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Le bilan de Malang

Interview

3 juin 2017

Le bilan de Malang

Son doigt pointé vers le ciel - portant le deuil et célébrant la vie - restera l'une des images de la saison 2016/2017. Benjamin du groupe à l'heure du grand départ et 1er buteur du 3e de L1, Malang Sarr (18 ans) a été propulsé dans le grand bain par Lucien Favre. Avec 26 matchs de L1 (1 but, 1 passe décisive), 4 d'Europa League et 1 de Coupe de France, le Sportif Azuréen de l'année n'a pas manqué ses débuts dans l'élite. Alors que les vacances approchent, le nouvel international espoirs dresse, avec sagesse et objectivité, le bilan d'une saison qui restera gravée dans les livres et dans sa tête. Son bilan.

Tu te confiais à OGCNICE.com avec Vincent Marcel l'été dernier, puis au moment où tu as signé ton 1er contrat pro (novembre 2016). Tu reviens une fois que la saison est finie. Tout passe très vite...
Ça a été très rapide et, avec recul, on peut tirer un très bon bilan. Pas seulement pour les résultats, mais pour tout le reste, y compris sur un plan personnel, car j'ai beaucoup avancé et progressé. Collectivement, on a fait une saison historique, ça n'était pas arrivé depuis 40 ans et moi, je démarre en pro à ce moment-là... C'est une coïncidence, mais je me rends compte que je suis chanceux. Ce qu'on a fait, ça restera gravé.

Nous sommes le 16 juillet, tu disputes ton 1er match amical contre le Servette. Que penses-tu de ce baptême en équipe fanion ?
C'était un peu spécial. Je ne m'attendais pas à commencer directement. J'étais titulaire, même s'il y avait 2 équipes. J'ai commencé avec les joueurs qui avaient fini la saison d'avant, donc j'étais à la fois surpris et content. Par la suite, je me suis vraiment rendu compte que le coach allait me donner ma chance. C'était une fierté.

D'une manière plus générale, quelle impression te laisse l'été de tes débuts ?
C'est souvent là que tout se passe. Ce fut le cas pour nous. Si on se prépare bien, on peut tenir toute la saison sans blessure et sans souci. Même s'il y a eu des arrivées pendant la période estivale, c'est là que le noyau de l'équipe s'est formé et qu'on a pu commencer à avancer.

Ton 1er match de championnat arrive très vite...
... Dans une atmosphère anormale. Ça n'a jamais été comme ça au stade, et j'espère que ce ne le sera jamais plus. Ça reste spécial. Ce match de Rennes, ce n'était pas « pour oublier », juste pour passer un bon moment ensemble. Pour mettre du plaisir et un peu de joie dans toute cette peine, dans tous ces moments durs. Nous voulions montrer un beau visage et gagner, nous avons réussi. Et moi, j'ai inscrit mon 1er but en L1. Sur le moment, je la reprends, je marque et je suis dans l'euphorie. Pour beaucoup de personnes et pour moi, cette tête est symbolique. Symbolique pour la formation du club, pour ma famille et pour les événements survenus quelque temps avant (l'attentat du 14 juillet, ndlr).

La L1 est-elle vraiment un autre monde que la formation ?
Quand on passe des matchs amicaux au championnat, au 1er match à domicile, à l'Allianz, on découvre quelque chose de supérieur. Ce n'est pas une question de sérieux mais de sensations : tout commence vraiment. Durant la préparation, c'était plus tranquille, on cherchait notre style. Dès qu'on est entrés dans le championnat, c'était le jeu et la gagne. Nous voulions nous préparer pour faire une grande saison. Nous y sommes parvenus à force de régularité.

"Le coach, Paul et Dante : tous les 3 m'ont beaucoup aidé"

Tu étais programmé pour le haut niveau depuis petit. Est-ce que la réalité correspond à l'image que tu avais du métier ?
Oui, mais je ne me doutais pas que pas que les émotions pouvaient être aussi puissantes. Le football, vraiment, c'est quelque chose de fort. Il y a des sensations que tu ne retrouveras jamais ailleurs, des ambiances, des stades. Je me dis qu'il n'y a que dans le foot que tu vis des choses comme ça.

