Interview

Mouez Hassen : « Le Gym dans le sang »

Pensionnaire du centre de formation depuis 2009, le gardien a décroché son premier contrat professionnel en 2012, dans la foulée du titre en Gambardella. Apparu une première fois en Ligue 1 en septembre, il a surmonté sa première longue blessure avant de garder les buts niçois au Vélodrome (4-5) et contre Monaco (0-1), mercredi dernier. Sa première à l'Allianz Riviera.

Mouez, contre Monaco, tu as effectué ta grande première à domicile...
C'était exceptionnel. Un derby, un public chaud, ma famille en tribune... Le contexte était parfait. Malheureusement, l'issue ne l'a pas été. Nous avons fait un gros match, nous nous sommes arrachés les uns pour les autres. Ça n'a pas suffi, mais ça m'a donné encore plus envie d'y retourner.

Jouer devant le public niçois, ça t'avait manqué ?
Bien sûr. Ça ne m'était plus arrivé depuis notre parcours en Gambardella. Depuis le banc, j'apprécie l'ambiance qu'ils mettent. Mais sur le terrain, ça n'a rien à voir. Tu sens leur envie, leurs encouragements. Même si au final, qu'ils soient 10 ou 30 000, je ne dois penser qu'au terrain.

Quelle analyse Lionel Letizi et toi avez-vous faite de ce match ?
Il m'a dit que j'ai fait ce qu'il fallait, que j'ai su rester concentré. Le ballon du but était difficile... J'étais vraiment dégouté car nous aurions pu faire un match de plus, nous rapprocher un peu plus de la finale.

Le Gym éliminé, t'es-tu dit que ta saison est terminée ?
Elle ne l'est pas. On ne sait pas ce qui peut arriver. Une blessure, un carton... Ma mission consiste à me tenir prêt à toute éventualité. Que ce soit en Ligue 1 ou en CFA, je devrai être performant là où on me le demande.

« Loin des terrains, j'étais déprimé »

En janvier, tu es revenu de ta première longue blessure...
Avant notre victoire au Vélodrome, je n'avais joué qu'un match en CFA, une semaine auparavant. Je ne m'étais encore jamais blessé plus de 3-4 semaines. Deux mois et demi loin des terrains, c'était dur à vivre. J'ai reçu des messages de mes coéquipiers, le coach est venu me voir au CERS de Saint-Raphaël, mais j'étais quand même déprimé. Là-bas, j'ai rencontré beaucoup de sportifs blessés. Ça m'a fait réfléchir.

En passant un mois au CERS, tu as aussi retrouvé le domicile familial...
Pour la première fois depuis que j'ai intégré le centre de formation. J'ai de nouveau vécu avec mes frères et sœurs, j'ai dormi dans mon ancien lit. Mes amis d'enfance étaient à côté. Ça m'a fait bizarre. J'ai eu l'impression de revenir dans le passé, de reprendre ma vie d'avant.

David Ospina blessé juste après toi, n'as-tu pas enragé davantage ?
On peut toujours faire des suppositions. J'aurais peut-être eu ma chance, oui. Mais ça s'est passé ainsi et on n'y peut rien. C'est le foot. Luca (Veronese) a pu jouer ; tant mieux pour lui.

Comment votre triplette s'entend-elle ?
Très bien. Notre concurrence se voit peu parce que nous sommes complices. Mais elle existe. Nous travaillons dur, nous nous aidons beaucoup. Et au final, comme nous le répétons : le meilleur jouera.

Sur quels points Lionel Letizi insiste-t-il avec toi ?
Le placement, la concentration. J'ai des qualités de vitesse mais je dois les exploiter, les peaufiner.

« Avant Monaco, David m'a calmé »

L'apport de David Ospina ?
Avant le match de Monaco, j'avais vraiment la pression. Je n'avais plus joué depuis Marseille, c'était un derby. Dans le couloir et pendant l'échauffement, David m'a calmé. J'ai ensuite assuré mon premier ballon ; ça m'a permis de rester serein.

La victoire en Gambardella a-t-elle fait gagner du temps aux jeunes ?
Je pense, oui. Elle nous a permis de nous présenter au grand public. De montrer nos qualités. Les gens ont fait connaissance avec nous et aujourd'hui, ils nous suivent avec plus d'intérêt. Ils ont compris qu'il y a des jeunes à Nice. Que le centre de formation fait du bon travail et que les portes vers l'équipe première sont ouvertes.

Tes années formation, avec le recul ?
J'ai beaucoup appris... et craché ! J'ai vraiment souffert lors des entraînements spécifiques du coach Malaspina. Et derrière, on enchaînait sur les séances avec tout le groupe. On peut s'imaginer qu'un gardien n'a pas besoin de s'entraîner trop dur. Au contraire, nous travaillons probablement plus que les joueurs de champ. Pour les 4-5 ballons que nous serons amenés à toucher dans un match, le travail en amont est monstrueux.

« Hugo m'a dit d'attendre mon heure »

L'OGC Nice pour toi ?
Pour être honnête, avant de quitter Saint-Raphaël, je n'en savais pas grand-chose. Je n'avais joué contre qu'une fois, lors d'un tournoi en Corse. Notamment contre Neal (Maupay). Lorsque j'ai passé mes premiers tests à Nice, je m'y suis intéressé. Et au fil du temps, j'ai appris à aimer ce club. Aujourd'hui, je suis Niçois. C'est mon club de cœur, je l'ai dans le sang. Au centre de formation, quelle que soit la provenance des jeunes, nous sommes tous unis autour du Gym. Avec de tels supporters, tu ne peux que l'aimer encore plus.

Beaucoup te promettent à un bel avenir. Une pression supplémentaire ?
Franchement, non. On a beau dire qu'une longue carrière m'attend, tout ne tient qu'à moi. Je travaille pour être performant, pour l'équipe. Mais on n'est jamais sûr de rien. Je peux monter aussi haut que descendre bas.

Tu es souvent comparé à Hugo Lloris...
C'est un grand gardien. Mais c'est Hugo. Il me reste un long chemin avant d'espérer atteindre son niveau. C'est un exemple. Mon modèle. Par mon profil, je me retrouve plus en lui qu'en Mandanda ou Ruffier. Alors j'essaye de m'en inspirer. Je l'ai déjà rencontré. Nous avions parlé de l'Equipe de France, de lui, de moi. Il m'a conseillé de rester patient, d'attendre mon heure et de me tenir prêt.

Y.F.