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Benrahma : « Tout est coupé »

Vu de l'étranger

4 avril 2020

Benrahma : « Tout est coupé »

Si son corps s’est épaissi et s'il a appris à encaisser les coups du football britannique sans broncher, la disponibilité et la fraîcheur de Saïd Benrahma restent inaltérables. Alors qu’il s’éclate à Brentford, actuel 4e de Championship en course pour la montée en Premier League, le milieu offensif de 24 ans est confiné chez lui depuis le 24 mars. Inquiet pour lui, mais surtout pour les autres, l’international algérien fait le point sur une période complètement folle outre-Manche.

« Comme je suis beaucoup ce qui se passe en France, j’avais vu que le coronavirus prenait une ampleur de fou. D’ailleurs, j’étais à Nice au début de l’épidémie, avec Youcef, Hicham et Adam.

J’étais venu saluer tout le monde au Club mais on ne pouvait déjà plus se serrer la main. Ici, en Angleterre, ça a pris plus de temps, c’est venu une semaine plus tard. Au début, aux infos, ils disaient qu’ils voulaient que 60 % de la population soit contaminée, tout le monde était choqué. Les gens ne savaient plus trop quoi faire. A Brentford, nous avions eu une réunion entre tous les joueurs. Certains voulaient continuer à s’entraîner, d’autres pas. Moi je ne voulais pas, parce que j’habite avec ma mère, je n’ai pas le droit de prendre de risque, je ne peux pas la perdre. Au début, les entraînements ont continué, puis on a arrêté naturellement. A partir du 24, confinement total. Plus personne ne bouge et tout le monde respecte ça à la lettre. Vendredi (27 mars), ils ont annoncé que le 1er ministre (Boris Johnson) était contaminé. Ça part de tous les côtés… A la maison, je suis aussi avec mon meilleur ami et, franchement, le confinement total, même si c’est ce qu’il faut, c’est dur. Tout est coupé. Personne ne sort, même pas pour aller chez l’épicier. Ils ont dit que le championnat ne reprendrait pas avant le 30 avril, mais ça peut évoluer et on ne sait pas vraiment. »
 

« Je suis casanier mais là, je deviens fou »


« On nous donne les infos au fur et à mesure. Je ne vois pas comment le championnat peut finir, mais d’un autre côté, t’es obligé de le faire, sinon ça va être le bordel. Dès que c’est bon, même s’il faut jouer à huis clos, on le fait. En attendant, on s’entraîne chez nous. On parle tous les jours avec les membres du staff, ils nous envoient notre programme, on le fait en s’appliquant. Mais la vérité, c’est que tout est différent. Je suis un casanier mais là, le fait de savoir que je ne peux pas sortir, ça me rend fou. Et puis le foot me manque. 
Normalement, on joue tous les 3 jours, là on ne peut pas, c’est bizarre. Quand tu es sur le terrain, c’est la meilleure chose du monde, tu oublies tout le reste, le coronavirus, l’actualité.

Là, justement, tu ne fais qu’y penser. Dès que tu allumes la télé ou que tu vas sur le téléphone, boom. Même si tu n’es pas un inquiet de base, ça te rentre dans la tête. Maintenant, à la maison, quand quelqu’un tousse, on le met dans la chambre (il se marre). J’ai hâte que la vie puisse reprendre son cours normal. En attendant, j’espère que ça ira et que tout le monde fera bien attention. Prenez soin de vous, bises à tous ! »

« Sur le terrain, je me régale »

Dans un championnat XXL (24 équipes), Saïd Benrahma est l’une des armes offensives majeures de Brentford, qui occupe actuellement la 4e place du classement. Avec 34 rencontres au compteur cette saison, 10 buts et 8 passes, le milieu offensif formé au Gym* s’est parfaitement adapté dans un club où il est arrivé à l’été 2018.

« Franchement, je prends beaucoup de plaisir. Les matchs tous les 3 jours, les stades avec beaucoup de monde, c’est un régal. Il me fallait un club comme Brentford : ils m’ont donné toute leur confiance, j’essaie de leur rendre au mieux. Sur le terrain, je suis libre et j’ai de la chance parce qu’au niveau du jeu, je pense qu’on a l'une des meilleures équipes du championnat. Ça m’a aidé, on parle tous le même langage, c’est ce qui a fait que je me suis adapté aussi vite. Le foot anglais est différent du français, il faut savoir gérer (il sourit). Tu prends des coups, ça devient une habitude, donc tu d’adaptes et tu fais attention. L’an dernier, j’ai été longtemps blessé à cause d’un tacle par derrière terrible, où le joueur n’a même pas pris un jaune. Sur le coup, j’étais dégoûté parce qu’en plus, j’étais dans la pré-sélection de l’Algérie pour la CAN, et ce tacle ne m’a même pas laissé une chance d’y aller. Mais bon, c’est comme ça, c’est le foot. Ce qui est sûr, c’est que sur le plan du jeu, l’Angleterre m’a encore fait évoluer. »

* Arrivé dans le centre de formation niçois à l’été 2013 en provenance de Colomiers, Saïd a découvert le monde pro lors de sa première saison au club (2013/2014). Il a participé à 18 rencontres avec l'équipe fanion des Aiglons, pour 3 buts et 3 passes décisives. Prêté à Angers, au GFC Ajaccio puis à Châteauroux, il prend la direction de Brentford à l'été 2018.


Photos : Instagram et IconSport