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Le jour où tout a basculé

19 juillet 2002

19 juillet 2017

Le jour où tout a basculé

Il y a 15 ans jour pour jour, le Gym remportait l'un de ses plus grands matchs. Loin du carré vert, l'institution niçoise jouait sa survie, ce 19 juillet 2002. Témoin privilégié de cette époque, le "2e papa" des jeunes du club, Thierry Quoex (aujourd'hui responsable de l'internat et de la restauration du centre) a accepté de se replonger sur cette journée où tout a basculé. Sans nostalgie, mais avec une pointe de romantisme, il raconte un temps que les moins de 15 ans ne peuvent pas connaître, mais que les anciens ne pourront jamais oublier.

« Le conseil fédéral a pris acte des observations faites par la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) de la ligue de football professionnel (LFP) et au vu des nouvelles pièces a décidé de maintenir Nice en L1 ». Ces mots sont du porte-parole d’alors de la FFF Jean-Yves Le Huedé. Ils résonnent encore dans la tête de chaque supporter niçois. 

Passés du rire aux larmes durant l'été, les Niçois ont retrouvé le sourire ce 19 juillet 2002. Après avoir acquis sa montée en Ligue 1, le Gym a longtemps eu la gueule de bois. Rétrogradé en National par la DNCG, avec perte de son statut professionnel en prime, le club vit une longue descente aux enfers avant un dernier espoir offert par le CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français).

« Si on meurt, on mourra debout »

Le 4 juillet 2002, se tient une conférence regroupant les décideurs niçois, les conciliateurs du CNOSF, ainsi que les responsables de la fédération à Paris. Le dossier niçois est ficelé autour d'un pool d'investisseurs (Gilbert Stellardo, Marcel Governatori, Maurice Cohen, Louis Bacchialoni et Jean Bessis), conforté par Jean-Claude Perrin (amené par Luc Dayan), tandis que la Mairie met aussi la main à la poche, et que l'abandon des primes de montée a été annoncé par le sportif.

De leur côté, les supporters se mobilisent depuis des semaines. Quotidiennement, une véritable "cellule de crise" s'est montée dans les bureaux du siège pour remuer ciel et terre et sensibiliser l'opinion publique. 

Avec leur passion comme seule arme, les supporters espèrent aussi influer sur le conseil fédéral réuni le 5 juillet à Lyon. Alors responsable de la boutique du CDS (Club des Supporters), Thierry Quoex (photo) se souvient : « Nous étions montés à 4 bus. Le CDS et la Brigade rassemblés. La vérité, c'est que nous n'y croyions qu’à moitié. Notre état d’esprit, c’était : si on meurt on mourra debout. C’était comme entrer en résistance ». 

Massés devant le Centre des Congrès jouxtant le Parc de la Tête d'Or, 250 supporters donnent de la voix. Bruyant baroud d'honneur qui résonne jusque dans la salle de réunion. Une rumeur positive finit par traverser la foule. La fédération aurait accepté la proposition du CNOSF de réexaminer le dossier niçois. Ce qu'elle confirme à l'issue de la séance.

« Justice est faite »

La décision du maintien ne sera définitivement entérinée que le fameux 19 juillet. Alors en stage à Saint-Vallier, Cobos et ses coéquipiers accueillent la nouvelle en sabrant le champagne. Un moment que Nice-Matin gravera dans le marbre d'un « Justice est faite ».

Libéré des chaînes de la DNCG, le club n'a pas le temps de savourer : à 2 semaines de la reprise du championnat, il doit se structurer en exprès, avec des moyens limités. Quoex témoigne : « Le jour de la décision, il n’y avait que Jean-Luc Bailet au club, et 2 salariées : Martine Rossi (secrétariat sportif) et Nicole Roussel (comptable), qui sont toujours là aujourd’hui ».

« Une ambiance d'après-guerre »

Sous la houlette de Maurice Cohen, nommé président, l'OGC Nice amorce sa restructuration « Comme nous restions sous contrôle de l’administrateur judiciaire, nous ne pouvions recruter que des intérimaires », raconte celui qui est embauché en tant que responsable du merchandising - homme à tout faire : « Tout le monde a dû mettre la main à la pâte, sans compter ses heures. C’était une ambiance d’après-guerre : rien ne pouvait altérer notre bonne humeur. Comme les 30 glorieuses, en quelque sorte ».

