes potes. Cardi’, ça fait 8 ans qu’on se connaît, par exemple. On était au centre de formation ensemble, on était dans la même classe... C‘est vraiment un ami, au-delà du foot. J’espère qu’on restera en contact. Je suis arrivé en pro avant lui, il a eu une grosse concurrence en jeunes avec Mouez (Hassen). Je suis fier de lui car il n'a rien lâché et aujourd'hui ça paye. Je suis très content pour lui, pour sa famille, car je l’apprécie vraiment, même si c’est un Marseillais, malheureusement (le portier niçois est né à La Ciotat). Mais ça, il ne peut plus le changer…

​Comment as-tu évolué avec les différents staffs ?
Depuis mes débuts à 18 ans, je ne suis plus le même. Au centre de formation puis en pros, Guy (Mengual), Fred (Gioria), René (Marsiglia) m’ont beaucoup apporté. J’ai aussi connu Eric (Roy). Ensuite, ça s'est très bien passé avec Claude Puel et son staff. Lucien Favre également, il m’a beaucoup fait travailler.

Comment vois-tu ton "après-OGC Nice" ?
Je vais redevenir supporter, dans l’ombre. Je souhaite le meilleur au club. Et pourquoi pas revenir un jour ? On ne sait jamais, dans le foot tout est possible.

Et ton avenir immédiat ?
On discute avec des clubs. J’espère que ça se conclura le plus rapidement possible, afin de faire une bonne préparation. Je suis ouvert à tout.

« Julien sablé me donnait ses crampons »

Tout, sauf certains clubs quand même ?
Oui, tout sauf Marseille ou Bastia (rires). J’ai envie d'un nouveau projet, d’un nouveau challenge. Je suis prêt à donner le meilleur de moi-même pour mon prochain club, même si je garderai toujours Nice dans mon coeur.

Qui souhaites-tu remercier aujourd'hui ?
Tous les membres du staff, en pro comme au centre de formation. René (Marsiglia) a fait beaucoup pour moi au début. Manu Pirès aussi m’a beaucoup aidé. Julien Sablé, quand je suis arrivé en pro, il me donnait ses crampons. Tous les joueurs de la saison 2011-2012, Renato, Anthony Mounier, Ospina, etc. c’étaient des joueurs qui m’avaient fait vibrer quand j’étais de l’autre côté du grillage. Pour moi c’était particulier. (Il s'interrompt) Je suis encore ému d’en parler aujourd'hui. Pour moi, c’étaient des stars ! Aujourd'hui encore on est resté en contact, je vois souvent Eric Bauthéac, on s’appelle souvent avec Dario, Renato, Neal… j’ai de bons rapports avec tout le monde. Je n’ai pas d’ennemi dans le foot, je n'ai que des collègues (rires). Je pense à Dao (Castellana), Silvestri et toute la génération Gambardella, Vincent (Koziello) ou encore Alass’ (Plea), Wylan (Cyprien) que j'ai connus en sélection. (Il réfléchit). Il y a aussi Jean-Phi' Mattio, qui m'a énormément conseillé. Je l'apprécie beaucoup, c'est un véritable ami. Je remercie aussi toute l'équipe de la Com' : Virgnie (Rosseti), Nico (Bernard), Mickaël (Chandioux)... Et j'en oublie forcément... 
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As-tu conscience d'avoir accompli le rêve de tout supporter ?
Oui, et j’encourage tous ceux qui pensent que s'est impossible à se dire que c'est possible. Avec un peu de sérieux et beaucoup d’envie, tout est réalisable dans la vie.

« Je ne pourrai jamais leur rendre tout ce qu'ils m'ont donné »

C’est le message que tu as fait passer aux jeunes du centre ? 
C’est de toujours rester sérieux, de croire en eux car dans le foot ça va très très vite. Rien n’est jamais fini, même quand on est en bas. La saison où j’ai signé pro, avec Dao (Castellana), on était les seuls de notre génération à ne pas avoir effectué la reprise avec les pros. Et on a tous les 2 signé pro en fin de saison. Il faut continuer à travailler, en faire plus que les autres. Et à la fin ça paye. Si ça ne paye pas à Nice, pour eux, ça paiera ailleurs.

Tu as côtoyé les jeunes du centre. Que peux-tu nous dire sur eux ?
En attaque, il y a Youssef (Abdelli), qui est un très bon joueur. Il a beaucoup d’avenir dans le foot, comme d'autres. Il y a Hicham (Mahou), Yannis (Clémentia), Romain (Perraud)… qui sont très bons. Je pense aussi à Ancoub Mze Ali, qui avait gagné la Gambardella avec nous. Ça a été un peu plus compliqué derrière mais il a toujours tout donné pour le club. Ce sont des bonnes personnes avant d’être des bons joueurs, et c'est important.

Quel est ton dernier mot pour les supporters ?
Je veux leur dire merci pour toutes ces années, du début au Ray, à ce dernier match à l’Allianz. C’était magnifique Je ne pourrai jamais leur rendre tout ce qu’ils m’ont donné. Je leur dit un grand merci. J’espère qu’on se reverra.

*Avant d'intégrer le Centre de formation du Gym en 2009, Alexy Bosetti a évolué à la JSO Villefranchoise puis au Cavigal.

Fabien Hill