Est-ce encore plus intense que ce que tu avais connu jusqu'ici ?
Oui. On a joué des matchs à enjeux, la Coupe d'Europe... Il n'y a qu'en première que ça peut se passer. Tu te retrouves face à des mecs que tu regardais à la télé, des stars que tu prenais à la console. C'est vraiment là que tu te rends compte du chemin parcouru et de ce qu'il te reste à faire. En jeune, on vit des beaux trucs, des tournois, des matchs, mais ce n'est pas comparable.


Comment juges-tu ton année ?

Une première saison comme ça, tout le monde en rêve. J'ai pu progresser, avancer, travailler mes lacunes, mes points forts. J'ai emmagasiné de l'expérience et appris plein de choses. Je ne garde que le positif.

Dans ton jeu, qu'est-ce qui a changé ?
Je pense avoir gagné en maturité. J'ai aussi bossé certains défauts, comme la concentration, même si ce n'est pas parfait.

Tu es moins apparu en 2e partie de championnat, comment l'as-tu vécu ?
Il faut passer par des périodes comme celles-là. C'est un peu plus dur, mais c'est le moment où tu peux aussi redescendre, te retrouver un peu plus au calme et travailler la tête tranquillement. Tout joueur a besoin d'avoir des moments comme ça. Le mental permet d'avancer et d'être plus fort pour la suite. En plus, ça a été une saison difficile pour la CFA et quand on en avait la possibilité, on se devait de les aider. Surtout quand, comme moi, tu étais là-bas il y a encore quelques mois.


T'est-il arrivé de douter durant cette période ?

J'étais plutôt tranquille. Je me suis dit qu'en travaillant et en étant sérieux, j'allais rejouer ; que si j'étais là les 10 premiers mois, il n'y avait pas de raison que je ne puisse pas rejouer. Je ne me suis pas pris la tête, je n'ai pas douté. J'ai simplement penser à travailler en gardant à l'esprit qu'il arrive ce qui doit arriver.

Tu as évolué aux côté de défenseurs d'expérience. Ont-ils contribué à accélérer ta progression ?
Paul, c'est avec lui que j'ai fait les matchs de préparation, c'est lui, avec le coach, qui m'a donné les bases pour avancer. Par la suite, en enchaînant les matchs enchaînés avec Dante et lui, on a pu créer quelque chose, avancer ensemble.  Le coach, Paul et Dante : tous les 3 m'ont beaucoup aidé.


Cette saison fut également celle où le grand public t'a découvert : comment as-tu vécu le basculement de l'ombre à la lumière ?

Ça n'a pas changé grand chose sur ma personne. Certes, il y a eu un peu plus d'euphorie, de regards, on entend parler de nous à droite et à gauche, mais je n'ai pas senti un réel changement. Avoir un peu de notoriété fait plaisir, je ne vais pas le nier, mais ça ne m'a vraiment pas perturbé.

Quels sont les prochains objectifs que tu te fixes ?
Personnellement, je veux juste continuer à avancer correctement et bien revenir cet été, afin me préparer pour, je l'espère, enchaîner les matchs et accumuler du vécu. Sur le plan collectif, les barrages sont l'objectif, mais il faudra prendre les choses petit à petit et d'abord penser à bien se préparer.

Sa saison en 5 +

Le + beau souvenir ?
Mon but devant Rennes et la victoire contre Monaco à domicile, qui nous avait permis de passer devant eux. Ce sont deux moments forts de la saison.

Le + grand regret ?
Vivre avec des regrets n'est pas une chose que j'aime, mais le nul au Parc me laisse amer. Arriver à mener 2-0 là-bas est quelque chose de bien, mais on aurait pu gagner ce match et marquer encore plus les esprits. On avait fait une très grosse performance, j'aurais aimé qu'elle soit récompensée.

Le coéquipier qui t'a le plus marqué ?
Mika Seri. C'est celui qui m'a le plus impressionné par son jeu et l'ampleur qu'il a prise dans l'équipe. Il avait fait une grosse saison l'année dernière, là il est devenu le leader technique, celui qui tire tous les coups de pied arrêtés, fait le jeu et les passes.

Le mec le plus dur que tu aies eu à prendre au marquage ?
Valère (Germain). Il a une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne, des déplacements qu'on ne retrouve pas souvent. Il est toujours là au bon endroit, au bon moment. C'est ce qui fait qu'il fait une grosse saison et met beaucoup de buts.

Le + beau stade ?
Le nôtre. J'ai vu le Vélodrome, le Parc des Princes, et c'est l'Allianz que je préfère.