Interview

Luigi fait son nid

Il joue comme il se comporte : sans bruit, mais dans une grande justesse. Niçois depuis un an, Luigi Bruins a profité des absences pour enchaîner les apparitions, ces dernières semaines. Technicien raffiné, l'ancien meneur de jeu du Feyenoord Rotterdam fait ses armes en Ligue 1.

26 ans et bientôt dix saisons de professionnalisme. Derrière sa discrétion, son sourire malicieux et quelques mots baragouinés dans un français en progrès, Luigi Bruins dissimule un riche vécu. Un début de carrière fulgurant, couronné par un titre de champion d'Europe Espoirs et une Coupe des Pays-Bas. Egalement de belles promesses, lui le joueur-clé d'un Feyenoord Rotterdam régulièrement européen, au milieu des Makaay, van Bronckhorst, de Guzman...

Freiné dans son ascension par une expérience mitigée en Autriche et plusieurs mois sans club, le milieu offensif avait effectué un premier essai chez les Rouge et Noir en août 2012. Pour finalement les rejoindre en janvier 2013. Il y a tout juste un an. Claude Puel présentait alors un joueur avec lequel il entendait « prendre le temps ». D'abord envoyé en équipe réserve, le premier Néerlandais au Gym depuis Erik Regtop est apparu à 10 reprises en fin de saison dernière (1 but contre Troyes).

Puel : « Il sort de sa coquille »

Reconnu par ses partenaires comme l'un des plus fins techniciens du groupe, le numéro 20 n'a vraiment débuté sa première saison niçoise qu'à l'automne dernier, la faute à une blessure en fin de préparation. Titularisé contre Saint-Etienne puis à Reims, il reste sur une série de neuf apparitions lors des dix derniers matchs (5 titularisations). « Je joue de plus en plus, mes sensations s'améliorent », approuve l'intéressé.

« Il est en train de révéler sa personnalité, de sortir de sa coquille », selon Claude Puel. « Ça se ressent dans son jeu, dans son quotidien. Il le doit aussi à l'arrivée de Christian (Brüls), plus folklorique. » Tintin parle flamand. Luigi hollandais : « Ce n'est pas la même langue, mais il y a suffisamment de similitudes pour que l'on se comprenne bien. »

De sa voix douce, l'habitant du centre-ville assure « ne pas être aussi timide en vrai ». « Je suis de nature calme, c'est vrai. Mais si on m'entend peu, c'est surtout parce qu'il est difficile de parler français en permanence. » Studieuse, toute la famille Bruins apprend aujourd'hui la langue. Son épouse, mais aussi son fils de 5 ans, scolarisé en classe bilingue depuis septembre. « A son âge, c'est facile. Il progresse vite et comprend bien la langue, maintenant. » Voilà qui facilitera l’apprentissage de la petite sœur (2 ans et demi).

En l'absence des Bauthéac, Eysseric, Traoré ou encore Pied, Bruins fait en ce moment valoir sa polyvalence dans l’entre-jeu. Une qualité qui complète un profil dont Claude Puel s'avoue amateur : « C'est un joueur dont j'apprécie la qualité et la sensibilité technique. Il doit maintenant devenir plus agressif, donner davantage de volume à son jeu. »

« Le style de l'OGC Nice me convient bien. Les longs ballons balancés devant, ce n'est pas vraiment mon truc », s'accorde Bruins, également séduit par le public azuréen. « J'ai connu des beaux stades, des ambiances magnifiques. Mais celle contre Valenciennes, pour l'inauguration de l'Allianz Riviera, reste sûrement la plus belle. » Parole d'un expert du championnat hollandais qui a disputé de nombreux matchs bouillonnants. Notamment contre l'Ajax dont faisait partie un certain... Cvitanich.

Passeur pour Super Dario contre Ajaccio, Luigi veut « enchaîner encore, progresser et [se] montrer plus décisif. » Avant d'aller assister à la Coupe du Monde au Brésil, il se verrait bien écrire une nouvelle ligne à son palmarès. « Pourquoi pas une Coupe de France ? Entre celles que nous avons affrontées et Monaco que nous allons recevoir, il ne reste plus beaucoup de grosses équipes. Je ne connais le stade de France qu'à la télé ; j'aimerais bien le découvrir... »

Y.F.