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Comment la préparation physique s

Interview (1/2)

26 mars 2020

Comment la préparation physique s'adapte à l'inédit ?

Alors que l'ensemble du sport mondial est à l'arrêt en raison de l'épidémie de COVID-19, les Aiglons font face à une situation inédite à laquelle l'ensemble du staff tente de s'adapter. Depuis Cagnes-sur-Mer, où il est confiné en famille, Matt Cook a décroché son téléphone pour évoquer cette trêve forcée. L'entraîneur adjoint en charge de la préparation physique de l'OGC Nice détaille le programme d'entraînement des joueurs et décrypte les difficultés à surmonter. 

La préparation durant le confinement : première partie. 

Matt, est-ce qu’une telle coupure peut remettre en question les efforts effectués depuis le début de la saison ? Ou est-ce qu’au contraire, le programme que vous donnez aux joueurs peut permettre d’assurer une certaine continuité dans la forme physique ?
Si vous ne faites pas ce qu'il faut, cela peut anéantir le travail physique réalisé tout au long de la saison. Il ne s'agit pas seulement de faire courir les joueurs parce que cela ne suffit pas pour maintenir une forme physique "footballistique". La course à pied permet de conserver une base, mais beaucoup de qualités physiques requises pour changer de direction, accélérer, sprinter, sauter, atterrir, tourner et frapper le ballon ne seront pas maintenues par une simple course d'endurance.

C'est pourquoi nous essayons d'être créatifs dans notre programmation. On envoie quotidiennement aux joueurs des vidéos et des plans d'entraînement pour les aider à maintenir les qualités physiques qu'ils ont acquises, mêlant course d’endurance et exercices réalisables dans de petits espaces. Le plus difficile, c’est de maintenir leur niveau de force car cela nécessite un équipement de musculation. Si certains sont équipés, la plupart n'auront pas la variété nécessaire ou le type d’équipements requis. Il faut faire preuve de créativité, mais cela sera tout de même difficile de maintenir toutes les qualités physiques dont vous avez besoin pour le jeu.

Habituellement, l'été, il est normal de courir et de faire un peu de musculation pour maintenir une certaine forme physique de base pendant la "saison morte", car vous avez alors une pré-saison de six semaines pour vous préparer aux matchs. Mais là, c'est différent : il pourrait y avoir plusieurs semaines sans entraînement, suivies d'une très courte période de réentraînement, puis une liste de matchs très chargée pour terminer la saison.  Il faut donc que les joueurs soient bien assidus pendant cette période pour être prêts à faire face à une situation inédite.

Pourrais-tu détailler le programme demandé aux joueurs ?
Ça comprend un peu de conditionnement aérobie, un peu d'agilité, des sprints plus longs et des circuits de musculation que vous pouvez faire chez vous avec votre poids corporel ou des poids très légers, comme des bouteilles d'eau ou toutes sortes d'objets !  On envoie tout ça aux joueurs par mail et WhatsApp via des documents et des vidéos.
 

« Personne ne connaît le point final »


Y a-t-il plusieurs étapes dans ce programme ?

Oui, mais ce n'est pas simple, car nous essayons de deviner quand nous pourrons rejouer. Normalement, lorsque vous programmez l'avant-saison, vous commencez par le point final et vous oeuvrez "à rebours" en fonction du temps dont vous disposez. Là, il s'agit d'une période ouverte où nous devons imaginer où se trouvera le point final, peut-être une fenêtre de 4 à 10 semaines, peut-être même plus !

Cette incertitude nous pousse à créer un cycle rotatif d'exercices, afin que les joueurs bénéficient d'une multitude d'entraînements, dont le type et l'intensité varient suffisamment pour maintenir leur forme physique sans les surcharger avec des efforts inhabituels.

Leur activité pendant cette période s'arrête-t-elle au physique ? 
Non, les joueurs reçoivent également des analyses tactiques par vidéo, afin qu'ils profitent de cette période pour développer les autres aspects de leur jeu.

Quels sont les pièges potentiels à éviter pour les joueurs au niveau physique ?
L'un des risques est qu'ils traitent cela comme une intersaison classique et se contentent d'aller faire un jogging tous les jours en pensant que cela suffira. Il faut espérer que le plan que nous leur avons donné permettra d'éviter cela.



Après, même s'ils suivent le programme de remise en forme du mieux qu'ils peuvent, il y aura toujours des limites. Je pense aux frappes de balle : ils ne vont pas faire des tirs à pleine puissance ou des passes de 40 mètres. Il y a aussi tous les petits mouvements que vous faites dans le jeu, qui consistent à tenir un joueur à distance, à tenir des duels, les mouvements réactifs lorsque la balle ricoche... Comme il n'est pas possible de les reproduire réellement, ces muscles ne sont pas sollicités.  Et puis il y a toutes les choses perceptives : les joueurs ne se retrouveront jamais dans un espace réduit avec trois ou quatre adversaires autour d'eux, les poussant à prendre des décisions rapides. Il y a beaucoup d'aspects impossibles à reproduire.

► Retrouvez la deuxième partie de l'entretien avec Matt Cook ce vendredi sur OGCNICE.com.