Entretien
Valentin Eysseric se confie
Figure emblématique d'un Gym couronné de succès la saison passée, le meneur de jeu a vu son ascension brisée un soir de mars à Saint-Etienne. Au cœur d'un battage médiatique sans précédent à seulement 20 ans, l'espoir reconnaît aujourd'hui avoir plus qu'accusé le coup. Presqu'un an jour pour jour après son malheureux tacle, il a offert aux Aiglons la victoire au Vélodrome. Comme un symbole.
Valentin, Alexy Bosetti nous a expliqué être en partie responsable de ton but au Vélodrome...
La semaine dernière, nous avons effectivement fait une séance de coups francs. Alexy en a mis quelques uns. Ce qui est rare, je précise (rires). A un moment, il en a même mis deux d'affilée ! Assez impressionnant, venant de lui... Il dit que ça m'a vexé mais pas du tout.
Plus sérieusement, tes coéquipiers disent que ce but t'a soulagé...
Enormément, oui. Il m'a fait du bien à la tête, aux jambes. Et à tout le monde, je pense. Nous étions moins bien depuis quelques semaines. Alors gagner au Vélodrome, battre l'OM pour la troisième fois de l'année, c'est super.
Quand le ballon rentre, à quoi penses-tu ?
Ce n'est qu'un coup-franc, mais je me dis que le travail paye. Ces derniers temps, j'ai énormément bossé pour arriver à une prestation comme celle-là. Ma première bonne depuis longtemps. Et je savais qu'en réussissant ce genre de match, qu'en marquant, ça me remettrait dans le bain. Comme par hasard, un an pile après mon tacle à Saint-Etienne...
« Je ne travaillais pas assez »
Un an, c'est beaucoup...
Les supporters auraient aimé que j'arrive et que je fracasse tout. Moi aussi, sauf que je savais que c'était impossible. A moins de t'appeler Messi, il n'y a que le travail qui te permet de retrouver ton niveau. Et moi, je n'ai pas assez travaillé.
C'est-à-dire ?
Jusqu'à présent, je ne jouais que sur mes acquis. Aujourd'hui, ça ne suffit plus.
Comment en as-tu pris conscience ?
J'ai beaucoup réfléchi. Pendant les vacances de Noël, j'en ai discuté avec ma famille. Ils m'ont aidé à comprendre qu'il faut bosser, être sérieux dans notre métier. Une carrière, c'est court. Quinze ans maximum. Dans quelques jours, j'aurai 22 ans. Ça passe très vite, et je ne veux pas avoir de regret. Alors je me suis mis à travailler pour atteindre mes objectifs qui sont très élevés. Je prolonge les séances, je m'étire davantage. Pour la première fois de ma vie, j'ai commencé à me faire masser. Et au final, je me sens mieux.
Ta longue suspension de l'an passé est-elle vraiment à l'origine de ta mauvaise passe ?
Cet été, j'ai voulu oublier ce qui m'était arrivé. Je me suis lâché. Du coup, j'ai repris la saison avec des kilos en trop. Trois ou quatre, facile. Et j'ai mis du temps à les perdre. Sachant que Dario (Cvitanich) était suspendu pour la reprise, j'ai commencé en pointe. Je ne l'ai pas bien fait, mais j'ai essayé. Et lorsque j'ai retrouvé mon poste de prédilection, j'ai enchaîné trois blessures. Dont deux musculaires. Pour la première fois.
« On peut croire que je m'en fous, mais... »
A quoi sont-elles dues ?
A un manque de sérieux, tout simplement. La tête agit sur les jambes. Et moralement, je n'étais plus du tout bien. Je ressentais de l'appréhension, je n'avais plus confiance. Même si le coach a toujours été derrière moi, je me sentais inutile. Car bon ou mauvais, je n'étais pas sélectionnable. Je m'entraînais parce qu'il le fallait mais au fond, je trouvais que ça ne servait à rien. Pour la première fois depuis petit, je n'avais plus match le week-end. Il y avait un grand vide. Regarder mes collègues accomplir une fin de saison fantastique sans pouvoir y participer, c'était très difficile.
Ta nonchalance, une apparence trompeuse ?
Le foot, c'est ma vie. A part ma famille, ma copine et quelques amis, je n'ai que ça. Quand je sors d'une mauvaise prestation, on peut croire que je m'en fous parce que je suis peu démonstratif. En réalité, je suis vraiment très énervé.

Le soir de la victoire à Ajaccio, en mai dernier, tu as rejoint tes coéquipiers sur scène à Charles-Ehrmann (ci-dessus). Pour le coup, tu paraissais ému...
Beaucoup, oui. Parce que j'ai réalisé qu'on ne m'avait pas oublié. Les Niçois sont des bons supporters, toujours là derrière nous. Et derrière moi, malgré ma longue absence. Ils ont enregistré ce que j'avais fait sur la première partie de saison.
Quelle question te posent-ils le plus souvent ?
"Quand est-ce que tu retrouves ton niveau ?"
Qu'est-ce que ça te fait ?
Je suis conscient de mes qualités. Je sais que je peux retrouver mon niveau de l'an dernier, et même aller beaucoup plus haut. Je sais où je veux aller. Il reste trois mois de compétition. Et sur cette période, je suis convaincu que je peux marquer, faire des passes, briller. J'en suis certain.
« Comme des frères »
Comment se sont comportés tes coéquipiers ?
Ils ont toujours été là et je les en remercie. En me sachant important pour eux, j'ai encore plus envie de bosser. Nous sommes une équipe. Comme des frères, en quelque sorte. Et quand les joueurs de l'an dernier sont ensemble sur le terrain, on sent qu'il se passe quelque chose.

Et le coach, comment est-il avec toi ?
Ça dépend des moments. Quand j'étais moins bien, il était souple. Et depuis mon but à Marseille, il me rentre dedans. D'une manière générale, il me parle souvent. Avec tout son métier, il sait comment prendre les joueurs. C'est super d'avoir un tel coach. Il ne m'a jamais enlevé du terrain, même après des prestations moyennes. Il m'a toujours fait confiance.
Tu sembles avoir une place particulière dans le cœur du public...
J'ai quand même entendu quelques sifflets... (Il sourit) Mais ça fait partie du truc. Ils sont supporters ; nous joueurs. Nous n'avons pas le même rôle, nous ne pouvons pas penser exactement de la même façon. Mais je sais que je suis aimé, et je les aime aussi. Le jour où je vais marquer à l'Allianz Riviera, ça reviendra. Comme au Ray.
Ça te démange...
Beaucoup. Mais ça va arriver. Très vite.
La fin de saison ?
Vers le haut comme vers le bas, tout reste très serré. Nous ne sommes pas encore sauvés mais en même temps, la première moitié de tableau n'est pas si loin. Nous devons essayer de gagner le plus de match d'affilée. Faire des coups, battre le PSG comme l'an dernier. Gagner à Monaco. En prenant des points, nous assurerons notre maintien et nous pourrons peut-être même inquiéter ceux qui jouent les places européennes. J'ai entendu que nous faisons une mauvaise saison. Sauf qu'elle est loin d'être finie...
Y.F.