En dernière minute, le club reçoit ses mythiques maillots « Maison de la literie », ainsi que ses équipements d'entraînement : « C’était du bas de gamme, comme on pourrait donner au moins connu des clubs amateurs, sourit Quoex. Les affaires d’entraînement étaient en gros coton. En 2 lavages ça passait du XL au M. C’était ça le Gym ». ​

21 journées sur le podium

Sur le terrain, le club se renforce aussi : Kaba Diawara, Everson, "Pancho" Abardonado entre autres garnissent les rangs, prêts à (re)lancer leur carrière en rouge et noir. « On a pris des mercenaires prêts à aller au combat, se remémore Quoex. Ils n’avaient rien à perdre. Comme s’ils se savaient condamnés d’avance, et qu’ils lâchaient tout ce qu’ils pouvaient lâcher ». Après une défaite initiale face au Havre (1-2), un triplé de Diawara et un but du capitaine Cobos lancent la saison niçoise face à Strasbourg (4-0). Une victoire à Lille la semaine suivante (3-0) les hisse sur le podium. Ils n'en descendront plus jusqu'à la 24e journée. 

Portés par la liesse populaire et leur esprit revanchard, ils déjouent tous les pronostics. 10èmes au final, ils remportent haut la main leur pari, offrant même une aventure européenne à leurs supporters*. 

15 ans plus tard, le Gym s'apprête à défier le grand Ajax en Q3 de Champions League : « C'est beau. Cela signifie qu'on ne s'est pas battu en vain, se réjouit Quoex. À l'époque, je ne pensais pas qu'on y arriverait si vite. On avait tellement galéré les 15 années précédentes... ». De quel côté aurait basculé le destin du Gym si les instances en avaient décidé autrement ce 19 juillet 2002 ? « On aurait réussi à relever la tête un jour ou l'autre, tranche-t-il. À l'image de Strasbourg, de retour dans l'élite cette saison. On est une vraie ville de football ». 

« Qui a peur de la DNCG aujourd'hui ? »

Comme tous les anciens de la maison, Thierry Quoex garde les stigmates de cette période : « Au niveau humain, ça reste un bon souvenir. Quelle solidarité ! Mais ça n’a pas été facile tous les jours. Avec le recul, c’était peut-être un mal pour un bien. On est reparti de zéro dans beaucoup de domaines. À l'époque, Maurice Cohen (Président) et Roger (Ricort, directeur sportif) nous ont fait entrer dans le professionnalisme. Et depuis leur arrivée, Jean-Pierre Rivère (Président) et Julien Fournier (Directeur Général), ont apporté une stabilité qu'on n'avait jamais connue avant. Maintenant, qui a peur du passage devant la DNCG ? »

Si le fameux tee-shirt « Nice en L1 » est bien rangé dans les cartons, Thierry Quoex l'admet : « Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à cette époque. Il ne faut jamais oublier d'où l'on vient ». S'il évoque volontiers le souvenir avec les supporters, l'actuel responsable de l'internat n'en parle jamais aux pichouns du centre de formation :  « Je ne veux pas faire "vieux con". Je préfère leur parler du futur ».

Fabien Hill 

Le soutien lensois

Dans son malheur, le Gym a reçu des soutiens venu des 4 coins de France. Thierry Quoex se souvient même « d’un courrier de supporters stéphanois ». Mais le véritable soutien, est venu du Nord de la France, quand le président du RC Lens Gervais Martel a recruté 3 pensionnaires du centre, finalistes de la Gambardella 2002 (Simon Feindouno, Jérôme Segreto et Pierre-Alexandre Mougeot) : « Ils l’ont fait pour nous donner un coup de main. Sans cette manne financière, rien n'aurait été possible. Il ne faut jamais l'oublier ».

* Les Aiglons ont pris la place du RC Lens, repêché en Coupe de l'UEFA au bénéfice du Fair Play. Après avoir éliminé Orgryte (Suède), ils ont été battus par le Werder de Brême au 3e tour de qualification (0-0 au Ray, défaite 1-0 en Allemagne).